J'ai compris, mais plus tard...

Contexte

L’Escale est un accueil de jour d’une capacité de quinze personnes, conçu pour offrir un premier accueil à toute personne majeure en difficulté sociale. Il s’agit pour des personnes en rupture totale ou partielle avec la société de reconquérir leur autonomie, de se responsabiliser. L’Escale apporte des soutiens matériels et humains à la mise en œuvre de démarches d’insertion sociale dans le domaine de la santé, de l’hébergement, de la gestion des ressources, de l’organisation du temps libre.

Les publics accueillis sont hétérogènes (problématiques psychosociales, âge, ressources,...) mais affichent souvent un refus des contraintes « institutionnelles ». Des « espaces-temps » d’accès à la vie sociale, à la culture et à la citoyenneté sont ménagés pour inciter ces personnes, parfois inscrites dans la précarité depuis des années, à renouer des liens sociaux et à amorcer de nouveaux projets de vie. Internet est pour cela un formidable outil d’apprentissage, de partage et d’approfondissement des connaissances. L’objectif principal est de faire de l’atelier informatique un espace de socialisation.

Description / Fonctionnement de l'action

L’atelier « cyber Escale » est composé de huit postes informatiques, équipés pour certains de traitement de texte et d’imprimantes.

Des règles de fonctionnement ont été mises en place. Pour compenser le manque d’ordinateurs par rapport au nombre d’utilisateurs, un planning quotidien est affiché. Chacun doit s’inscrire et choisir son créneau horaire. Dans la mesure du possible une personne utilise toujours le même ordinateur afin d’avoir accès à ses fichiers personnels et ses jeux favoris. Cette première contrainte est parfois mal vue par les plus jeunes, plus immatures et qui ont du mal à accepter de différer leurs besoins. Son acceptation est un premier pas vers l’apprentissage d’autres règles de la vie en société.

Les animateurs sont vigilants sur les sites fréquentés. Les sites pornographiques ou incitant à la violence ou au racisme sont interdits. Cela suscite rarement des débats, mais permet une sensibilisation à des fondamentaux nécessaires à la vie en société.

La « cyber Escale » est fréquentée par deux publics différents :

  • un public jeune, familier de l’informatique, qui assimile facilement les principes de base et devient vite autonome dans l’utilisation de l’ordinateur, des logiciels et du web. Il enfreint assez rapidement les limites imposées dans l’atelier, souvent par provocation. Ces transgressions permettent à l’éducateur d’approcher leurs problématiques récurrentes : projection de la reponsabilité d’un échec sur autrui, intolérance à la frustration, violence, fuite du réel, évasion vers des « paradis artificiels » anesthésiants.
  • un public plus âgé, plus réticent face à l’outil informatique. Ces personnes manquent de confiance en elles, ont peur de ne pas réussir à comprendre comment utiliser les nouvelles technologies. Elles ne veulent pas montrer leurs carences en public. Leur formation débute en général par des jeux, afin de les familiariser avec les ordinateurs sans contrainte. Peu à peu elles deviennent autonomes et apprennent à « surfer ».
    L’échange des savoirs entre ces deux publics, et entre les « anciens » et les « nouveaux » est un élément important de la pédagogie du projet. Les internautes chevronnés deviennent les tuteurs des débutants, ce qui les valorisent à leurs propres yeux et aux yeux des autres. L’entraide, l’intérêt porté à l’autre sont volontairement mis en avant. 

L’atelier informatique permet de recréer des liens distanciés avec les institutions. Un premier contact via un site web, la création d’un dossier en ligne sur un site officiel, peuvent inciter ensuite la personne à entamer des démarches, à prendre contact « physiquement » avec le CCAS, l’ANPE, la CAF,... Les animateurs essaient de déclencher des réflexes d’utilisation d’Internet comme source d’information sur les démarches d’insertion pour ensuite amener les personnes à concrétiser leurs premiers contacts. 

Bilan

Aujourd’hui, les personnes viennent à l’Escale pour manger, être au calme mais aussi pour la « cyber Escale ». 70 % des personnes fréquentant l’accueil de jour utilisent l’atelier informatique. Cette proportion atteint même 100 % pour les plus jeunes. L’accès à Internet est un des arguments avancés par les nouveaux venus pour expliquer leur passage à l’Escale. Au premier trimestre 2007, sur 18 personnes accueillies quotidiennement, 12 se rendaient à l’atelier, et parmi elles un grand nombre de bénéficiaires du RMI.

L’analyse de l’utilisation des postes informatiques (tous publics confondus) montre que les jeux et la musique sont les deux types d’utilisation les plus importants (plus de 40 %), suivis des forums, chats et des recherches sur Internet. Les sites de l’ANPE, des Assedic et de la CAF sont consultés quotidiennement. 

Ces statistiques illustrent l’un des risques qui nécessitent la vigilance des animateurs : la « cyber Escale » ne doit pas se transformer en « cybercafé » gratuit. Outre la surveillance des sites fréquentés, il faut également veiller à ne pas laisser certains utilisateurs « plonger » dans l’attrait virtuel de certains jeux ou forums de discussion. La présence d’un travailleur social à leurs côtés est donc essentielle.

La « cyber Escale » constitue une « accroche » qui permet de faire venir des personnes à l’Escale, de provoquer des contacts, d’entamer un processus de socialisation. En particulier pour un public jeune, très attiré par l’informatique. Pour les autres, cet atelier permet de démystifier l’informatique. Les nouvelles technologies sont devenues un outil de consommation et de socialisation incontournable, un critère d’exclusion supplémentaire pour ceux qui n’y ont pas accès. 

La principale difficulté technique est le manque de performance des ordinateurs. Ceux-ci sont d’anciens matériels du CCAS et de la sécurité sociale, qui peinent souvent à faire fonctionner les logiciels et périphériques les plus courants. Le temps de maintenance quotidien est donc important.

Moyens

Personnel du CCAS : un responsable, une CESF, un moniteur éducateur, un travailleurs social. Budget 2007 : 220 000 €, dont 170 000 € de frais de personnel.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Deux autres accueils de jour de la commune, associations travaillant auprès des personnes sans domicile fixe (L’abbé Bazire, Le lien, Le carrefour de la solidarité), les centres d’hébergement de l’agglomération, la mission locale, l’ANPE, les bailleurs sociaux, le centre hospitalier spécialisé du rouvray (équipe mobile d’accompagnement psychiatrique),...

Ils financent l'action

DDASS (30 000 €), CPAM (5 000 €), conseil général de Seine-Maritime (63 000 €).

Les observations du CCAS/CIAS

L’informatique et Internet sont devenus ici des outils de lutte contre l’exclusion. Les personnes en situation de précarité peuvent accéder comme les autres à des ordinateurs, à Internet, à des jeux, des forums de discussion. Le travail éducatif mené autour de l’utilisation des postes informatiques fait de la « cyber Escale » un véritable outil de socialisation.

Photo : Wikimedia Commons / Frédéric BISSON

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