J'ai compris, mais plus tard...

Contexte

Le CCAS de Lille a la volonté de prévenir et lutter contre la précarité énergétique des Lillois. Pour cela, il met en œuvre des actions, conjointement avec les directions du développement durable, de l’habitat et la politique de la ville, ou en partenariat direct avec des associations.Ces actions s’articulent autour d’axes préventifs ou curatifs et sont à destination du public ou des professionnels du secteur social.
Le CCAS a développé des actions collectives de prévention et notamment le projet « personnes en grande précarité et développement durable », en lien avec la direction développement durable de la Ville de Lille et dans le cadre de l’agenda 21.

Ce projet repose sur 2 actions et s’adresse aux allocataires du RSA suivis par le CCAS de Lille :
- La première, inscrite dans le cadre d’une convention avec l’association Léo Lagrange Consommation Nord, s’intitule « On a testé pour vous ». 
L’atelier s’est déroulée sous forme de réunions « Tupperware » au cours desquelles les participants (allocataires du RSA et leurs référents) découvrent comment des produits naturels (citron, vinaigre, bicarbonate de soude, savon noir...) peuvent avantageusement remplacer les produits ménagers d’entretien classiques. Les produits naturels sont testés ensemble et sont donnés aux participants à la fin de chaque séance pour qu’ils puissent les tester chez eux. Chacun rend compte de son expérience à la séance suivante. La dernière phase de l’atelier est l’écriture d’un livret pratique et illustré reprenant les recettes validées par le groupe.

- La seconde action subventionnée par le conseil général, est un atelier de restitution.
En effet, il a semblé pertinent de mutualiser les acquis de la première action en restituant les « découvertes » faites par les participants.
Cette action s’est déroulée sous forme de réunions de débriefing suite aux ateliers « on a testé pour vous », avec le forum permanent de l’insertion. Ces séances de restitution ont permis de consolider les acquis, de lever des freins éventuels et de proposer d’aller plus loin encore dans l’acte d’achat citoyen. Elles ont permis également aux allocataires et aux référents de se forger une culture commune sur l’approche du développement durable, en ouvrant une fenêtre sur le dispositif. 
D’autre part, cet atelier a impulsé une démarche innovante auprès des référents du CCAS, qui a eu un impact auprès des allocataires ne participant pas directement à l’action : les référents ont pu exporter cette démarche dans leurs pratiques professionnelles auprès de la totalité des allocataires suivis et de diffuser cette pratique auprès de leurs homologues.

Un objectif complémentaire était de permettre aux allocataires, de construire un document (livret avec fiches) afin de recenser les découvertes effectuées et faire la synthèse des éléments appris lors des différents ateliers. Ce document a vocation à être utilisé par les professionnels afin de sensibiliser tous les allocataires et professionnels qu’ils rencontreront.

Description / Fonctionnement de l'action

Le projet s’est articulé autour de 3 temps :
- des ateliers pratiques menés par Léo Lagrange (12 ateliers « on a testé pour vous »),
- des ateliers de restitution animés par le forum permanent de l’insertion (6 ateliers de restitution),
- une participation aux plénières du forum permanent (6 plénières). Une demie journée, durant la semaine du développement durable en avril, a clôturé ce projet via notamment la diffusion du livret « Trucs et astuces pour un développement durable ».

Le projet avait pour objectifs :
- de favoriser la démarche citoyenne en invitant les allocataires du RSA à s’investir dans un projet collectif, leur faire prendre conscience que l’acte d’achat est un acte citoyen, qui peut avoir des conséquences en amont et en aval et les aider à se forger un avis critique sur les messages et modèles de consommation véhiculés par les médias ;

- de faire émerger le désir de changement, de mouvement collectif en levant les freins psychologiques et culturels : « le développement durable est réservé aux riches », s’approprier la notion de développement durable, sensibiliser à l’importance du développement durable pour les publics précaires, premières victimes d’un développement non durable, sensibiliser les professionnels au développement durable dans le suivi de parcours ;

- de sensibiliser à l’écologie, au développement durable en comparant le coût des produits naturels et le coût des produits ménagers d’entretien classiques, en calculant les économies quotidiennes qui peuvent être faites grâce à l’utilisation des produits naturels et en faisant découvrir des produits naturels, inoffensifs pour la santé et pour l’environnement, pouvant se substituer aux produits ménagers d’entretien classiques ;

- de rendre la personne actrice au sein d’un collectif en expérimentant ensemble, lors des ateliers et chez soi, des recettes à partir de produits naturels et permettre une prise de recul des professionnels sur leurs pratiques et de développer une culture différente.

