J'ai compris, mais plus tard...

D’abord expérimentée sur un quartier avant d’être étendue, l’action consiste en une distribution hebdomadaire de paniers de 3,5 kg de fruits et de légumes par l’intermédiaire des sept centres sociaux du CCAS, dont le rôle et la visibilité se trouvent ainsi accrus. Le prix du panier est déterminé selon le quotient familial du foyer bénéficiaire. L’approvisionnement privilégie l’agriculture locale et des actions de sensibilisation sont organisées (ateliers cuisine, échanges de recettes, rencontres et visites chez les producteurs…).

Contexte

En France, un adulte sur deux et un enfant sur cinq est en surcharge pondérale. Un adulte sur six est obèse. Les femmes et les personnes défavorisées de milieu urbain sont les plus touchées. Les Français ne consomment pas suffisamment de fruits et légumes : 70 g / jour au lieu de 400 g recommandés par le Programme national nutrition santé. Les causes sont multifactorielles : économiques, écologiques, culturelles, environnementales… Par ailleurs l’OMS a prouvé la corrélation entre l’obésité dû essentiellement à une mauvaise alimentation et la précarité. Ainsi l’obésité et la carie dentaire sont considérées comme des facteurs de pauvreté. Des maladies évitables sont imputables à l’obésité et au surpoids.En parallèle, le CCAS a entamé un plan global pour que les 11 centres sociaux municipaux soient mieux identifiés par toutes les familles comme des lieux centraux d’animation, d’activités et d’échanges et non plus assimilés aux prestations sociales qui y sont dispensées. Il s’agissait donc d’imaginer de nouvelles activités attractives qui permettent une plus grande mixité sociale de la fréquentation et évitent la stigmatisation des familles précaires.

En terme écologique enfin, les fruits et légumes à bas prix qui sont plus souvent consommés par les personnes précaires sont d’origine extra-européennes et acheminés sur de longues distances par des transports à haute empreinte carbone.

Partant de ces constats, le CCAS et le service promotion de la santé de la Ville de Grenoble et l’association Soli’gren ont engagé une réflexion qui a permis de bâtir un projet à partir de la définition des objectifs suivants :
- combattre les inégalités alimentaires,
- renforcer le lien et la mixité sociale,
- favoriser le développement de l’agriculture locale.

En terme opérationnel, il s’agit donc de :
 - faciliter la consommation régulière de fruits et légumes par des personnes à faibles revenus avec des produits de saison et de qualité,
 - promouvoir l’agriculture locale,
 - mettre en œuvre une solidarité entre les habitants d’un quartier sans stigmatisation,
 - associer les habitants au projet en les rendant consom’acteurs (confection des paniers, apprentissage mutuel…) et en favorisant la mixité sociale.

Description / Fonctionnement de l'action

Le projet consiste en une distribution hebdomadaire de paniers de 3,5 kg de fruits et de légumes issus de l’agriculture locale, par l’intermédiaire des centres sociaux. Le prix du panier est déterminé selon le quotient familial du foyer bénéficiaire permettant à la fois l’accessibilité des paniers pour les familles précaires et l’équilibre économique du projet par la participation solidaire des familles plus aisées.Le dispositif est accompagné d’actions de sensibilisations : alimentation santé, atelier cuisine, échanges de recettes, rencontres et visites chez les producteurs…

L’usage du quotient familial permet de toucher un public différent et favorise une mixité sociale génératrice de liens sociaux.

Fonctionnement : 
Chaque foyer adhérent s’engage pour 3 mois avec un paiement à l’avance tout en gardant une forme de souplesse (règlement en plusieurs fois). Le prix du panier est calculé suivant le quotient familial au moment de l’adhésion. La livraison hebdomadaire des fruits et légumes est participative : les paniers sont confectionnés par les habitants eux-mêmes. Des recettes en fonction des légumes du jour sont mis à disposition des habitants par la conseillère en économie sociale et familiale du centre social et des ateliers cuisine sont organisés une fois par mois avec les légumes du jour. En ce qui concerne les produits, la liste et leur provenance sont affichées pour garantir leur traçabilité et des visites de fermes sont organisées.

Pour les centres sociaux, cette action constitue un support d’animation collective qui favorise la création de liens sociaux et le principe d’une solidarité interindividuelle.

