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Fiche d'expérience

Salon de coiffure social et intergenerationnel « solid ‘hair »

Salon de coiffure social et intergenerationnel « solid ‘hair »

Contexte

Le CCAS de Bagnolet anime une action générale de prévention et de développement social dans la commune en liaison avec les institutions publiques et privées.
Créer un salon de coiffure social est un projet du CCAS de Bagnolet pouvant répondre aux objectifs de lutte contre l’exclusion et la pauvreté.
C’est ainsi que dans le cadre du programme de réhabilitation architecturale du foyer-logement, le CCAS a décidé d’affecter un espace de cet établissement pour un futur salon de coiffure destiné aux personnes de tout âge, en difficulté sociale. Initié en 2008 par le CCAS, le projet d’ouverture d’un salon de coiffure à caractère social a rassemblé la direction du CCAS, les partenaires de la ville et la direction du développement économique de Bagnolet.
Lors de réunions de travail entre les porteurs du projet, la question de savoir si l’apparence physique pouvait être un critère aggravant d’exclusion socio-professionnelle s’est rapidement posée.
Autrement dit, faut-il être beau pour réussir ?
Les études sont unanimes : la beauté est un atout pour décrocher un emploi. En effet, selon l’Observatoire français des discriminations, 64 % des critères intervenant pour une embauche – à compétence et qualification égales – sont directement liés à l’esthétique du candidat.
« Ce qui est beau est bon ». À quoi attribuer cette prime à la beauté ? Selon les sociologues, les individus séduisants sont considérés comme détenteurs de plus de qualités que les autres. Ainsi, pour Jean-François Amadieu, auteur de l’ouvrage Le poids des apparences : "Les beaux sont jugés plus intelligents, plus ambitieux, plus chaleureux, plus sociables, plus équilibrés et moins agressifs". Pour ce sociologue, directeur de l’Observatoire des discriminations, l’apparence physique constitue de fait "l’un des facteurs les plus insidieux de discrimination sociale et de reproduction des inégalités".Aussi, les intervenants travaillant auprès des personnes âgées constatent une montée des demandes sociales (baisse du pouvoir d’achat, hausse des loyers...) et des inégalités sociales et notamment pour ceux percevant le minimun vieillesse. Cela a pour conséquence une impossibilité pour cette population de s’offrir des prestations qui contribuent à la valorisation de soi et au bien être « social ». Fort de ce constat, le CCAS de la Ville de Bagnolet a proposé de créer un salon de coiffure et d’esthétique social, dans le but de permettre aux personnes ne pouvant s’offrir les services de ce type d’établissement d’y accéder et de tenter de gommer les inégalités dues à l’apparence.

Description / Fonctionnement de l'action

Objectifs du salon de coiffure social et intergenerationnel  :
- créer une solidarité intergénérationnelle en accueillant dans l’établissement un public en difficulté sociale de tous âges,
- favoriser l’intégration professionnelle d’un public éloigné de l’emploi en lui permettant d’accéder à une formation qualifiante, avec la possibilité à l’issue d’un parcours de formation d’accéder à un emploi pérenne, 
- permettre aux personnes en difficulté sociale d’accéder aux services d’un salon de coiffure.

A travers ce projet, le CCAS vise à :
- embaucher 2 coiffeurs, dont 1 ou 2 en parcours d’insertion (par le biais de CAE),
- coiffer 756 personnes en voie d’insertion sociale et/ou professionnelle ou percevant le minimum vieillesse,
- impulser la formation et/ou l’expérience professionnelle pour des personnes désireuses de travailler dans le secteur de la coiffure en permettant à terme aux coiffeurs en insertion d’obtenir une qualification (CAP ou BP Coiffure ou autre forme de professionnalisation) et ou d’être orienté dans une formation professionnelle qualifiante,
- lutter contre les discriminations à l’embauche et gommer les inégalités dues à l’apparence (donner un RDV avant un entretien d’embauche),
- travailler sur l’image, l’estime de soi, afin de faciliter la réinsertion sociale,
- créer du lien intergénérationnel (jeunes – personnes âgées/ échanges de savoirs et savoirs faire, faire participer les bénéficiaires aux actions de prévention telles que la canicule, l’accompagnement des personnes âgées lors des sorties,etc.).

