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Fiche d'expérience

Un réseau linguistique sur le territoire communal d’Athis-Mons

Un réseau linguistique sur le territoire communal d'Athis-Mons
Cette action n’est plus portée par le CCAS/CIAS.

N’hésitez pas cependant à vous inspirer de cette fiche pour imaginer un projet similaire.

Contexte

Située dans le département de l’Essonne, la ville compte près de 30 000 habitants. Elle a reçu en 2005 le prix de l’innovation sociale pour le Réseau linguistique mis en place sur le territoire de la commune et piloté par le CCAS.

A l’origine de ce dispositif :
- Une volonté politique de réduire l’illettrisme et l’analphabétisme dans la population athégienne et de lutter « autrement » contre ces phénomènes, un désir ardent d’aider les personnes à parfaire leur maitrise du français parlé et écrit.
- Un constat des travailleurs sociaux qui accueillent un nombre important de personnes ne maîtrisant pas la pratique du français, à l’oral comme à l’écrit.
- Un réseau local de ressources en formation très insuffisant pour répondre aux besoins diversifiés (publics et besoins hétérogènes)
- Une difficulté à mobiliser les usagers concernés.
- Une demande de quelques agents de la collectivité en situation d’illettrisme ou d’analphabétisme.
- Un contrat de ville et un programme de réussite éducative qui ont permis de repérer des adultes en difficulté et d’agir avec eux (ateliers d’écriture, activités socialisantes…)Depuis 2004, la mobilisation des élus politiques et des professionnels ne s’est pas amoindrie devant l’ampleur des besoins mais surtout devant les efforts consentis par les individus mobilisés.

Description / Fonctionnement de l'action

Le réseau linguistique s’est construit dans la durée en s’appuyant sur un réseau partenarial étendu, sur une mobilisation forte de professionnels et de bénévoles, sur une diversité d’ateliers organisés par le CCAS.
Le dispositif est conçu pour répondre aux besoins et aux profils hétéroclites des usagers : adultes et jeunes de plus de 16 ans, agents salariés de la collectivité ou usagers des services sociaux de la ville ou de la communauté d’agglomération ou repérés par le relais des associations locales. La majorité des bénéficiaires ont des difficultés à s’insérer socialement et professionnellement du fait de difficultés dans la pratique du français. Pour aider les usagers, les personnes relais du dispositif, professionnels et bénévoles ont bénéficié d’une formation au repérage des personnes en difficulté dans les compétences de base et à leur accompagnement.

Pour aider les agents en situation d’illettrisme ou d’analphabétisme, le CCAS a proposé une formation aux encadrants de plusieurs services pour les aider à diagnostiquer les situations d’illettrisme et à aborder la question avec leurs agents concernés. Outre les encadrants, d’autres professionnels ont bénéficié de cette formation et peuvent devenir des relais auprès des agents et des usagers. Parmi eux, des travailleurs sociaux, des responsables de crèche, des bibliothécaires, des personnels d’accueil…

 

L’action du réseau auprès des bénéficiaires se structure essentiellement autour d’ateliers qui, depuis 2005, se sont développés.

A) Les ateliers d’apprentissage collectif assurés par des bénévoles
Ces ateliers sont disséminés sur la ville. 3 créneaux horaires sont proposés (9h à 11h, 14h à 16h ou 20h à 21h30). Les bénéficiaires assistent par groupe de niveau ou de projet à 2 séances hebdomadaires. 15 bénévoles sont mobilisés et accompagnés à leur demande par la coordinatrice linguistique (conseils techniques et pédagogiques).
B) 2 ateliers de socialisation assurés par les CESF du CCAS
L’atelier « Gourmand » s’adresse à un public isolé ou en difficulté face aux actes de la vie quotidienne (thèmes abordés : l’équilibre alimentaire, l’équilibre budgétaire, le respect de soi, l’estime de soi, les violences…) . L’atelier est hebdomadaire et se déroule de 9h30 à 13h30. Projet de l’année : réalisation d’un voyage collectif en auto-financement.

