Une trajectoire financière contrainte
Avec une progression de l'Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) limitée à +1,6 % en 2026 – bien en deçà de la hausse naturelle des dépenses liée au vieillissement (+4 %) –, le texte impose pour la deuxième année consécutive une rigueur budgétaire qui fragilise l’ensemble du secteur social et médico-social.
Cette contrainte freine les investissements nécessaires à la construction de la société du bien vieillir et à la modernisation des politiques de santé et de solidarité.
Aucun renforcement n’est prévu pour les politiques locales d’accès aux droits, de lutte contre la précarité ou de prévention de la perte d’autonomie. Les principales mesures reposent sur des économies ciblées : gel des prestations sociales et des retraites, doublement des franchises médicales, réforme du dispositif des affections de longue durée (ALD) et taxation exceptionnelle des complémentaires santé.
Ces choix risquent d’aggraver la perte de pouvoir d’achat des ménages modestes et d’accentuer les situations de précarité ou de renoncement aux soins.
Des avancées salutaires, mais peu ambitieuses
Le texte comporte néanmoins quelques avancées, qui prolongent des engagements antérieurs :
- poursuite de la revalorisation salariale du secteur médico-social (Ségur de la santé, convention tripartite État–CNSA–départements),
- confirmation de la création de 50.000 places d’habitat inclusif et d’hébergement adapté d'ici à 2030 (+100 M€ en 2026) dans le cadre de la stratégie Bien-vieillir,
- poursuite de la réforme du financement des établissements et services médico-sociaux (ESMS) et du recrutement de 4.500 professionnels supplémentaires en Ehpad.
Ces mesures, bien que nécessaires, n’apportent pas de réponse nouvelle aux difficultés structurelles rencontrées sur le terrain, ni aux tensions de recrutement persistantes.
Des effets en chaîne pour les acteurs locaux
Les effets de cette austérité se répercutent sur toute la chaîne de l’offre de soins et d’accompagnement.
Les dotations supplémentaires annoncées – 100 M€ pour la CNRACL, 30 M€ pour la réforme des SSIAD – ne couvrent pas les besoins réels. L’absence de fonds d’urgence pour les SAAD et les EHPAD, pourtant maintenus en 2025, prive les structures d’un appui essentiel face à la hausse des coûts et à la moindre compensation des départements.
Ce déséquilibre risque d’aboutir à un report de charges sur les communes, intercommunalités et associations, déjà fortement mobilisées pour garantir la continuité du service public local de solidarité.
Une absence de vision pluriannuelle
Le PLFSS 2026 prolonge une logique de gestion à court terme : aucune trajectoire pluriannuelle n’est fixée, et la loi Grand âge, annoncée dans le cadre de la loi Bien-vieillir (avril 2024), demeure en suspens.
Cette absence de cap compromet la planification des politiques de solidarité, alors même que les enjeux du virage domiciliaire, de la santé mentale ou du soutien aux aidants exigeraient une stratégie d’ensemble.
L’Unccas, aux côtés des organisations du secteur, appelle à une stratégie nationale de long terme, articulant prévention, autonomie, santé et accompagnement social, fondée sur des financements stables et équitables entre tous les acteurs.
Pour une action sociale reconnue comme un investissement d’avenir
Les choix budgétaires du PLFSS 2026 confirment la fragilité d’un modèle qui considère encore trop souvent la dépense sociale comme un coût, et non comme un investissement dans la cohésion sociale et territoriale.
À l’heure où la pauvreté progresse et où le vieillissement s’accélère, il est essentiel de donner aux communes et à leurs CCAS/CIAS les moyens d’agir : accueillir, orienter, protéger, innover.
Le texte, actuellement examiné à la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, arrivera en séance à partir du 4 novembre. Le Premier ministre a indiqué qu’il n’utiliserait pas l’article 49-3, ouvrant la voie à un débat parlementaire qui pourrait enrichir la version initiale du texte.