J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

Manger un plat équilibré à moins de 2 euros

Manger un plat équilibré à moins de 2 euros

Contexte

Durant l’année 2005, la conseillère en économie sociale et familiale constate une montée en charge des difficultés budgétaires entraînant une hausse des demandes de protection sociale et de déclarations de surendettement touchant les allocataires RMI, hommes et femmes suivis dans le cadre du dispositif RMI.

C’est ainsi que celle-ci a mise en place une étude des budgets des allocataires RMI suivi par le CCAS. Celle-ci a été réalisée en fin d’année 2005 et pendant l’année 2006, auprès d’un échantillon d’une vingtaine d’hommes et femmes volontaires. Lors de cette enquête, la question de l’alimentation a pu être abordée. Des entretiens sur ce thème, ont permis une réflexion sur le budget alloué à l’alimentation par les usagers. Les personnes interrogées disposent d’un budget alimentaire pouvant aller 2,90 à 3,77 euros par jour et par personne. Une minorité déclare se nourrir avec moins de 2,50 euros par jour. Pour les hommes, l’enquête révèle, qu’ils mangent quand ils ont faim. Aussi, ils n’effectuent pas trois repas, mais grignotent pendant la journée. Ils privilégient les prix et les denrées les plus caloriques.

Afin de mieux comprendre les priorités engagées par les allocataires du RMI, une « action nutrition » au domicile de deux usagers a été proposée. Le but de cette « action nutrition » au domicile était de permettre de fédérer dans un proche avenir un groupe d’hommes. Cette intervention individuelle permet de valoriser le bénéficiaire et facilite l’échange entre l’usager et le professionnel. En effet, au travers du support « l’alimentation - nutrition » l’usager porte un regard différent vis-à-vis du professionnel qui l’accompagne.

Afin de favoriser l’adoption de comportements nutritionnels favorables à la santé, les pouvoirs publics mènent depuis 2001, de nombreuses campagnes d’information, qui ont pour objectif de développer la connaissance des recommandations nutritionnelles du PNNS (programme national nutrition santé). L’INPES travaille depuis plusieurs années sur des modalités d’action en éducation pour la santé sur l’alimentation des personnes en situation de précarité socio-économique. Sur le territoire Jocondien, aucun groupe de cette nature, existait.
Aussi, une action allant dans ce sens a été décidée. Elle consiste à proposer à un groupe d’hommes de confectionner des plats variés à moins de 2 euros par personne.

Description / Fonctionnement de l'action

L’objectif premier de cette action est d’inciter les participants à manger mieux malgré un petit budget en leur proposant des recettes simples et très peu chères permettant de varier l’alimentation et de l’équilibrer. Face aux comportements alimentaires de certains hommes bénéficiaires du RMI, révélés par l’enquête, l’action met l’accent sur la nécessité de consommer des légumes et des fruits régulièrement. Elle vise aussi à comprendre l’impact des messages publicitaires, d’apprendre à lire une étiquette, de savoir qu’un plat fait soit même revient moins cher qu’un plat tout préparé. Parallèlement, l’action « nutrition » est aussi un support pour évoquer le budget. Par exemple, l’anticipation et la planification des dépenses alimentaires sont également travaillées lors des différents ateliers. Depuis juin 2008, 11 ateliers nutrition se sont déroulés. Une période expérimentale s’est organisée sur 5 ateliers de septembre à décembre 2008. Depuis janvier 2009, l’action a lieu toutes les 4 semaines. L’atelier "courses" se déroule les jeudi de 9h30 à 11h ou de 14h30 à 17h30 et l’atelier nutrition se passe les vendredi de 9h30 à 15h30.
Déroulement de l’action :
Dans un premier temps, les deux animatrices proposent aux hommes volontaires de faire les courses, dans les différents magasins de l’agglomération tourangelle. Le but est d’apprendre à faire ses courses : comparer les prix au kilo, lire des étiquettes, découvrir des produits de qualité, comparer des denrées et fruits et légumes de saison…

Une fois en cuisine, les animatrices affichent les recettes et invitent les participants à en prendre connaissance en tenant compte des prix. Une recette est ensuite sélectionnée puis confectionnée en fonction des courses réalisées. Le groupe doit ensuite en calculer le prix de revient durant la cuisson.

Les repas sont dégustés en groupe. Le menu devant être réalisé durant la prochaine séance est ensuite décidé. Enfin, le groupe range et nettoie le matériel et la cuisine.

Bilan

L’accompagnement social individualisé et l’action collective (atelier nutrition et action éducative budgétaire) se complètent et permettent de lever certains freins.

La gratuité de l’activité et le partage d’un repas semblent avoir fédéré le groupe d’hommes. Les participants sont très mobilisés et investis dans cette action. Ils sont force de propositions et prévoient de témoigner de leurs expériences à une radio locale. 

La mise à disposition du matériel municipal, à savoir : une cuisine fonctionnelle et spacieuse, un véhicule de service pour faire les courses participent à la bonne marche de l’action.

L’organisation de l’action a été retouchée au fur et à mesure : en Janvier 2009, l’atelier nutrition et l’atelier course ont été proposés en deux temps pour permettre une meilleure approche pédagogique. Mais, il s’est avéré que la mobilisation des hommes n’était pas identique pour les deux ateliers.

Moyens

Moyens humains :
2 animatrices, conseillères en économie sociale et familiale du CCASMatériel et locaux : 
Mise à disposition de la cuisine du secteur jeunesse, local municipal, pour l’atelier nutrition. Située dans le quartier Rabière (ZUS), elle est accessible à tous les bénéficiaires.
Mise à disposition d’un véhicule de service.

Budget : un budget de 50 euros est alloué pour chaque séance de l’atelier « courses »

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Conseil général et plusieurs services de la ville, mairie : service logement, secteur jeunesse, service mission ville

Ils financent l'action

L’Etat, le Conseil général d’Indre-et-Loire, la mairie de Joué-lès-Tours, le CUCS

Les observations du CCAS/CIAS

En terme d’acquis sociaux, on constate un renforcement des liens sociaux et une amélioration des contacts entre les professionnels et usagers, l’assimilation des règles de groupe. Le groupe a une véritable existence au-delà des actions collectives : les hommes communiquent entre eux, échangent des idées de recette et sont sensibles aux dépenses effectuées en course. Certains ont créé leurs propres outils ou méthodes, par exemple, certains récupèrent les tickets de caisse d’une fois sur l’autre pour comparer les prix. Certains ont modifié leurs comportements alimentaires : cuisine et cuisson moins grasses, nécessité de certains nutriments, consommation de fruits et de légumes...

En terme de santé, il a été repéré que l’approche d’une cuisine simplifiée, la confection de nouvelles recettes, la mise en place d’une méthodologie pour achat des courses, le renforcement de l’estime de soi, la prise de conscience de la valeur nutritive de certains produits alimentaires... sont autant de critères permettant une dynamique d’insertion.

Le groupe a dernièrement organisé un buffet et prévoit de participer à d’autres ateliers collectifs sur le territoire auprès de différentes structures. Ces activités de groupe permettent, en terme de finalité, d’apprendre, d’observer, de comprendre et d’analyser les difficultés, de valoriser les réussites et les savoirs, de rechercher des solutions en commun. Entraide, solidarité, convivialité, valorisation de savoir-faire, créativité, organisation et rythmes de vie permettent à chacun de trouver une place dans un groupe ainsi qu’une motivation et une confiance pour poursuivre en dehors du groupe.

Photo : Wikimedia Commons / Zetammorpg03

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