Public bénéficiaire et modalité de la prestation :

Le salon de coiffure n’accueille que des personnes aux revenus modestes : bénéficiaires du RSA, jeunes de moins de 26 ans suivis par la mission locale, retraités percevant le minimum vieillesse... L’orientation vers le salon de coiffure se fait via le service RSA, le service social, et les conseillers en insertion professionnelle des PLIE, de la mission locale, et de Pôle emploi.
Sur le modèle du salon de coiffure « Les Restos du cœur de Brest », il est prévu d’accueillir deux « clients » par heure, donc six le matin et six l’après-midi. En contrepartie d’une participation financière de 2 euros, les personnes en voie d’insertion professionnelle ou de réinsertion sociale sont « relookées », retrouvant ainsi une confiance et une estime de soi qui leur permettent d’avancer dans leurs projets de vie.

Bilan

Depuis le 8 novembre 2011 et dans le cadre d’un partenariat avec l’association intermédiaire Ladomifa et l’association Nidex (entreprise d’insertion), une coiffeuse titulaire d’un brevet professionnel coiffure a été recrutée en contrat à durée déterminée par cette dernière et mise à la disposition du CCAS, afin d’assurer l’activité du salon de coiffure social. La récente montée en charge de l’activité du salon de coiffure permet le recrutement de deux personnes en CAE, à compter du 11 juin 2012.Entre les mois de novembre 2011 et avril 2012 :
- 116 personnes en insertion ont bénéficié des prestations du salon de coiffure social, à raison de deux jours d’ouverture par semaine. Cela correspond à une fréquentation moyenne de 5 personnes par jour d’ouverture.
- l’embauche de deux personnes en CAE permettra d’atteindre et de dépasser l’objectif initial de 6 personnes par jour.

- les partenaires sociaux et institutionnels sont impliqués dans ce projet innovant et permettent un fort travail de coopération en transversalité (emploi, social, insertion...).

Moyens

Moyens humains :
- 1 coiffeuse, titulaire d’un BP coiffure,
- 2 apprentis coiffeurs en CAE (selon les possibilité de financement),
- 1 secrétaire chargée de l’accueil et de l’entretien ménager du local à 1/5 ETP,
- la direction du CCAS,
- les techniciens du RSA et de la direction du développement économique de la commune de Bagnolet,
- cadre techniques du CCAS (directrice de la résidence la butte aux pinsons et du service de l’aide légale et facultative).Moyens matériels :
Mobilier : le campus des métiers de Bobigny a fait don au CCAS du matériel nécessaire au fonctionnement d’un salon de coiffure (valeur 6000 euros).
Fournitures : accord avec les coiffeurs de l’Espoir (groupe l’Oréal).
Communication : imprimerie municipale et communication par le biais des outils de la commune de Bagnolet (tract, site internet...).

Budget : 75 100 euros pour le fonctionnement et les salaires de l’année financé par la préfecture, l’intercommunalité Est Ensemble et le CCAS de Bagnolet.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

La Direction de l’action sociale : service social et RSA et insertion, la Direction économie emploi tourisme, services techniques de la Ville pour l’entretien du salon et son installation, le Pôle emploi de Bagnolet, la mission locale, le GRETA Tertiaire 94 Champigny sur Marne, le PLIE (initiative emploi), la chambre des métiers et de l’artisanat de la Seine-Saint-Denis, l’OREAL : don de fournitures et conseils en coiffure, l’intercommunalité Est Ensemble (projet ville).

Ils financent l'action

La préfecture de la Seine Saint Denis, dans le cadre du CUCS et de l’ACSE : environ 40 000 euros pour 2011 et 2012.
L’intercommunalité Est Ensemble : (33 500 euros pour l’année 2012) qui se substitue à la commune de Bagnolet (transfert de compétences).
La participation bénéficiaire CCAS de Bagnolet  : 1 600 euros.
L’OREAL : don de fournitures et Formations : 5 000 euros de dons en matériel.
La chambre des métiers : dons de fournitures de matériel pour une valeur de 8 000 euros.
Pour l’année 2013, il est utile de trouver de nouveaux partenaires financiers pour assurer la pérennité de l’action.

Les observations du CCAS/CIAS

Ce dispositif permet  :
- la mobilisation des acteurs sociaux, 
- d’apporter une réponse innovante à une problématique repérée, 
- de favoriser le retour à l’emploi de deux personnes grâce au CAE,
- de donner une dimension intergénérationnelle grâce au choix du lieu du salon : dans une résidence pour personnes âgées (et de permettre l’ouverture de la résidence vers l’extérieur),
- de développer le lien social entre les bénéficiaires : échanges informels et partage d’une pause conviviale dans le hall d’accueil,
- de proposer aux personnes au minimum vieillesse de bénéficier des prestations du salon pour la valorisation de soi,
- de veiller au bien-être et à la valorisation des bénéficiaires.

Photo : Wikimedia Commons / Grook Da Oger

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