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Fiche d'expérience

Une démarche participative au restaurant social « Leperdit »

Une démarche participative au restaurant social « Leperdit »

Contexte

« Il est hors de doute que tout a été dit, écrit, crié, ou gémi sur le malheur, à cette réserve près que ce n’est jamais le malheur qui parle, mais n’importe quel heureux bavard au nom du malheur » (Georges Bataille)

Qui d’autre serait mieux placé que les usagers eux-mêmes pour parler des usagers ?

Depuis la loi 2002-2, la place des usagers est devenue une question centrale.
Les démarches de croisement des expériences sont de plus en plus courantes. Les conseils de vie sociale (CVS), chargés de donner leur avis et de faire des propositions pour faire évoluer l’établissement et la vie quotidienne de ses usagers, sont également soumis à cette démarche participative. A ce titre, ils doivent inclure au moins deux personnes accueillies ou prises en charge, un représentant du personnel et un représentant de l’établissement.
C’est en partant de ce principe que le CCAS a lancé, sur l’ensemble de la commune, une démarche d’échange entre usagers et professionnels du CCAS. En janvier 2007, le conseil de vie sociale s’établit dans le restaurant social « Leperdit » également appelé « Le Fourneau ». Cet établissement, dépendant du CCAS, est chargé d’accueillir et de proposer un repas aux personnes en situation de grande précarité. Ce lieu allie assistance et animation en proposant à ses usagers des ateliers thématiques, des temps d’écoute et de conseil, des permanences pour l’accès aux droits et aux soins...

Description / Fonctionnement de l'action

Qui sont les usagers du restaurant "Leperdit" ?

Le public qui fréquente cet établissement est en situation d’errance sur la ville de Rennes. Il s’agit de personnes âgées de 18 ans et plus, sans revenus ou presque (le maximum étant l’allocation adulte handicapé) et principalement sans domicile fixe. Cette population présente en grande majorité des problèmes de santé physique ou psychologique, des problèmes liés à la consommation d’alcool ou à la prise de produits psycho actifs.
A cela s’ajoutent des pathologies liées au mode de vie à savoir : le manque d’hygiène, la promiscuité, les pratiques à risques (sexuelles, injections) et de nombreuses rixes.
La plupart des ces personnes ont notamment des situations administratives problématiques, souvent dues à la perte du revenu, du logement, de l’accès aux soins, etc.

 

Les objectifs du restaurant social "Leperdit"

Cet établissement reçoit les publics pré cités et leur propose un soutien et différents services :
- un lieu d’écoute :
A travers une écoute active, l’usager est stimulé afin d’amorcer une attitude de changement.

- un lieu structurant :
Les usagers sont soumis aux règles de vie dans l’enceinte de l’établissement.

- un lieu d’accès au droit :
Des permanences de travailleurs sociaux permettent de rétablir des situations administratives parfois désastreuses.

- un lieu de prévention et d’accès aux soins :
Les questions de santé, même si elles sont souvent abordées dans l’urgence, restent un point d’accroche avec les usagers. Leur traitement est souvent une démarche préalable à la réinsertion.

- un lieu responsabilisant :
Les relations avec l’environnement et l’entourage seront toujours un point sensible. Un travail a donc été mis en place pour responsabiliser les usagers sur leurs droits, leurs devoirs de citoyens dans la ville et sur l’espace public, ainsi que dans le dialogue institué avec le voisinage.
C’est notamment dans ce cadre que s’inscrivent les ateliers thématiques proposés aux usagers.

 

Une démarche participative axée sur des ateliers thématiques...

Jusqu’à présent, quatre ateliers ont été créés :
- l’atelier "vie interne",
- l’atelier "animation",
- l’atelier "journal",
- l’atelier "chiens".

Chacun de ces ateliers est mené avec un référent usager chargé d’organiser les rencontres et d’en rédiger les comptes-rendus et un animateur facilitateur qui intervient en soutien méthodologique.

