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Les Outre-Mer face au vieillissement

Les Outre-Mer face au vieillissement

La Délégation aux Outre-Mer de l’Assemblée Nationale a publié le 6 février un rapport consacré au grand âge et la dépendance, alors qu’un vieillissement rapide et d’ampleur de la population touche les Antilles et la Réunion, dans un contexte de précarité économique et sanitaire importantes. Ce travail met en exergue les défis auxquels font et devront faire face les collectivités et énonce des propositions pour y répondre.

Eliane Guiougou, administratrice de l’Unccas et présidente de l’Udccas de Guadeloupe, et Marie Garon, présidente de l’Udccas de Martinique, font partie des experts qui avaient été consultées par les députées Stéphanie Atger et Ericka Bareigts, rapporteures de cette mission

Un phénomène massif et rapide

Une évolution de la démographie naturelle

En Guadeloupe, en Martinique et à la Réunion, la part des personnes de 65 ans et plus a été multipliée par 1,5 entre 1999 et 2014. Ce phénomène récent s’explique par une révolution démographique qui s’est produite en quelques décennies seulement se traduisant par

  • une importante transformation des structures sociodémographiques,
  • une transition démographique rapide,
  • une transformation radicale de la pyramide des âges antillaise.

Les projections sur 2050 confirment une accélération du phénomène : en 2050, la Martinique sera le plus vieux département de France alors qu’il n’occupait encore que la 74ème place en 2013. Les personnes de plus de 65 ans et plus représenteront alors 42,3% de ce département contre 16,9 % en 2013. En Guadeloupe, cette part sera de 37,7% contre 15,2% en 2013.

Exil et précarité

Le phénomène est amplifié par des mouvements migratoires, caractérisés par un exode massif des jeunes adultes de 18 à 34 ans, proportionnellement plus important dans les classes sociales les plus aisées. La population qui choisit de rester dans ces départements est donc proportionnellement davantage issue de milieux modestes.

Ces trois départements sont également confrontés à des taux de pauvreté et de chômage plus élevés qu’à l’échelle nationale.

Des possibilités insuffisantes d’accueil et d’accompagnement

Ces phénomènes démographiques et migratoires limitent le nombre d’aidants familiaux vers qui peuvent se tourner les personnes âgées en perte d’autonomie.

A cela s’ajoute un taux de couverture deux à trois fois inférieur à celui de la moyenne nationale pour l’offre d’Ehpad et de résidences autonomie, avec des établissement trop souvent sous-équipés.

Des personnes âgées en moins bonne santé et plus dépendantes

Les personnes âgées sont en moins bonne santé en Outre-Mer que la moyenne de la population hexagonale. Cette fragilité engendre une dépendance plus précoce. « Compte tenu d’un état de santé moins favorable, la croissance du nombre de personnes en perte d’autonomie sera plus forte en outre-mer mais également plus précoce », s’inquiètent les rapporteures.

La durée de séjour en EHPAD est donc plus longue, avec un âge moyen d’entrée en institution entre 70 et 75 ans.

En conséquence, les EHPAD ultramarins sont parmi les plus chers de France. Et en Martinique, le reste à payer est le plus élevé de France.

Les pistes du rapport

Pour répondre à la situation, le texte énumère huit axes d’action, qui ne diffèrent pas des grands défis nationaux :

  • Faire du grand âge une priorité nationale,
  • Promouvoir la connaissance du grand âge,
  • Améliorer la diffusion d’information,
  • Favoriser l’attractivité des services liés au grand âge,
  • Moderniser les services aux personnes âgées et dépendants,
  • Repenser et adapter le logement,
  • Prévenir pour retarder l’entrée dans la dépendance,
  • Reconnaitre le rôle indispensable des aidants.

Le rapport cite également un certain nombre d’initiatives locales prometteuses :

  • un système d’Ehpad « hors les murs » expérimenté en Martinique,
  • le recours de la Ville de Saint-Paul (Réunion) au sport sur ordonnance, à travers des activités adaptées,
  • le dispositif Aidant « Feti’i » mis en place en Polynésie Française, permettant aux aidants familiaux volontaires de bénéficier d’une indemnité mensuelle et d’une formation technique et professionnelle.
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