L’atelier « Bien-vivre au Noyer Renard » :s’adresse à un public isolé, issu d’un quartier ZUS, identifié en difficulté face aux démarches administratives, aux actes de vie quotidienne. (thèmes abordés : se repérer et se déplacer dans la ville, identifier les personnes ressources, rencontrer les acteurs de l’habitat social, les économies d’énergie…). L’atelier est hebdomadaire et se déroule de 13h30 à 16h30.
C) L’atelier « Parler pour travailler »
C’est un atelier linguistique axé sur la communication orale à visée professionnelle. Cet atelier hebdomadaire de 2 heures est encadré par une formatrice professionnelle qui propose des activités purement orales (écoute, jeux de rôle, mise en situation…) sur différents thèmes proposés par les usagers eux-mêmes, dans le cadre de leur recherche d’emploi. L’accès à cet atelier ne nécessite pas de connaissances particulières à l’écrit. pour participer à cet atelier.
D) Les ateliers « Omar »
Ce sont des ateliers de dynamisation ou de mobilisation des usagers. Il s’agit d’apprendre à apprendre et à s’organiser dans l’apprentissage de la langue française écrite. Le public cible : les personnes souhaitant entrer en formation qualifiante ou sortant d’une formation linguistique classique. Pédagogie individuelle par objectifs. 3 ateliers hebdomadaires de 2 heures sont encadrés par des formateurs professionnels.
E) Les ateliers d’EAO (Enseignement Assisté par Ordinateur) 
Ce sont des ateliers qui permettent de travailler l’apprentissage du français à l’aide des ordinateurs, les usagers étant encadrés par un formateur professionnel. Il s’agit de réduire la fracture numérique que subissent déjà terriblement les personnes éloignées de l’écrit ou en difficulté économique. Dans une salle multimédias de 15 ordinateurs, chaque participant s’exerce individuellement à la navigation sur internet ou à la pratique du français à l’aide de didacticiels spécifiques. Deux ateliers de 2 heures ont lieu chaque semaine.
Un brevet de navigation sur internet peut être tenté dans le centre qui est habilité, et ce 2 fois par an.

 

F) L’atelier de lecture accompagnée
C’est un atelier ouvert au public n’ayant pas accès à la culture, à la langue écrite mais ayant acquis un niveau minimum de communication orale. 2 accompagnatrices professionnelles se relaient pour lire à voix haute un livre complet (en plusieurs séances). La lecture est ponctuée de questions, d’intervention, d’expression des sensations des usagers. De nombreux échanges participent à ces temps de lecture partagée. 15 à 20 séances de 2 heures par livre. Le choix des livres et le bilan se fait en lien avec les bibliothécaires de la communauté d’agglomération.
G) Les ateliers « Visite de la ville »
Ces ateliers existent depuis 2006, à raison de 15 séances de 2 heures par an. Ils permettent de faire découvrir aux participants la ville et son patrimoine architectural. En étroite collaboration avec la Maison de Banlieue et de l’Architecture (1er prix de l’innovation patrimoniale 2008), de petits groupes découvrent les quartiers et les curiosités architecturales. Afin de les aider à s’approprier leur environnement un temps d’écriture suit la visite.
En 2008 : publication d’un bulletin de « ballades découvertes » rédigé et illustré par les participants.
En 2009 : exposition itinérante d’expression des participants.
En 2010 : ballades poétiques et recueil audio des impressions des participants

H) Le concours d’écriture
En 2005 : concours d’écriture sur le thème de la femme, impression d’un recueil.
En 2006 : concours d’écriture sur le thème de la Femme , exposition des textes et lecture publique.
En 2007 : concours d’écriture avec le service municipal de la Petite Enfance sur le thème du « Doudou ».
En 2008 : concours d’écriture avec le service municipal de la Petite Enfance sur le thème « quand l’enfant parait… ».
En 2010 : concours d’écriture sur proposition du Conseil d’Administration du CCAS sur les thèmes « solidarité, bien-être et bonheur ».

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I) Les expérimentations
Atelier de prévention routière/permis de conduire :
L’atelier se déroule sur 10 séances de 2 heures avec un professionnel de la route. Il s’adresse à des personnes ayant des difficultés linguistiques qui désirent passer le permis de conduire ou d’être formées à la prévention routière pour un usage piétonnier sécurisé. L’atelier a été mis en place suite aux demandes formulées par les usagers. Son objectif est de permettre aux usagers de se préparer pour postuler à l’entrée dans une auto-école. La principale difficulté liée au maintien de l’action reste son coût élevé.