La diffusion de paniers de légumes et de fruits - en les rendant accessibles aux personnes à faibles revenus - a démarré en septembre 2009 au centre social Capuche après une campagne de communication dans le quartier. Ces paniers solidaires ont été mis en œuvre dès le départ avec un principe de péréquation entre revenus selon des critères déterminés par des niveaux de quotients familiaux. Il était important de suivre une montée en charge graduée afin de vérifier l’économie générale du projet et de vérifier les volumes pour ne pas mettre en difficulté les agriculteurs impliqués dans le projet.

Après la phase test sur un quartier, et face à l’engouement suscité, un cahier des charges a été établi avant l’extension à d’autres quartiers. Il a permis de retenir deux opérateurs pour les produits : l’association Altervie et le fonds de promotion des marchés.

L’expérimentation s’est ensuite étendue dès janvier 2010 à deux quartiers supplémentaires (la maison des habitants Mistral et le centre social Bajatière) puis à trois autres centre sociaux (Baladins, Prémol et Teisseire).

Tarif :
La tarification a fait l’objet de réflexions tout au long du projet. Elle a été modifiée et affinée une première fois, amenant à une compensation du CCAS en complément de la participation solidaire (du fait de l’accroissement du volume du reste à financer sur les paniers aidés). En effet, si un des objectifs initiaux était bien l’équilibre économique du projet par une tarification solidaire, il a fallu faire un choix face à la hausse de la demande et le plafonnement de 40 paniers par centre social. L’objectif consistant à « faciliter la consommation régulière de fruits et légumes par des personnes à faibles revenus » a donc été priorisé.

Pour l’extension à 7 centres sociaux, une deuxième réflexion sur la tarification a été menée afin qu’elle soit plus adaptée au public ciblé. Ainsi une élévation des seuils de quotients familiaux a été initiée, de même qu’une plus grande segmentation des tarifs afin d’atténuer les effets de seuils pour les bénéficiaires.
En 2011, le prix des paniers « aidés » varie de 4 à 7,50 euros, suivant le quotien familial du bénéficiaire et le prix des paniers solidaires est fixé à 9 euros.

Bilan

Dès la première année, le dispositif a permis la distribution de plus de 1 000 paniers. Le volume de paniers distribués a presque triplé en 2010. Les paniers « aidés » représentent en moyenne les deux-tiers des ventes. Par ailleurs, les indicateurs de suivi sont éloquents : la montée en charge constante de la demande de paniers, le taux de renouvellement des inscriptions (75 %), la poursuite de l’expérience par les agriculteurs et l’enquête de satisfaction réalisée, montrent que l’activité est attractive. Si l’on affine l’analyse en reprenant les objectifs initiaux, on arrive au bilan suivant :

« Combattre les inégalités alimentaires »
Les bénéficiaires des paniers aidés ont clairement vu leur consommation de fruits et légumes frais augmenter. Les conseillers en économie sociale et familiale ont en outre noté une meilleure lecture du lien santé-alimentation. Cependant, pour aller plus loin en matière de nutrition-santé, les centres sociaux travaillent actuellement à diversifier le panier vers des produits d’épicerie sèche.
Une des difficultés du dispositif réside dans la nécessité de payer le trimestre en avance, ce qui s’avère problématique pour des familles n’ayant pas de chéquier. Des facilités de paiement et une certaine souplesse de gestion est donc nécessaire pour que les personnes avec peu de liquidité puisse avoir accès à l’activité.

« Renforcer le lien et la mixité sociale »
La rencontre entre habitants qui avait été favorisée a vraiment fonctionné : une réelle qualité dans les échanges a été constatée, tant dans les relations habitants/habitants issus de milieux différents qu’entre professionnels et habitants. Le pari d’une implication des habitants à tour de rôle dans la confection des paniers et la pesée des fruits et légumes est un vrai succès : certaines personnes se sont même inscrites plusieurs fois. Les conseillers en économie sociale et familiale appellent néanmoins à une vigilance sur le volume des paniers : il n’est pas souhaitable d’en proposer plus de 40 par centre social pour que cela reste un support permettant des animations collectives.

« Favoriser le développement de l’agriculture locale »
Le projet a permis une meilleure prise de conscience par les bénéficiaires de la saisonnalité des fruits et légumes et de la production locale, même si cela réduisait la diversité des produits.12 agriculteurs locaux participent à l’action : il ne s’agit pas de produits bio mais d’agriculture raisonnée privilégiant les circuits courts. L’intermédiation des trois acteurs de distribution est indispensable, mais ces structures associatives (sans but lucratif) ont néanmoins des frais de structures qui impactent le coût des paniers (jusqu’à 30 % pour Soli’gren). Il y a donc un équilibre à trouver entre le prix du panier et la marge du producteur pour que la tarification soit viable.

