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Santé mentale des enfants, un enjeu de société : Rapport du Défenseure des droits

Santé mentale des enfants, un enjeu de société : Rapport du Défenseure des (...)

A l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 2021, la Défenseur des droits a rendu public son rapport annuel où elle appelle les pouvoirs publics à prendre « la pleine mesure de l’enjeu que représente la bonne santé mentale des enfants ».

Un déficit d’approche globale de la santé mentale

Les 3000 saisines reçues chaque année révèlent un « mal-être structurel (des enfants), trahissant le niveau d’investissement insuffisant que concèdent la société et ses institutions au bien-être des enfants ». En réponse, la Défenseure des droits appelle les pouvoirs publics à considérer la santé mentale comme une priorité des politiques publiques, selon une approche globale.

  • A cet égard, le rapport revient sur les enjeux liés à la prévention, au repérage et à la prise en charge de la souffrance psychique infantile. Parce que le rôle de l’environnement familial est primordial, il invite à augmenter les moyens pour soutenir la parentalité (dispositifs dédiés, PMI, équipes mobiles).

Il rappelle aussi que chaque « famille devrait avoir accès au mode d’accueil qui satisfait le mieux l’intérêt supérieur de leur enfant, indépendamment de leur situation professionnelle, personnelle ou familiale ». Par manque de place, de nombreux parents n’y accèdent pas aujourd’hui, en particulier les familles en situation de précarité « par peur d’être jugées ». Ces pertes de chances sont d’autant plus fortes chez les enfants de familles immigrées vivant dans la crainte de l’expulsion.

  • Les inégalités et discriminations qui frappent les enfants les plus vulnérables, accentuant leur souffrance psychique, sont ainsi au cœur de ce rapport.

Les saisines traitées par l’institution concernent les enfants porteurs de handicap privés d’inclusion scolaire ou contraints de partir en Belgique « faute d’offre médico-sociale suffisante », les enfants hospitalisés dont le droit à une présence parentale en établissement demeure insatisfait ou encore les enfants affectés par « la situation économique précaire de leur famille sans qu’un accompagnement approprié leur soit apporté ».

Le rapport pointe aussi le manque d’accompagnement des « jeunes aidants » qui représenteraient 17% des lycéens selon une étude datant de 2017. Les enfants victimes de violences intrafamiliales « ni repérés, ni protégés faute de coordination entre acteurs » font également l’objet d’une attention particulière.
Tout comme les jeunes relevant de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) pour qui la prévalence des troubles psychiques est 8 fois plus élevée qu’en population générale. A cet égard, le rapport revient sur la situation des mineurs non accompagnés (MNA) : dont « l’évaluation de leur situation est souvent réalisée par des personnels insuffisamment formés à l’appréhension des troubles psychiques et des symptômes de stress post-traumatique (…) » bien qu’ils aient connu des parcours de migration « émaillés d’évènements traumatiques » (guerres, violences en tous genres, exploitations sexuelles, grande précarité, mort de proches).

En creux, la Défenseure des droits insiste sur la nécessité de renforcer les moyens et la coordination de tous les dispositifs et acteurs de l’enfance afin de garantir la santé mentale des enfants dans toutes ses composantes.

L’urgence d’agir

La prise en charge des troubles de santé mentale des enfants est embolie par des carences structurelles « que deux années de vagues épidémiques ont contribué à aggraver ».Le rapport objective ainsi une difficulté de terrain des CCAS/CIAS qui doivent composer avec l’état de saturation du secteur spécialisé ( Pédopsychiatres, Centre médico-psycho-pédagogique, Centres d’Action Médico-Sociale Précoce….) tout en faisant face à l’augmentation des souffrances psychiques liées notamment à la précarisation ou la survenue d’évènements fragilisant les familles.

Les nombreuses saisines traitées par l’institution soulignent de manière récurrente le manque de professionnels du soin et de places en structures adaptées. Le nombre d’enfants suivis en pédopsychiatrie a augmenté de 60% en 20 ans quand la démographie des professionnels de santé tend à décliner, en raison d’une plus faible attractivité (-7% entre 2012 et 2015 pour un âge moyen de 62 ans). L’absence de professionnels conduit ainsi parfois à des « situations de surmédicalisation » (surconsommation d’anxiolytiques chez certains enfants), des « délais exorbitants » ou encore à l’accueil d’enfants et d’adolescents en unité de soins psychiatriques pour adultes.

Autant de défaillances qui renforcent la dégradation de l’état de santé psychique des plus jeunes. La Défenseure défend ainsi la nécessité de « répondre aux insuffisances dont souffre le secteur de la santé mentale, notamment dans ses aspects spécifiques touchant aux soins en pédopsychiatrie, en investissant massivement pour développer les offres de prise en charge et d’accompagnement, les propositions de suivi, les lieux d’écoute ».

Face aux « effets dévastateurs » de la crise sanitaire sur la santé mentale des enfants (stress, angoisses, recours accrus aux écrans, impact sur la capacité d’apprentissage des enfants, phobies scolaires, perte de repères et de confiance en l’adulte référent, violences juvéniles), 29 propositions sont ainsi adressées aux pouvoirs publics soulignant l’urgence d’agir pour développer des dispositifs d’accueil des jeunes enfants, l’accompagnement à la parentalité, le renfort des moyens accordés aux PMI, la formation aux droits contre le harcèlement scolaire ou encore le renforcement quantitatif de l’offre en pédopsychiatrie.

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