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Quels risques psychosociaux chez les salariées de l’aide à domicile ?

Quels risques psychosociaux chez les salariées de l'aide à domicile (...)

Les aides à domicile sont essentiellement des femmes, souvent précaires. Particulièrement exposées aux accidents du travail et maladies professionnelles, elles ont des horaires de travail très morcelés et atypiques. Autant de risques psychosociaux soulignés dans une récente étude de la DARES.

La définition et la mesure des risques psychosociaux au travail

Pour appréhender les risques psychosociaux, le premier encadré de l’étude souligne que ce qui constitue un risque psychosocial pour la santé n’est pas sa manifestation, mais son origine : « risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental  ».

Se situant à l’interface de l’individu et de sa situation de travail, ces facteurs de risques sont multiples et analysés selon six dimensions :

  • Les exigences du travail regroupant les risques en lien avec le travail sous pression, les contraintes de rythme, la difficulté à concilier la vie professionnelle et la vie familiale, l’exigence de compétences élevées ;
  • Les exigences émotionnelles, liées par exemple à la nécessité de devoir cacher ou maîtriser ses émotions face à un public en difficulté ;
  • L’autonomie et les marges de manœuvre désignant la possibilité d’être acteur dans son travail, de participer aux décisions, d’utiliser ses compétences et de s’épanouir dans son travail ;
    Les rapports sociaux, les relations de travail couvrant les relations avec les collègues, la hiérarchie. La reconnaissance du travail est également questionnée (reconnaissance symbolique, rémunération, promotion…) ;
  • Les conflits de valeurs désignant une situation où l’on demande à une personne d’agir en contradiction avec ses valeurs professionnelles ou personnelles ;
  • L’insécurité économique incluant le risque de perdre son emploi et les changements non maîtrisés de la tâche ou des conditions de travail.

Les principaux enseignement de l’étude

Ces métiers de l’aide à domicile englobant les « aides à domicile, aides ménagères, travailleuses familiales » sont très féminisés et souvent précaires.
Les salariées de l’aide à domicile sont plus âgées que la médiane des salariées (49 ans contre 43 ans). Leur ancienneté sur le poste est moins longue que celles des autres salariées (37 % ont moins de 3 ans d’ancienneté contre 23 %).
Alors que les actions de prévention (consignes de sécurité, formations, mises à disposition d’équipements, etc.) restent limitées, les salariées de ces métiers s’avèrent particulièrement exposées aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. Or, les facteurs psychosociaux viennent augmenter le risque d’accident du travail et/ou de maladie professionnelle et ont un impact sur la santé mentale.

  • Un temps de travail très morcelé

Les emplois du temps sont très fragmentés et les temps de repos réduits, alliant morcellement de l’activité professionnelle, horaires atypiques et temps partiel.
Les salariées de l’aide à domicile sont davantage amenées à travailler, même occasionnellement, le samedi, le dimanche ou les jours fériés que les autres salariées.

  • Une difficile conciliation avec la vie personnelle

Le morcellement de l’activité conduit à des journées longues, même si le temps de travail est partiel, augmentant le risque d’épuisement professionnel.

  • Peu de tensions avec les usagers mais une forte charge émotionnelle

Les tensions et conflits avec les usagers sont moins fréquents pour les aides à domicile que pour les autres salariées. Néanmoins, la charge émotionnelle est plus importante. Elles déclarent davantage « cacher leurs émotions » ou être en « contact avec une personne en situation de détresse ».

  • Des marges de manœuvre contrastées

Les salariées de l’aide à domicile ont moins souvent la possibilité que les autres de changer les délais fixés ou d’interrompre momentanément leur travail quand elles le souhaitent. En revanche, elles déclarent disposer d’une certaine latitude pour organiser leur travail lors d’une intervention.

  • Un degré d’isolement important

Ces salariées s’avèrent exposées à un important isolement professionnel. Elles indiquent davantage ne pas pouvoir discuter avec leurs collègues pour effectuer correctement leur travail. Elles sont deux fois plus nombreuses à ne pas pouvoir discuter non plus avec la hiérarchie. Leur isolement tend à accroître les exigences émotionnelles.

  • Reconnaissance professionnelle : des sentiments contrastés

En dépit d’un sentiment d’isolement et une absence de soutien de la part des collègues, elles se sentent soutenues par leur hiérarchie et reconnues dans leur travail. En revanche, elles estiment davantage que leur rémunération n’est pas à la hauteur de leur contribution.
La satisfaction dans le cadre des métiers « d’aide » est très liée à la qualité de la relation pouvant s’instaurer avec la personne aidée.

  • Des situations de conflits de valeurs

Les conflits de valeur, à savoir les conflits psychiques liés au décalage, voire la contradiction, entre ce qui est exigé au travail et les valeurs professionnelles, sociales ou personnelles, sont importants chez les salariées de l’aide à domicile.

Elles manquent plus que les autres salariées de moyens pour effectuer correctement leur travail : les informations, la formation, ou le temps alloué pour chaque bénéficiaire ne leur semblent pas suffisants. Leurs situations professionnelles semblent donc traversées par le dilemme de la « qualité empêchée », selon l’expression d’Yves Clot dans son ouvrage Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux.

  • Une insécurité de la situation de travail

Ces salariées sont un peu plus nombreuses à penser que leur sécurité d’emploi est menacée. Elles sont particulièrement concernées par des situations dangereuses, physiquement et psychologiquement exigeantes.

Pour en savoir plus

Facteurs psychosociaux au travail et santé perçue dans l’enquête nationale Sumer, in Santé Publique, vol. 27, n°2 :

Les conditions de travail des aides à domicile : pénibilité ressentie et risque d’épuisement professionnel, Les conditions de travail des aides à domicile en 2008, Dossier Solidarité et Santé, n°30, Drees, juillet 2012  :

Santé au travail et prévention des risques professionnels dans les associations d’aide à domicile, La revue de l’Ires, n°78, mars 2013 :

Télécharger l’étude

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