Moyens

Moyens humains :
- 1 chef de projet (directeur de centre social) pour un temps estimé à 50 h par an de coordination générale (lien avec les producteurs, communication, développement à d’autres centres sociaux, suivi des indicateurs),
- 1 conseiller en économie sociale et familiale par centre social pour l’organisation de la distribution (3 h/semaine), la coordination et la mutualisation entre centres sociaux (10 h/an) ; et l’animation autour des paniers (cours de cuisine, visite de ferme, etc – 40 h par an) ; soit environ 10 % d’un poste de CESF.
- des directeurs des centres sociaux pour le suivi et la coordination de l’activité (6 h par an),
- les usagers du service pour la préparation des paniers (2 heures par trimestre),
- des bénévoles en appui de la préparation des paniers et des animations. Budget : 35 300 euros.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Service promotion de la santé de la Ville de Grenoble.
Acteurs de la distribution :
- association Soli’gren (promotion de l’agriculture locale – label « Terre d’Ici »),
- association Altervie (promotion de l’agriculture locale – fournisseur : EARL « Les fruits de ma passion »),
- fonds de promotion des marchés (Producteur local : EARL Scaringella).

Ils financent l'action

Conseil régional Rhône-Alpes (dans le cadre d’un appel à projets).

Les observations du CCAS/CIAS

Cette action est véritablement transversale : elle interpelle les thématiques santé-nutrition, solidarité et lien social, développement durable et redistribution. Elle permet de ré-investir les centres sociaux autour d’un service et d’animations collectives pour qu’ils soient davantage perçus comme des maisons de proximité.Les paniers solidaires ont permis une véritable démarche de développement durable dans deux directions :

La promotion du bien manger et la proximité permettant aussi de tisser le lien social du quartier

Le fait de privilégier les circuits courts, de manger des légumes de saison produits localement de façon raisonnée, de pouvoir visiter les fermes alentours et rencontrer les producteurs doit être plus largement partagé, notamment par les familles plus précaires. Ce message vertueux de développement durable permet d’éviter la stigmatisation d’habitudes alimentaires liées à un faible pouvoir d’achat.

Par ailleurs, le lien social tissé autour des produits et de la cuisine permet une convivialité et une rencontre entre habitants d’un même quartier qui n’ont pas d’autre occasion de se fréquenter (milieu social, âge, personnes seules et familles).

Au-delà d’une plus grande consommation de fruits et légumes, le message de qualité et de provenance des produits fait son chemin. En effet, si c’est le prix du panier qui prime au départ dans la décision d’entrée dans l’action et si les légumes d’hiver sont peu diversifiés, une enquête menée en juin 2010 révèle que 80 % des personnes interrogées ne souhaitent pas que l’on introduise des produits non locaux dans les paniers. Une prise de conscience émerge, mais elle n’est soutenable que si une véritable politique de tarification redistributive rend les paniers accessibles aux plus précaires.

L’émergence d’une véritable politique redistributive par une tarification soutenable

L’action a été initialement pensée pour que la tarification des paniers aboutisse à une péréquation entre paniers aidés et paniers solidaires et que l’apport de la collectivité se limite à l’allocation de ressources humaines existantes. Il fallait que le projet soit économiquement, écologiquement et socialement responsable. Il l’a été complètement dans sa première phase, mais le choix d’un tarif unique aidé, même s’il était viable, ne permettait pas l’accès à une frange de population à plus faible pouvoir d’achat, réduisant ainsi l’atteinte de l’objectif de mixité sociale.

Ce constat a permis une réflexion qui a abouti à une segmentation de la tarification sociale pour éviter les effets de seuil et toucher davantage les foyers plus précaires. L’intervention financière du CCAS s’est donc avérée indispensable pour solvabiliser l’ensemble de l’activité afin qu’elle conserve sa spécificité sociale. Par la priorisation de la tarification sociale sur l’auto-financement, le CCAS réaffirme qu’il s’agit bien d’un outil de politique publique. Cette réflexion de politique redistributive par la tarification se poursuit au CCAS qui souhaite notamment l’appliquer aux actions d’accès à la culture.

Photo : Wikimedia Commons / Jörg Sancho Pernas

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