J'ai compris, mais plus tard...

Contexte

Saint-André compte 10 113 habitants. 1/4 de la population est âgée de 60 ans et plus. Sur le territoire intercommunal, qui compte huit communes, Saint-André est celle dont la population retraitée est la plus importante. Le CCAS, qui a mis en place un département seniors au sein de sa structure, a développé une série de services en lien avec les besoins et attentes des retraités et personnes âgées.

Le public retraité peut ainsi être renseigné ou bénéficier de services ayant trait :
- au logement et à l’amélioration de l’habitat : le CCAS dispose d’un département logement qui coordonne le locatif sur le territoire,
- aux repas : restauration à domicile et dans trois foyers restaurant,
- à la vie sociale : des ateliers manuels, des activités thématiques, des repas et sorties, la semaine bleue,
- à la vie citoyenne : des assemblées des sages permettent aux élus, aux techniciens de la ville et aux aînés de se rencontrer régulièrement.

Ces rencontres leur permettent d’être pleinement associés à la vie de la cité :
- au transport : service de minibus gratuit qui permet aux retraités de participer aux animations proposées par le CCAS chaque jour, d’aller au marché une fois par semaine, de se rendre au cimetière sur la tombe d’un proche, d’aller rendre visite à une personne hospitalisée,
- à l’aide à domicile grâce au partenariat mis en place avec les services de soins à domicile et d’aide ménagère.

Si le CCAS s’efforce ainsi d’apporter le maximum de services en les adaptant au public, force est de constater que ces derniers sont utilisés par des personnes âgées capables de gérer leur quotidien, à la fois sur le plan matériel et social ou encore fortement entourées par leur famille ou leurs amis les incitant ou les aidant dans leurs démarches. Pourtant, l’équipe du CCAS rencontre toujours des personnes âgées pour lesquelles il est difficile d’accéder à l’information. Il a fallu envisager d’aller au devant de ces personnes pour leur apporter le soutien nécessaire à leur situation individuelle. Cette démarche était d’autant plus justifiée que la commune, située au Nord de Lille, est étendue sur une superficie de 316 hectares et s’est naturellement découpée, au fil du temps, en 6 quartiers. Chaque quartier a sa spécificité, son mode de vie et une physionomie différente. On constate, en effet, que les personnes retraitées sont très attachées à leurs quartiers et s’y identifient pleinement. Certaines y sont nées et y ont vécu toute leur vie souvent dans la même maison, la même rue. Nombreuses sont celles qui, ayant une mobilité restreinte en raison de leur âge, s’en tiennent uniquement aux services qui leur sont proposés dans leur quartier, services qui sont néanmoins incomplets.

Lors de la réactivation du plan canicule mis en place sur notre commune, nous avons envoyé un questionnaire aux personnes de plus de 65 ans avec deux objectifs :
- connaître l’impact de ce plan, qui consiste entre autres au déploiement sur les différents quartiers d’un réseau de bénévoles assurant des contacts réguliers. Il est à noter que ce dispositif est pérennisé à l’année sous forme d’un Plan Prévention Isolement qui touche environ 180 personnes.
- recenser les besoins, les attentes des retraités et pointer du doigt les manques en matière de services notamment.
Il est apparu, à la lecture des premiers résultats, que les difficultés les plus souvent évoquées étaient la mobilité liée au défaut de couverture du territoire par les transports en commun, l’isolement lié à l’éloignement des proches et la gêne de recourir au voisinage.

Le CCAS interpelle chaque année, par le biais d’un courrier personnalisé, l’ensemble des personnes âgées de 65 ans et plus pour lui présenter ses actions et connaître leurs besoins en matière d’accompagnement.

Description / Fonctionnement de l'action

Les besoins repérés ont amené le CCAS à donner une dimension toute particulière à la mise en place d’un projet visant à permettre aux retraités et aux personnes âgées de se maintenir dans leur quartier en utilisant les potentiels offerts.

