Edmond Hervé : ancrer l’action sociale dans la décentralisation
Lorsque Edmond Hervé prend la présidence de l’Unccas en 1988, les lois de décentralisation ont profondément redistribué les responsabilités entre l’État et les collectivités. Le rôle des communes dans les politiques sociales reste encore à consolider.
Maire de Rennes et ancien ministre, il porte une conviction structurante : aucune politique de solidarité ne peut réussir sans les collectivités territoriales.
Son mandat vise à faire reconnaître pleinement la place des CCAS dans ce nouvel équilibre. Il défend une action sociale de proximité, fondée sur la coopération, l’intercommunalité et une approche globale des besoins : logement, santé, vieillissement, insertion.
Dans un contexte encore instable, il contribue à installer durablement les CCAS comme des acteurs légitimes du développement social local.
Patrick Kanner : faire entrer l’Unccas dans le débat national
Lorsque Patrick Kanner prend la suite en 1996, l’enjeu change de nature. L’Unccas n’est plus seulement un réseau à structurer : il doit désormais peser dans le débat public.
Son parcours est singulier. Avant d’être élu, il est lui-même professionnel de l’action sociale, directeur de bureau d’aide sociale puis cadre territorial. Cette double culture, technique et politique, marque sa présidence.
Pendant près de vingt ans, il transforme l’Union. Son objectif est clair : faire jouer l’Unccas « dans la cour des grands ».
Sous son impulsion, l’Unccas développe son plaidoyer, renforce sa présence auprès des pouvoirs publics, produit analyses et propositions, et s’inscrit dans les grands débats sociaux. Elle s’oppose notamment à toute remise en cause de l’existence des CCAS et affirme leur rôle de rempart face à la montée de la pauvreté.
Cette période marque un tournant : l’Unccas devient un acteur reconnu du paysage institutionnel et politique.
Joëlle Martinaux : maintenir le cap dans un contexte de recomposition
En 2014, Joëlle Martinaux succède à Patrick Kanner. Le contexte a changé : la précarité s’aggrave, les réformes territoriales interrogent l’organisation des compétences sociales, et les collectivités sont de plus en plus sollicitées.
Médecin urgentiste et élue locale, elle apporte une lecture particulière de l’action sociale, en insistant sur le lien étroit entre social et santé.
Son mandat s’inscrit dans une logique de continuité, mais avec une attention renforcée aux réalités de terrain. Elle défend une Unccas utile aux collectivités, capable d’apporter appui, ingénierie et accompagnement, notamment aux plus petites communes.
Face aux recompositions institutionnelles, elle affirme une ligne claire : les CCAS/CIAS doivent rester les acteurs de proximité, capables d’intervenir là où les situations se dégradent et deviennent complexes.
Elle veille également à maintenir le caractère transpartisan de l’Union, en assumant la diversité des sensibilités politiques qui la composent.
Luc Carvounas : assumer la dimension politique de l’action sociale
Depuis 2020, Luc Carvounas inscrit l’Unccas dans une nouvelle phase, marquée par la montée des crises sociales et la pression accrue sur les communes.
Maire d’Alfortville, ancien député et sénateur, il revendique un positionnement clair : l’Unccas est d’abord une association d’élus. Derrière cette affirmation, une idée simple : les CCAS ne sont pas des structures annexes, mais le prolongement direct des politiques sociales locales.
Dans un contexte où les besoins explosent et où de nouveaux publics franchissent les portes des CCAS, il porte une lecture plus directe de la situation sociale. Vieillissement, précarité, logement, santé mentale : pour lui, les fragilités s’installent durablement et appellent des réponses politiques, pas seulement techniques.
Son mandat marque ainsi une inflexion : l’Unccas assume davantage sa place dans le débat public, en portant la voix des territoires et en cherchant à peser sur les choix nationaux.
Au fond, Luc Carvounas prolonge une ligne ancienne tout en la durcissant : rappeler que l’action sociale ne se joue pas seulement dans les dispositifs, mais dans des choix politiques, portés au plus près des habitants.
Une montée en puissance… et des défis à venir
De la décentralisation à l’affirmation politique du réseau, ces quatre présidences témoignent d’une évolution continue. Elles traduisent un même mouvement : celui d’une action sociale de plus en plus territorialisée, de mieux en mieux structurée et progressivement reconnue comme un enjeu politique à part entière.
Mais cette trajectoire ouvre désormais une nouvelle étape.
Face à l’intensification des fragilités sociales, à la pression démographique liée au vieillissement, aux tensions sur le logement ou encore aux enjeux d’accès aux droits, la question n’est plus seulement celle de l’organisation de l’action sociale locale. Elle est celle de sa place dans les politiques publiques nationales.
Dans ce contexte, les CCAS apparaissent de plus en plus comme des acteurs pivot : à la fois observateurs des réalités sociales, coordinateurs des réponses locales et opérateurs de terrain.
La suite de l’histoire dépendra en grande partie de leur capacité – et de celle de l’Unccas – à faire reconnaître ce rôle, à obtenir les moyens correspondants et à peser dans les choix politiques à venir.
Une chose reste certaine : plus que jamais, les solidarités locales continueront de se construire là où vivent les habitants.