 

Atelier « faire garder son enfant » :
L’atelier se déroule sur 5 séances de 2 heures avec les professionnels du service de Petite Enfance pour accompagner les parents faiblement communicants dans leur rôle de parents car donner son enfant à garder dans une structure dont on comprend mal les règles est source de conflits entre les professionnels et les parents.

 

Atelier « être parent en maternelle » :
L’atelier se déroule sur 10 séances de 2 heures pour accompagner dans leur rôle de parents des personnes faiblement communicantes. L’objecti est de permettre aux parents éloignés des apprentissages scolaires de comprendre les rouages de l’école et se l’approprier.

Bilan

En 2009 : 300 personnes ont participé à au moins un atelier dont une centaine qui ne participent qu’aux ateliers animés par les bénévoles.
94 sont sorties du dispositif pour les raisons suivantes : emploi (24%), santé (5%), déménagement (18%), formations (10%), difficultés personnelles (8%), autres (35%)

La fréquentation des usagers est assidue et le Réseau jouit d’une image très positive sur le territoire intercommunal et départemental. L’action permet notamment un changement de regard des professionnels et des relais et une prise de conscience des obstacles à surmonter par les personnes en situation d’illettrisme

La réussite du dispositif est notamment due à :
- Une volonté politique forte à pérenniser ce dispositif.
- La diversité des réponses et l’ouverture sur l’environnement, la vie sociale, culturelle.
- La coordination du réseau.
La disponibilité des intervenants.
La proximité des actions.
La communication entre les partenaires sur le suivi des personnes.
Le respect des rythmes des participants et de leur motivation.

En 2018, cette action n’est plus porté par le CCAS depuis quelques années. Il appartient maintenant à l’EPT Grand Orly/Seine/Bièvre.

Moyens

Budget 2009 : 87 964 euros

Financé par le CCAS (30%), la Commune d’Athis-Mons (34%), le Conseil général (CUCS – 11%), ETAT (politique de la ville – 25%)

Dans ce coût entrent : le temps plein de la coordinatrice, le temps d’action des CESF (55%), les temps assurés par les intervenants professionnels et les organismes prestataires de services (38%), les frais de mise logistiques (salles, fournitures, documentations, transports, matériels…) (7%)

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Le CCAS, les Services Sociaux Départementaux, les centres sociaux de la ville, le Réseau des bibliothèques-médiathèques intercommunal, la CAF, les Associations, les organismes de formations sur le territoire, Club de prévention, Mission Locale, Athis Alpha, les services de la ville (Accueil, Petite-Enfance, Jeunesse), le PLIE, les CHRS...

Ils financent l'action

Le CCAS, la commune d’Athis-Mons, le Conseil général de l’Essonne (CUCS), l’Etat (politique de la ville).

Les observations du CCAS/CIAS

Notre expérience a permis « d’ouvrir une porte » qui ne l’est pourtant pas souvent. Il s’agit en effet de permettre à tous de réaliser à quel point la communication avec les personnes en situation d’illettrisme n’est pas aisée.
Les personnes en difficulté face aux savoirs de base sont confrontées quotidiennement à « leurs difficultés » :
* lire son courrier : lire les lettres de l’administration, identifier les publicités, comprendre les factures, répondre aux messages des enseignants...
* payer ses factures : rédiger des chèques, préparer l’enveloppe réponse, gérer son budget...
* se soigner : lire l’ordonnance, identifier les médicaments (combien, comment ?), suivre un régime, suivre un calendrier de vaccinations...
* être citoyen : comprendre les programmes électoraux, réaliser le tri sélectif, adhérer à une association, se déplacer dans la ville...

Ces personnes ne peuvent pas demander quotidiennement de l’aide à la communauté donc ils apprennent à contourner les difficultés. Ils « trichent ». Ils sont très souvent mal à l’aise dans leur vie mais ils ne peuvent l’avouer.

Les acteurs sociaux prennent conscience peu à peu de l’ensemble des difficultés que de nombreux usagers peuvent avoir au quotidien. Maintenant, ils osent en parler avec eux.

Chaque jour, des portes s’ouvrent, il reste aux usagers à les franchir.

Photo : Wikimedia Commons / Cyrilb1881

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