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Objectif municipales : focus sur les seniors

Objectif municipales : focus sur les seniors

L’Unccas était présente cette semaine tout au long du Salon des Maires et des Collectivités locales. En cette période particulière précédant les élections municipales, il s’agissait de sensibiliser les futurs candidats au rôle précieux des CCAS et CIAS pour la cohésion sociale des territoires, tout en continuant d’informer élus, professionnels et partenaires sur les services de l’Unccas : expertise politique, appui technique, formations…

Le défi du grand âge s’annonçant crucial au cours du prochain mandat, la table ronde Objectif municipales : focus sur les seniors réunissait Joëlle Martinaux, présidente de l’Unccas, Luc Broussy, président de Silver Eco, Pierre-Olivier Lefebvre, délégué général du Réseau Francophone des Villes Amies des Aînés (RFVAA), et Jean-Paul Carteret, vice-président de l’AMRF et maire de Lavoncourt (Haute-Saône), avec une modération des échanges assurée par Benoît Calmels.

Treize fois plus de centenaires en 2070. Près de 4 millions de personnes de plus de 85 ans en 2040. Ce n’est pas de la science-fiction mais une projection démographique de l’INSEE. Soixante ans après les premières politiques publiques gérontologiques et nantis des conclusions de la dernière concertation Grand âge et autonomie, comment les élus locaux contribueront-ils à renouveler l’offre d’accompagnement des seniors dans toute la diversité de leurs attentes, de leurs lieux de vie, de leurs parcours de soins, de leur environnement social ?

Des acteurs aux expertises complémentaires

Luc Broussy intervenait pour présenter France Silver Eco, association ayant vocation à fédérer les souhaits de tous les acteurs désireux de proposer ensemble des solutions et produits permettant de répondre aux besoins des seniors, ainsi que le think tank Matières Grises, créé au printemps 2018 pour donner un cadre de réflexion commun aux acteurs de la filière d’accueil et de prise en charge de la personne âgée.

En quelques mots, Pierre-Olivier Lefebvre a exposé comment le Réseau Francophone des Villes Amies des Aînés (RFVAA), association affiliée au réseau mondial des villes et communautés amies des aînés de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), promeut la démarche Villes Amies des Aînés (VADA).

Alors que le CIAS du Val Fleuri, dans la Haute-Saône venait d’être récompensé par La Gazette pour sa Maison de Services Au Public (MSAP), Jean-Paul Carteret, maire de Lavoncourt, où elle est implantée, souhaitait montrer comment l’implantation d’un foyer-logement avait été une opportunité pour développer de multiples services intercommunaux. Mais il souhaitait aussi souligner que les limites financières peuvent freiner un élu dans l’offre d’accompagnement des seniors proposée à ses administrés.

Joëlle Martinaux est, pour sa part, plus particulièrement revenue sur le rôle de l’élu et sur la nécessité d’une volonté politique pour avancer. Pour elle, les limites sont les personnes volontaires pour agir.

Tous ont souligné qu’outre la question financière, les rigueurs administratives étaient souvent une contrainte pour décliner des services destinés aux personnes âgées. Pierre-Olivier Lefebvre a souligné le risque de ne traiter que la partie vieillissement avancé en âge sans raccorder la loi Grand Âge à un parcours de vie. Pour lui, il faut dissocier le foncier de la gestion de l’ESMS, autrement dit, du prix de journée.

Ce à quoi Luc Broussy est venu ajouter qu’il est nécessaire de revenir sur la distinction entre le taux de personnes âgées et leur nombre. Le rôle du maire, s’il veut se saisir de ce sujet, consiste à organiser la mobilité, le logement, le lien social. C’est une véritable politique transversale qu’il faut concevoir, dont l’habitat regroupé n’est qu’une forme.

Appréhender le vieillissement en amont, à travers les questions de mobilité et de logement

Jean-Paul Carteret a rappelé que l’existence d’un plan gérontologique pouvait constituer un frein. Alors que ses collègues s’interrogent sur leur stratégie pour éviter la diminution de leur population, il a pris soin de souligner toutes les précautions à garder à l’esprit lors de la création d’un établissement pour seniors. Au Val Fleuri, le CPOM a été l’occasion de prévoir des ateliers d’activité cérébrale et physique ont été mis en place, d’anticiper un cadre pour la participation de personnes extérieures à l’établissement.