Le CCAS a ainsi mis en place un réseau de bénévoles, réseau intervenant toute l’année avec pour objectif de lutter ou de prévenir l’isolement des personnes retraitées et âgées, ceci en leur apportant une attention particulière sous forme de visites de courtoisie et d’appels téléphoniques réguliers. Les bénévoles ont, par leur présence sur le terrain, fait remonter au Département Seniors des préoccupations, des besoins non couverts incitant le CCAS à adapter son offre de services.

Tout en veillant à préserver la complémentarité avec l’ensemble des services d’aide et de soins à domicile, le CCAS a repensé les objectifs du Département Seniors et a permis la création de nouveaux services :

- conduites accompagnées rendues possible par l’acquisition d’un véhicule adapté au transport des personnes à mobilité réduite permettant d’assurer des conduites individualisées (conduites chez le médecin, visite à un proche, participation à des manifestations ou animations proposées par la ville et les associations),

- soutien à domicile à la personne âgée isolée : aide aux promenades pour réassurer la personne dans ses sorties à l’extérieur et lui permettre de retisser un lien avec le voisinage – aide à la lecture – temps de discussion – présence sur le temps du repas pour le rendre plus convivial et restaurer le plaisir de manger,

- aide au répit : présence au domicile permettant au conjoint ou à l’aidant de prendre un temps pour lui, de s’absenter en toute tranquillité, sans se culpabiliser.

Pour mener à bien ces missions, le CCAS a recherché des moyens humains supplémentaires.

C’est dans son Département Insertion que des solutions ont pu être proposées. En effet, dans le cadre de sa mission axée prioritairement sur la mise en place d’outils favorisant l’insertion sociale et professionnelle des publics en difficulté au regard de l’emploi, ce département a initié un chantier école intitulé « dames de compagnie ».

Les agents, recrutés au nombre de 12 pour une durée d’un an, répartis par quartiers, sont ainsi venus renforcer l’équipe de bénévoles permettant ainsi d’avoir un véritable travail de proximité quant au public retraité.

Le relais de l’information est sollicité également auprès des médecins, infirmiers et services d’aide à domicile.

En 2008, ce sont quelques 300 personnes qui se sont inscrites pour profiter soit de l’accompagnement par l’équipe des bénévoles soit d’utiliser les services offerts décrits ci-dessus. Depuis la création de ces dispositifs, le nombre de prises en charge augmente régulièrement, les demandes émanent des retraités eux même mais aussi de leur famille ou encore du voisinage informé du dispositif et s’inquiétant d’une modification des habitudes d’un voisin. 

Une réunion hebdomadaire, avec les bénévoles et les agents en chantier d’insertion, permet au Département Seniors de faire le point sur la situation des personnes suivies et leur évolution, d’organiser le planning des interventions futures, de porter à leur connaissance le programme des manifestations à venir afin qu’elles en assurent la communication auprès des usagers. Les réunions ont également pour objectif de répondre aux interrogations de ces deux catégories d’intervenants, d’accompagner leur démarche ou de les conforter dans leur projet soit personnel soit professionnel. Des formations sont proposées à ces deux publics, le public en chantier école bénéficiant par ailleurs d’un accompagnement renforcé permettant d’affirmer leur orientation professionnelle.

Bilan

Le CCAS a pu :
- mettre en place un véritable maillage de la population retraitée en l’invitant à se faire connaître auprès du Département Seniors,
- développer ses interventions au coeur des quartiers afin d’être au plus proche de la population concernée,
- rendre des services supplémentaires aux personnes âgées en dehors des circuits traditionnels d’aide à domicile,
- faciliter la mobilité du public âgé,
- réinventer le lien social en maintenant la personne retraitée au cœur de l’activité de son quartier en gommant l’isolement,
- redonner du sens et de l’intérêt au maintien à domicile tant pour les retraités que pour les aidants familiaux,

mais également :

