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Projet atHOME : améliorer les compétences des aides à domicile pour personnes âgées en Europe

Projet atHOME : améliorer les compétences des aides à domicile pour personnes (...)

L’Unccas a assisté le 22 octobre à la Conférence finale du projet atHOME au Comité économique et social européen (CESE), maison emblématique de la société civile européenne, à Bruxelles. Porté par un collectif de partenaires français, espagnols, portugais et belges, il s’inscrit dans le cadre du dispositif Erasmus + et vise à donner des outils de formation permettant d’augmenter la qualification des aides à domicile et de les valoriser. La coordination en est assurée par Sophie Alex-Bacquer, chargée de mission communication et international, à l’Institut Régional de Formation Sanitaire et Sociale (IRFSS) Nouvelle-Aquitaine de la Croix-Rouge Française.

Des outils pédagogiques

80 % des personnes travaillant dans le secteur de l’aide à domicile n’ont pas de formation. Il est nécessaire de les professionnaliser et de valider leurs compétences. Il faut apprendre aux personnes à travailler ensemble auprès des seniors à domicile et en EHPAD. Au domicile, se croisent, en permanence, plusieurs intervenants (les travailleurs sociaux, les aides à domicile, les professions paramédicales…).

Lors des propos d’introduction, Adam Rogalewski, Membre du Comité économique et social européen, a souligné le rôle important des aides à domicile face au challenge de la perte d’autonomie et le souhait des personnes âgées de rester à leur domicile le plus longtemps possible. Il est revenu sur la nécessité de professionnaliser et d’améliorer l’accès à la qualification en investissant dans la formation des aides à domicile. Actuellement, les personnes âgées et les familles trouvent difficilement des aides à domicile qualifiées.

Les deux objectifs du projet atHOME sont de :

  • permettre aux aides à domicile de chacun des pays impliqués et au-delà quand le projet sera abouti de valider un référentiel européen de compétences tant techniques que transversales,
  • développer l’interaction et la coopération entre les différents acteurs sanitaires et médico-sociaux intervenant au profit des personnes âgées à domicile.

Pour ce faire, le projet atHOME a déjà abouti à la réalisation :

  • d’un film de présentation du métier d’aide à domicile afin de le valoriser et le rendre attractif,
  • d’un module de formation en ligne (Mooc) et des tutoriels permettant d’acquérir les 12 compétences de base définies dans le guide de l’AEFA en les adaptant aux situations rencontrées sur le terrain par les aides à domicile,
  • d’une application pour téléphone mobile pour renforcer les échanges entre intervenants du domicile.

Ces réponses interconnectées sont accessibles à tous les pays européens et les tests et les premiers retours sur ces nouveaux outils sont encourageants. Les aides à domicile ont l’impression que des réponses ont été créées pour elles, un constat favorisé par l’implication des aides à domicile elles-mêmes dans la réalisation des outils. C’est là que réside la richesse innovante de ce projet atHOME. Il faut changer le regard porté sur les aides à domicile mais aussi sur les personnes âgées.

Un modèle économique à réinventer

Jean-François Lebrun, conseiller à la Commission européenne, en charge du suivi du dossier des services à la personne et aux ménages, a fait un état des lieux et des attentes des professionnels du secteur de l’aide à domicile en Europe pour en arriver à la conclusion que les enjeux au sein de l’Union européenne sont semblables aux enjeux français, notamment s’agissant de la coordination, de la transversalité des compétences et de la formation. Les problématiques probantes sont similaires : le coût, la qualité du travail et l’attractivité.

Les activités d’aide à la personne recouvrent les activités de soins (care) et celles d’aides comme le ménage ou la cuisine ( non-care ), mais pour autant, il n’y a pas de véritable frontière entre les deux.

Pour répondre aux familles et aux personnes âgées, les trois éléments clés à étudier s’avèrent être le prix, la quantité et la qualité. En général, l’appel aux services d’aides à domicile se fait par manque de compétence ou de temps, à cause d’une dépendance ou pour gagner en confort de vie. Au sein de l’Union européenne, 62 % des activités sont liées à des activités d’aide à la personne et 38 % d’aide-ménagère. L’ensemble des pays de l’Union disposent de services de soins à domicile alors que la réciproque en matière de services purement ménagers n’est pas valable.