« La gestion des seniors n’est pas qu’une affaire de professionnels », a rebondi Pierre-Olivier Lefebvre, montrant que le bien-vivre de nos aînés supposait l’implication de multiples services, dont notamment celui de la voirie, pour une bonne adaptation des trottoirs.

Inventer de nouvelles façons d’habiter son territoire

La ville idéale doit être modélisée à l’échelle d’un quartier, d’une métropole en fonction des compétences des différents professionnels. L’accès à l’information n’est donc pas négociable, de même qu’une mobilité fluide et qu’un lien social préservé. A ce titre, Joëlle Martinaux n’a pu que rappeler que le rôle de premier recours des CCAS/CIAS, pour les personnes âgées comme pour tous les publics fragilisés. Soumis à un devoir de vigilance, ils s’en acquittent à travers leurs analyses des besoins sociaux (ABS), cartographiant les besoins des territoires, dont ceux des personnes âgées.

Anticiper les besoins des personnes est l’une des missions de Matières Grises, dont les productions sont en libre accès sur internet. Luc Broussy est rapidement revenu sur les productions de Matières Grises, qui sont téléchargeables en ligne. « Les baby-boomers ont écouté les Rolling Stones et Johnny Halliday » a-t-il rappelé, « pas Edith Piaf ». Il est d’abord nécessaire de penser à qui vont être dédiés les services. Il n’y a pas d’instrument de mesure des goûts et des besoins des personnes âgées en 2030, a-t-il convenu. Mais, à l’évidence, ils vont changer.

On peut anticiper que les séniors de demain seront beaucoup moins attachés à la propriété de leur maison qu’à leurs besoins d’usage au sein de cette maison. On peut se fixer comme objectifs la diminution du recours aux urgences, fausse solution de facilité pour la prise en charge des personnes âgées. On doit agir pour que le numérique entre dans leur vie quotidienne.

Convaincue que les Maisons de vie sont un bon modèle pour les séniors, Joëlle Martinaux a rappelé que l’intergénérationnel s’apparente à l’ancien modèle familial, dont il peut être l’occasion de retrouver les liens, quand bien même, comme l’a souligné Pierre-Olivier Lefebvre, « il faut être vigilant à ne pas superposer les générations. Il faut construire un projet avec l’idée que l’on a quelque à donner, à recevoir et à faire ensemble ». Un tel équilibre demande une démarche fine, faisant appel à des compétences d’ingénierie sociale.

Que dire aux candidats ?

En guise de conclusion de ces riches échanges, Benoît Calmels a interrogé les candidats sur ce qu’ils diraient à un candidat aux Municipales s’ils le croisaient dans un ascenseur :

  • Luc Broussy l’avertirait que prévoir des mesures destinées aux personnes âgées dans son programme n’est pas gage d’être élu. Il n’y a pas de « vote seniors uniforme ». Songer à cette problématique doit être un calcul stratégique pour le bien public. C’est pourquoi il lui déconseillerait de prévoir un chapitre uniquement dédié aux personnes âgées.
  • Pour Pierre-Olivier Lefebvre, les candidats ont intérêt à questionner tous les sujets pouvant apparaître au bénéfice des seniors. C’est pourquoi, au sein de l’équipe de campagne, il apparaît nécessaire de prévoir une personne de confiance pour concevoir les politiques de l’âge.
  • Jean-Paul Carteret conseillerait aux candidats d’intégrer dans leurs équipes les personnes âgées dynamiques qu’ils croisent, de leur proposer d’assister au Conseil Municipal, de fairepartie d’une équipe d’aînés partageant son experise.
  • « Un candidat ne faisant pas de social aura moins de chance d’être élu », a conclu Joëlle Martinaux. « Il faut prendre en compte la vie du citoyen dans la Cité ».
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