- permettre à un public en difficulté d’insertion de jouer un rôle de référent basé sur le soutien d’un public démuni, en retrait par rapport à la vie de la cité,
- donner à des salariés bénéficiaires de minima sociaux animés par le désir de lever les freins préalables à toute insertion le moyen de se former et d’accéder à un emploi durable dans le domaine de l’aide à la personne par l’acquisition d’une expérience professionnelle,
Par ailleurs le dispositif d’insertion mis en place via le chantier école, basé sur la définition du projet professionnel et l’accompagnement des bénéficiaires dans le processus de formation, a prouvé son efficacité. Sur les 12 derniers agents en contrat d’accompagnement, 4 ont trouvé un emploi dans le secteur des personnes âgées, 3 se sont engagées dans une formation diplômante (école d’infirmière, aide soignante, préparation du brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport - BPJEPS), 3 ont vu leur contrat renouvelé afin de leur permettre de confirmer leur expérience professionnelle.

Enfin :
- de donner tout son sens à l’action des bénévoles en leur offrant les moyens d’exercer leur solidarité.

Le CCAS, de part la pérennisation de l’action, s’est engagé dans une démarche de prévention. En effet, le repérage du dispositif par l’ensemble de la population nous permet d’intervenir en amont de la dégradation de certaines situations.

Moyens

Moyens humains :
La directrice du CCAS : 0,20 ETP, la responsable du département seniors : 0,30 ETP, la responsable du département d’insertion : 020 ETP, un animation 0,50 ETP, 12 agents en contrat d’accompagnement responsables des foyers restaurants soit 6 ETP, 6 bénévoles : 0,60 ETP.

Moyens financiers 
Dépenses en 2007 : 155 700 euros
Frais de personnel, chantiers école : 144 800 euros, formation des agents en chantier école : 3 600 euros, communication : 1 500 euros, frais postaux et télécommunication : 3 360 euros, assurance : 890 euros, entretien du véhicule et consommable1 500 euros, encadrement et logistique : mis à disposition.
Recettes en 2007 : 155 700 euros
CNASEA (frais de personnel) : 115 800 euros, CCAS (frais de personnel) : 39 800 euros.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Mairie, services d’aide à domicile (IEF, ADAR, SSIAD), l’Etat, le conseil général, la CAF, la DDTEFP, l’ANPE.

Ils financent l'action

L’Etat (CNASEA), la CAF et le conseil général (compléments de financements dans le cadre de contrats d’accompagnement ou contrats d’avenir), la CRAM Nord Picardie.

Les observations du CCAS/CIAS

Cette action est un véritable « plus » qui n’a pas vocation à se substituer aux solidarités existantes, familiales et de voisinage, ou à se superposer à des outils déjà existants. Elle s’exerce néanmoins en partenariat avec les autres services d’aide à la personne.

Son originalité consiste à vouloir véritablement ancrer l’action dans le domaine de l’humain en mettant l’accent prioritairement sur l’écoute, l’approche et en développant le lien entre des personnes qui vivent ensemble sur un même territoire.

Cette action repose avant tout sur une solidarité qui s’exerce de façon interactive entre le public retraité - qui a sollicité l’attention du C.C.A.S. – les bénévoles et le public recruté en contrat d’accompagnement.

C’est pourquoi l’appellation « Rem’aides solidaires » se justifie :

  • remèdes pour les aînés de notre commune qui peuvent ainsi rester plus longtemps acteurs de leur quotidien avec l’apport d’un soutien personnalisé,
  • remèdes pour un public en parcours d’insertion, en perte de confiance qui se sent valorisé en rendant service à des personnes fragilisées,
  • remèdes enfin pour les bénévoles qui renforcent leur rôle de citoyen et valorisent les notions d’entraide et d’échange.

Mettre en relation ces différents publics et les faire s’enrichir des potentiels de chacun, créer du lien social, donner du temps et de l’attention s’inscrivent bien dans les valeurs que les CCAS doivent porter.

Photo : Wikimedia Commons / Philippe Brizard

Retour en haut de page