Bilan

L’ensemble des partenaires désire renouveler l’expérience.
L’année 2011 fut une année d’expérimentation. Fort de cette expérience, la reconduction du projet permettra de remplir pleinement les objectifs définis en réajustant l’action en fonction des limites rencontrées (faible mobilisation des allocataires).On ne peut considérer la pertinence sur le seul critère de la quantité de personnes touchées, en effet le démarrage de l’action n’a pas été fait à une bonne période et l’on peut espérer davantage de personnes pour la prochaine année. Il faut tenir compte aussi de l’intérêt manifeste des professionnels qui pourra conduire à une meilleure communication future pour toucher les allocataires.

Le projet avait des objectifs davantage qualitatifs qui ont été atteints :
- le lien entre les allocataires et les référents a été modifié lors des ateliers,
- les personnes se sont appropriées le projet et l’ont construit, modifié au fur et à mesure. Les partenaires se sont adaptés en fonction de la demande,
- le projet a répondu à un développement social local avec tous les partenaires.

Les perspectives 2012 :
De nombreuses nouvelles pistes futures ont été dégagées. Les jardins communautaires, les modes de consommation, les transports en commun, les déchets et le tri sélectif sont autant de thèmes non abordés qu’il faudrait développer, notamment en :
- proposant des visites de sites (plateforme de tri des déchets par exemple ou les jardins communautaires de la Ville),
- proposant aux personnes sensibilisées de devenir « ambassadeurs du développement durable »,
- accompagnant une personne dans son projet : ouvrir un local dans son quartier pour refaire et continuer les ateliers pratiques, possibilité d’intégrer les bailleurs dans le projet.

Moyens

Moyens humains :
- 1 chargé de développement social,
- 10 référents RSA dont 4 pour la participation aux plénières du forum permanent de l’insertion (3h par mois) et 6 pour la participation aux ateliers + réunion de préparation et bilan (10h par mois).
Coût total du projet : 12 750 euros

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Forum permanent de l’insertion, Léo Lagrange Consommation, la Direction du développement durable de la Ville de Lille.

Ils financent l'action

Conseil général du Nord

Les observations du CCAS/CIAS

Le projet s’est inscrit dans une démarche citoyenne. Lors des ateliers « on a testé pour vous » les référents et les allocataires étaient sur un même pied d’égalité. On ne se présentait pas de part son statut mais comme citoyen. Les lieux ont été choisis de façon stratégique : les mairies de quartier pour les ateliers Léo Lagrange (pour changer le regard « institutionnel » sur la mairie ; les maisons de quartier pour les ateliers de restitution pour présentation de la structure). Les ateliers de restitution ont évolué en fonction des groupes et de leurs attentes.Les échanges durant les ateliers étaient de grande qualité. Ils étaient riches et pertinents et ont porté sur la vie quotidienne, le développement durable, les économies, le rapport entre les personnes, entre les hommes et les femmes. Les participants ont montré une grande curiosité.

Les allocataires ont facilement échangé sur leur mode de vie. Ils ont pu en discuter avec les référents RSA, une belle équité s’est instauré entre les professionnels et les allocataires. Il n’y avait plus de rôle à jouer. Chacun a comparé sa façon de faire en fonction de son mode de vie, de sa pratique et de sa culture. Cela a permis aux personnes de se révéler sous leur propre identité et non pas en tant qu’allocataire ou professionnel. En fonction des échanges, chacun s’est raccordé à une identité de femme ou d’homme, d’habitant, de Lillois ou de citoyen.

Les échanges collectifs se sont beaucoup diffusés dans les sphères individuelles (famille, voisinage, ami(e)s …), le collectif a révélé à certaines occasions des situations personnelles méconnues du ou des référents et permettant des actions dans le parcours d’accompagnement (ex : cas d’une personne n’ayant pas de machine à laver et demande d’un prêt CAF avec le référent).

Ce projet a permis aux allocataires de se sentir acteurs et co-constructeurs d’un projet. Le petit guide « Trucs et astuces pour un développement durable » montre l’investissement et le travail mené par les allocataires lors des ateliers.

Photo : Wikimedia Commons / Velvet

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