En matière d’emploi, 8 millions de personnes travaillent officiellement sur le secteur de l’aide à domicile. Au sein de l’Union européenne, la répartition s’effectue entre deux modèles. Dans les pays du Nord, les activités dépendent d’organisations étatiques alors que les pays du Sud ont plutôt recours à des activités salariales, même si certains modèles dits « mixtes » font appel aux deux systèmes, comme en France ou au Luxembourg.

Tout comme en France, le travail non déclaré apparaît bien présent en Europe. 50 % des activités d’aide à la personne ne seraient pas déclarées au sein de l’Union européenne. Une zone grise est en plein développement avec les plateformes électroniques dites d’économie collaborative, les travailleurs détachés, le travail occasionnel et de multiples systèmes dérogatoires comme l’Espagne et l’Allemagne avec les mini-jobs dénués de toutes les protections sociales.

Comme pour la France, les enjeux et l’urgence, au sein des vingt-huit pays, résident dans la prise en compte de la transition démographique. Sur l’ensemble de l’Union européenne, 8 millions de personnes travaillent légalement et 8 millions ne sont pas déclarés. En 2050, on en comptera 8 de plus, soit, au total, 24 millions. Si on y ajoute les 13 millions de personnes proches aidantes, il suffit de faire un calcul simple pour constater le problème : bien que l’aide à domicile soit le secteur qui emploie le plus dans l’Union, cette situation ne semble pas prise en compte par les pouvoirs publics des différents états.

Il convient de s’interroger sur le besoin de maintien à domicile face à l’augmentation de la dépendance, d’un point de vue économique également. Les personnes âgées sont souvent perçues comme un coût. Pourtant, les externalités positives et les effets de retour sont à prendre en compte pour l’Etat. La tarification est à relativiser. En France, le coût brut par temps de travail serait de 15 euros, alors qu’in fine, après récupération, notamment par les charges, cela coûterait 7 euros à l’Etat. Pour les activités de non-care, qui coûteraient 10 euros, il ne resterait plus aucun euro à la charge de l’Etat. En Belgique, le coût brut serait de 16 euros et in fine, cela ne coûte qu’un peu plus d’un euro.

Le conseiller à la Commission européenne est également revenu sur la question de la qualité, inhérente au secteur. Il a souligné que si l’on n’augmente pas les prix en fonction de la qualité, le travail non déclaré augmente et que si l’on augmente la qualité sans augmenter les prix, on retrouve un problème d’attractivité. Plus de qualité apporte plus de sécurité. Comme pour la France, le statut et les opportunités de formation sont nécessaires pour la reconnaissance des métiers.

Valoriser le secteur passe, pour lui, par des certifications, des notations, le travail des partenaires sociaux et la large communication. Similairement à certaines revendications des fédérations françaises, Jean-François Lebrun préconise d’ouvrir d’autres pistes alternatives au financement, comme l’assurance dépendance, une nouvelle contribution sociale, le recours à des assurances privées. Disposer de fonds pour la formation, pour le relationnel, la validation des acquis en entreprises (VAE), la certification, le mode de management, la robotique et les nouvelles technologies composent également les agréments nécessaires au bon fonctionnement du secteur pour l’Union européenne étant donné que la qualité de l’emploi et la qualité du service découlent l’une de l’autre.

Coup de projecteur sur quelques initiatives

Une table ronde est revenue sur les initiatives prises par différentes organisations et les bonnes pratiques concourant à valoriser l’aide à domicile pour les séniors.

Aurélien Doffigny, directeur général d’une Centrale de Services à Domicile (CSD) à Bruxelles, a souligné que les métiers sont extrêmement réglementés en Belgique. Ce cadre légal strict vient limiter le champ des possibles au niveau des initiatives. Pour lui, l’organisation de réunions hebdomadaires encadrées est nécessaire à l’instauration d’un espace de partage et d’échanges de leurs pratiques multi-services et multi-départements tout en rappelant que l’échange de ressentis n’est pas toujours facile pour les aides à domicile. Le contenu des formations en Belgique n’est pas toujours adéquat face à l’évolution des métiers aujourd’hui. L’accès à des formations pose également des difficultés. Il existe pléthore de formations à Bruxelles sans nécessairement de cohérence entre elles. Des initiatives tentent de les réorganiser et d’apporter une plus grande cohérence.