L’atelier "vie interne"
Objectif : Recueillir les souhaits d’amélioration du quotidien du restaurant social en conformité avec la notion de "restauration du lien social" et de structure "pour eux et non à eux". Les propositions peuvent par exemple, porter sur l’aménagement urbain (aménagement d’un banc supplémentaire dans la cour, mise en place de sacs "toutounets" et de bacs à mégots, entretien des locaux, etc.).

Le premier projet de cet atelier : la construction du préau.
La parution du décret interdisant de fumer dans les lieux publics a été utilisée pour ce projet, comme support éducatif. En partant du principe qu’environ 90 % des usagers de l’établissement fument, la majorité d’entre eux risquaient de se retrouver dehors pour fumer. L’abri dans la cour étant de taille restreinte, il a été proposé aux usagers de participer à la construction d’un préau. Ce projet leur permet ainsi de mettre à profit de façon active le temps passé dans la cour en les incitant à un certain dynamisme.

Les points primordiaux du projet étaient :
- l’organisation et le travail en groupe,
- la discipline et le respect des normes de sécurité,
- l’appropriation de la cour en prenant part à son aménagement,
- reprendre confiance en soi à travers la réalisation d’un travail d’utilité collective,
- apprendre ou réapprendre les règles régissant le monde du travail par le biais d’une activité manuelle.

 Les ateliers "animation"
Objectif : Etre force de proposition en terme d’animation afin de rompre avec le quotidien en fédérant les personnes autour d’un même projet.
A l’issue des différentes concertations, voici pour exemples différentes distractions en place au restaurant :

Depuis mai 2007 : La godinette mensuelle
La "Godinette Fourneau" propose chaque mois du Schweppes, du jus d’orange, des sirops et de la bonne humeur, le tout garanti zen et sans alcool ! Afin de prévoir les quantités nécessaires, les participants doivent s’inscrire et prendre l’engagement moral et personnel de ne pas consommer d’alcool. La godinette du mois de juin est couplée avec la fête de l’été où les usagers du restaurant et les gens du voisinage se retrouvent pour une soirée galette/saucisse.

Depuis juin 2007 : l’atelier « image de soi »
Partant de la phrase retenue au fourneau « je ne veux pas plaire, ça sert à rien », il a semblé important de travailler sur le regard, l’effet miroir, l’estime de soi…
Pour cet atelier, une esthéticienne intervient auprès d’un groupe constitué de 4 à 5 femmes fréquentant le restaurant social. Elle les conseille en instaurant une relation dans un esprit de respect et de confiance. Le message à faire passer est qu’il est important de se plaire à soi-même avant de vouloir plaire aux autres.

Depuis juin 2007 : avec les chevaliers de la miche perdue et les prêtres ouvriers
Un groupe de prêtres ouvriers organise régulièrement un atelier de fabrication de pain traditionnel (avec pétrissage, mise en boule, allumage du feu, enfournement), ainsi que des pique-niques pour un groupe d’une dizaine d’usagers.

Depuis mai 2007 : Projet sac à dos
En partenariat avec les prêtres ouvriers et l’association « culture du cœur », il est proposé de s’exprimer librement autour de la relation entretenue par la personne à la rue avec son sac à dos. Le but est de faire un retour sous une forme artistique (théâtre, bande dessinée, sculpture, texte) dans le cadre d’une expression publique.

Depuis juillet 2007 action « Vêtements »
En partenariat avec la Croix Rouge, les usagers vont pouvoir soumettre leurs souhaits de vêtements (sur une liste gérée par un usager) afin de mettre en place une date de distribution au restaurant social. La même opération sera renouvelée en hiver.

