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Fiche d'expérience


La Nuit de la Solidarité, le 1er décompte citoyen des personnes sans-abri

La Nuit de la Solidarité, le 1er décompte citoyen des personnes (...)

La Nuit de la Solidarité (NDLS) est le 1er décompte citoyen des personnes sans abri en France, organisé par la Ville de Paris et son CCAS en 2018, et une deuxième fois en 2019. Une nuit donnée, des équipes composées de professionnels et de bénévoles sont envoyées dans toutes les rues de la commune pour aller à la rencontre des personnes à la rue pour les décompter et leur proposer de répondre à un court questionnaire. Cette opération permet de mieux connaître les publics que le CCAS a pour vocation d’accompagner, de leur proposer des solutions plus adaptées, et de mener un projet citoyen commun avec les partenaires et des citoyens.

Principaux objectifs

  • Établir un chiffre minimal fiable, précis et partagé par les acteurs, du nombre de personnes dormant dans la rue, les sans-abri (et pas seulement celles dormant dans les centres, les sans-domicile)
  • Mieux connaître ce public, ses profils, ses parcours et ses besoins
  • Améliorer les réponses qui sont proposées par le CCAS
  • Permettre aux habitants avec abri de faire un premier pas dans l’action sociale et de s’engager par la suite pour ses voisins sans abri

Public(s) Ciblé(s) par l'action

  • Publics principaux : les Parisiens sans abri
  • Publics secondaires : les Parisiens avec abri

Contexte

Le projet est né dans le cadre du Pacte parisien de lutte contre la grande exclusion, qui prévoyait en 2015 des nouvelles formes d’enquêtes pour mieux connaitre les publics à la rue. Pour permettre de poser un meilleur diagnostic dans le cadre de l’absence de constat partagé sur les chiffres, la Ville de Paris a choisi d’adapter la méthodologie américaine des « streetcounts », comme elle est réalisée par exemple à New York, mais aussi à Bruxelles ou Bratislava. Suite à la décision de la maire, le CCAS de Paris a été chargé de créer une méthodologie adaptée aux villes françaises, qui ferait participer les citoyens.

Description / Fonctionnement de l'action

La Nuit de la Solidarité se déroule en trois étapes :

  • préparation de la méthodologie
  • décompte un soir donné
  • dépouillement des résultats et publication des résultats.
  1. La première étape est essentielle : élaboration de la cartographie (363 zones dans le cas de Paris), choix des partenaires, production des documents (notamment des questionnaires et de l’engagement éthique), recrutement des bénévoles, formations, et logistique. Il est crucial que le cadre de l’opération soit bien délimité (il ne s’agit pas d’une maraude mais d’une enquête), et que les cas d’urgence soient anticipés (par exemple rencontre de personnes vulnérables à la rue).
  2. Le soir donné, les bénévoles se rassemblent à différents points de rendez-vous pour être formés (20h-22h), avant d’être envoyés sur le terrain, accompagnés d’un professionnel. Les équipes couvrent toutes les rues de la ville, mais également les hôpitaux, les gares, les stations de métro, et certains parkings, bailleurs sociaux et parcs et jardins (certaines zones spécifiques sont couvertes par des professionnels uniquement). Une fois leur zone couverte, ils reviennent en mairie pour transmettre les résultats (22h-minuit/1h).
  3. Une dernière phase de dépouillement et d’analyse mène à la publication des résultats, avec un effort particulier mis sur la vulgarisation du contenu à destination du grand public (rapport, résumé, infographies, vidéos), pour permettre à un maximum d’habitants d’être sensibilisés à la question.

Bilan

Le bilan de la NDLS est très positif : non seulement les chiffres obtenus sont reconnus par les partenaires, mais l’opération a été un grand succès auprès des bénévoles et le décompte a été renouvelé, avec un périmètre étendu, en 2019.

Les résultats issus de l’analyse ont permis d’adapter les structures et les aides proposées :

  • Face au nombre de femmes décomptées à la rue, des structures spécifiques réservées aux femmes ont été ouvertes, ainsi que 3 000 places d’hébergement.
  • Face aux besoins exprimés de bagagerie, deux nouvelles structures ont été ouvertes.
  • Enfin, de nombreux habitants ont exprimé leur souhait de s’investir davantage sur les questions de lutte contre l’exclusion, ce qui a poussé la Ville à créer la Fabrique de la Solidarité, un lieu ressource d’information, de formation et d’accompagnement des bénévoles engagés auprès des sans abri.

L’opération a donc vocation a être reproduite à fréquence annuelle.

Moyens

Moyens humains

  • Une équipe projet d’environ 5 personnes pour chapeauter l’opération, notamment sur les questions de méthodologie, questionnaires, calendrier, périmètre et cartographie, partenaires, recrutement, formation, logistique, traitement des résultats, et communication. L’équipe est mobilisée à quasi temps plein sur ces questions dans les semaines qui précèdent l’opération.
  • D’autres collaborateurs peuvent être associés ponctuellement pour des fonctions support, comme la réalisation des cartes, le colisage du matériel, la délivrance des formations, la saisie des questionnaires, l’encadrement, et la sécurité.
  • Et bien sûr, l’opération repose sur la mobilisation de centaines de bénévoles le soir même, qui composent les équipes (+ de 1500 à Paris en 2018 et 2019). Ils sont encadrés dans chaque équipe par un professionnel du social (400 au total).

Moyens materiels

Matériel des kits (chasubles, cartes, stylos, lampe torche), collations pour l’accueil des bénévoles, paniers repas, frais de communication (flyers, supports), reprographie (questionnaires, notices), locations de salle.

Coût total du projet

Regroupe le coût du matériel et le temps de travail des agents de la ville de Paris mobilisés comme professionnels pour assurer la réalisation de l’opération (175 agents en 2019).

Les partenaires

Partenaires opérationnels

De nombreuses directions de la Ville de Paris ont participé à l’opération aux côtés du CASVP (pour l’encadrement, les formations, la communication, la logistique). Plusieurs dizaines de partenaires associatifs ont aussi participé (Emmaüs Solidarité, SamuSocial de Paris, Croix-Rouge, etc.). Les échanges ont eu lieu dans le cadre de réunions bilatérales et d’un comité de pilotage avec les partenaires.

Ils financent l'action

Ville de Paris

Les outils de communication sur l'action

Pour le recrutement des bénévoles, la communication multi supports est essentielle (site de la ville, réseaux sociaux, presse, etc.).

Il est également crucial de partager les résultats de l’enquête au plus grand nombre (partenaires, presse, grand public), pour favoriser une meilleure compréhension des enjeux du sans-abrisme et de lutter contre les préjugés sur les publics à la rue.

Les outils pour évaluer l'action

S’agissant d’une démarche participative par nature, il nous a paru logique de recueillir les retours des participants à l’opération : nous avons organisé plusieurs ateliers de retour d’expérience auprès des bénévoles, des partenaires et des agents de la ville, qui nous ont permis d’adapter la méthodologie pour la 2ème édition.

Les observations du CCAS/CIAS

La méthodologie parisienne a déjà été reproduite par d’autres CCAS en France (Metz, Rennes, Grenoble, etc.). Le CASVP a également publié une fiche dans la banque d’expériences de l’UNCCAS en 2018 et se tient à disposition des villes qui souhaitent organiser ce genre de décomptes.

Photo : Wikimedia Commons / Jplavoie (Photo de Paris)

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