Johan Girard, délégué national Personnes Âgées et Domicile de la Croix-Rouge française, a présenté neuf points d’action de la Croix-Rouge : l’action de la Croix-Rouge comme auxiliaire des pouvoirs publics pour faire évoluer les politiques publiques, le décloisonnement des activités, la participation à la mission El Khomri, l’amélioration de la ligne managériale, la fusion de leurs offres avec l’expérimentation EHPAD hors les murs, une classe expérimentale d’apprentissage, la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC) au maillage territorial ainsi que le partenariat avec la CNSA pour la modernisation des SAAD. Il a également rappelé que l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS) pour 2018 permet de valoriser les innovations. Selon lui, il faut être agile et s’adapter aux réalités territoriales.

Estelle Huchet, chargée de campagne et de projets, AGE Platform Europe, a également interrogé les participants de la table ronde sur les obstacles auxquels ils font face pour valoriser ces métiers et les soutiens nécessaires pour ce faire. Aurélien Doffigny de la CSD a souligné qu’ils entretiennent de bonnes relations avec l’administration et que le financement n’est pas si mauvais. Néanmoins, ils manquent cruellement de moyens pour mettre en place les initiatives. Parfois, la rigidité structurelle et organisationnelle fait qu’il n’est pas aisé d’amener du changement. L’environnement du secteur de l’aide à domicile peut, parfois, également constituer un obstacle majeur. Beaucoup de petits acteurs apparaissent. D’excellentes initiatives peuvent venir du secteur privé non marchand avec lesquels ils souhaitent faire naître des coopérations. Il faut abattre les cloisons et travailler ensemble.

Diana Cancela, Psychologue à l’Obra Diocesana de Promoção Social ODPS Porto a introduit son propos par le premier problème, la question financière. Les subventions ne sont pas toujours suffisantes face aux besoins. Similairement à la France, le temps alloué à domicile n’est pas toujours suffisant. Tout comme la France, ils rencontrent également le problème des maladies professionnels et de l’épuisement professionnel. A Porto aussi, l’environnement social de la personne âgée et la fin de vie à domicile peuvent être des difficultés supplémentaires. Cela nécessite d’y être formé, préparé et de travailler sur la question.
Emanuel Cunha, Coordinateur à l’Obra Diocesana de Promoção Social ODPS Porto a ajouté qu’ils n’ont pas toujours de psychologues et de coordinateurs dans les équipes. Similairement à la situation française, il est nécessaire d’avoir des moyens financiers plus équilibrés.

Johan Girard de la Croix Rouge a convenu que ce sujet financier était majeur. Dans la façon d’accompagner les seniors, il faut changer de paradigme. Le financement devrait se faire au parcours plutôt que par des services juxtaposés entraînant des pertes financières. Il y a de grandes inégalités territoriales dans l’accompagnement du vieillissement. La France rencontre des financements de SAAD hétérogènes suivant les Conseils départementaux. Une vraie réflexion organisationnelle est à mener. Nous ne sommes pas tous égaux face au vieillissement étant donné nos différents parcours de vie. Le changement de regard porté sur le sujet du vieillissement doit se traduire en actes. Une des finalités de l’aide à domicile est l’accompagnement de la potentielle fragilité, qui ne doit pas générer elle-même une potentielle fragilité des professionnels. Il convient de traiter l’ensemble en n’oubliant pas de renforcer les situations financières des personnes âgées en situation de vulnérabilité et de précarité. Il ne faut également pas perdre de vue que la finalité de l’accompagnement des parcours de vie est le maintien de l’autonomie ou la lutte contre l’aggravation de la perte d’autonomie en cas de perte d’autonomie.

Aurélien Doffigny de la CSD a ajouté en conclusion qu’il convient de ne pas oublier l’importance de l’aidant proche. Il est curieux de voir le statut et la reconnaissance que va prendre l’aidant proche dans les années à venir. Une articulation est nécessaire entre les professionnels et les aidants proches.

Une présentation et une démonstration de l’outil de formation (MOOC et tutoriels) ainsi que de l’application mobile ont suivi cette matinée riche d’échanges. L’application sera disponible et libre de droits fin octobre 2019. Les cours en ligne seront ouverts à tous. Le lien du site définitif sera communiqué prochainement.

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