L’atelier « Journal »
Objectifs : Ce travail permet de valoriser les idées et écrits des usagers ainsi que de valoriser la prise de responsabilité liée à la création d’un groupe de travail de rédaction.
Le but est de réaliser un travail de groupe où les décisions sont prises ensemble. C’est l’occasion pour les usagers d’apprendre la prise de parole et l’écoute. Cela demande un investissement, une implication et un respect fort envers les autres personnes du groupe de travail. L’objectif est d’aider les usagers à prendre confiance en eux, à donner leurs opinions et à trouver dans ce travail une certaine estime de soi. La concrétisation, la réalisation du journal sont l’aboutissement d’un travail fourni par le groupe qui sert au collectif.
Description de l’action : Mise en place d’un groupe de rédaction qui a la responsabilité de recueillir l’expression des autres usagers ainsi que les leurs. Le tout est intégré dans un petit journal mis à la disposition de tous les usagers « Le fourmilier ». Le journal est matériellement concrétisé en plusieurs feuilles A4 pliées horizontalement et qui s’ouvrent comme un livre. L’idée est de créer un journal trimestriel.

L’atelier « Chiens » 
Les chiens nous donnent l’affection sur laquelle nous ne pouvons pas compter ailleurs » (phrase entendue au restaurant social).
Les usagers du fourneau, propriétaires de chiens, entretiennent avec eux des rapports affectifs particulièrement chaleureux. Le propriétaire n’a pas ses papiers mais ceux de son (ses) chien(s). D’une manière générale, leur chien est souvent leur seul compagnon fiable. Il ne va pas le détrousser la nuit ou pendant qu’il se retrouve assommé par l’alcool ou d’autres produits. Il est aussi, pour certains, un peu un souffre-douleur, voire un instrument de défense ou d’intimidation (et à ce titre, il dérange).
L’idée éducative de ce projet est de partir du chien et de remonter la laisse jusqu’au maître.

Phase 1 : poser les questions des aboiements, de la présence d’une chienne en chaleur, de la gestion des chiots, de la maîtrise d’un maître avec plusieurs chiens et apprendre à mieux gérer son chien dans le quartier, dans la ville.

Phase 2 : mettre un partenariat entre l’association Vétérinaires Pour Tous et le service hygiène de la Ville de Rennes en mettant en place des actions chiens.

Le but est d’avoir une discussion autour de l’éducation canine et du rapport maître/chien avec un support attractif  : déparasitage, vaccinations, et mise à jour du carnet de vaccinations. Une participation d’un euro est demandée pour chaque chien.

En 2007, trois séances ont été organisées, chacune pouvant contenir jusqu’à 12 chiens.

Bilan

Le conseil de vie sociale permet à des personnes habituellement déconsidérées par les autres, voir par elles-mêmes, qui vivent dans des conditions totalement déstructurantes, de réfléchir, penser, concevoir et mettre en œuvre des actions concrètes dont les retombées sont immédiates sur les individus et sur le groupe. Le descriptif des actions mises en place avec les usagers constitue en lui même le bilan positif de cette action.

Moyens

Ces actions sont menées par les professionnels travaillant au restaurant :
- un responsable,
- deux animateurs-éducateurs,
- un animateur facilitateur.Ces activités sont comprises dans le fonctionnement de l’établissement, leur coût est inclu dans le budget du restaurant, leur organisation est comprise dans le volume horaire de l’équipe.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

- L’association des cités du Secours Catholique qui est le partenaire du CCAS dans le cadre de la démarche de croisement des expériences entre usagers et professionnels du CCAS.
- L’association Vétérinaire pour tous, l’association Culture du coeur, la Croix rouge et les prêtres ouvriers interviennent régulièrement sur les ateliers.

Ils financent l'action

Aucun

Les observations du CCAS/CIAS

Le restaurant social a mis en place un nouveau concept d’accompagnement social en agissant avec les usagers et non pas pour eux. Dans ce cadre, l’action de participation des usagers fait partie intégrante de l’action d’insertion.En intégrant les usagers à des actions concrètes mais simples, les retombées sont immédiates pour eux.

Le conseil de vie sociale, qui inclut les usagers, est conçu comme une instance de réflexion sur la vie de l’établissement. Cette démarche permet de responsabiliser les usagers et de leur prouver qu’ils font partie d’un groupe.

Photo : Wikimedia Commons / Édouard Hue

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