J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

La maison de la solidarité du Placieux

La maison de la solidarité du Placieux

Contexte

Il y a quelques années, les CCAS de Nancy Haussonville et de Villers-Lès-Nancy, de tendance politique différente, le Secours Catholique et le Centre social CAF Jolibois (situé dans le quartier d’Haussonville) ont pris conscience qu’ils recevaient les mêmes familles venant demander des aides alimentaires ou financières, et que ce n’était pas leur rendre service ni reconnaître leur dignité que de les servir séparément. Par ailleurs, il semblait important de passer d’une mentalité du « j’ai droit à » à une démarche participative plus axée sur leurs besoins. De plus, il semblait important de lutter contre la notion de « chacun a « ses » pauvres » et de mettre en commun les possibilités et les compétences sans renoncer à ses particularités, chacun (élus d’horizons politiques différents, associations, professionnels) ayant sa place dans une avancée commune.Parallèlement, il a été constaté que la situation de ces familles se dégradait et que la demande alimentaire augmentait. Par ailleurs, les personnes de nationalités différentes étaient souvent isolées et ne se parlaient pas. Faire une distribution de colis, donner des bons d’achats était certes nécessaire, mais n’était pas une solution durable, à laquelle il manquait par ailleurs une démarche d’accompagnement social et d’insertion.

C’est pourquoi, en mai 2005, a été ouverte la Maison de la Solidarité, portée par l’association Maison de la solidarité du Placieux, dont les membres fondateurs sont :

-  la Ville de Villers-Lès-Nancy
-  Le C.C.A.S. de Villers-Lès-Nancy
-  Le C.C.A.S. de Nancy
-  Le Secours Catholique
-   L’association des Utilisateurs du Centre social CAF Jolibois

Description / Fonctionnement de l'action

La Maison de la Solidarité s’organise autour de l’épicerie solidaire. Celle-ci permet de répondre à la demande alimentaire en proposant aux familles des produits à 10 % du prix moyen du marché et d’adopter une démarche active en choisissant ce qu’elles achètent. Pour accéder à l’épicerie, les familles signent un contrat d’engagement visant à formaliser l’accompagnement social proposé par la structure : atelier emploi, alphabétisation, atelier cuisine, activités du Centre Social CAF Jolibois, atelier budget, jardins solidaires…
Certaines de ces activités sont gérées directement par des bénévoles ou le permanent de la Maison, d’autres reposent sur des partenariats avec les associations, les collectivités…

L’admission dans le dispositif se fait selon la procédure suivante : un des quatre partenaires fondateurs propose le dossier du ménage (un couple, une famille monoparentale ou une personne isolée) au Comité d’évaluation de la Maison de la solidarité. Celui-ci, composé d’un représentant des quatre partenaires étudie les dossiers et donne son avis sur la durée du contrat pouvant être de 2 à 6 mois renouvelables jusqu’à 2 ans puis une 3ème année avec un quota réduit progressivement. Pour la validation du dossier des critères de ressources et la capacité des personnes à s’investir dans une dynamique participative pour « s’en sortir » sont pris en compte. L’engagement du ménage est ensuite suivi par la Maison de la Solidarité ou par le partenaire.

Un quota d’achats est attribué en fonction de la composition de la famille avec trois catégories de produits : fruits et légumes, alimentation, hygiène. Les familles sont accompagnées dans leurs achats par des bénévoles qui les conseillent en terme de nutrition notamment en leur indiquant de bonnes pratiques et des recettes simples à réaliser.
Un temps d’accueil convivial est proposé avant ou après les achats, ce qui permet de répondre à un deuxième objectif : créer du lien social. Dans ce même souci de soutien d’une alimentation équilibrée et de re-création du lien social, un repas convivial préparé par les familles qui le désirent et des bénévoles est proposé une fois par mois.

Plages d’ouverture : l’épicerie solidaire est ouverte les lundi, jeudi, vendredi de 14 à 17h et un jeudi sur deux de 14 à 20h pour permettre aux personnes ayant trouvé un emploi ou un stage de formation de pouvoir venir en dehors de ces temps d’activité.

Un minibus mis gracieusement à disposition par la ville de Villers les Nancy va chercher les familles à un point de rendez vous et les raccompagne au pied de leur immeuble une fois les courses faites.

Bilan

Points positifs :
La Maison de la Solidarité a été retenue comme épicerie test dans le cadre du Plan National Nutrition Santé (parmi 6 épiceries en France) et l’accent a été mis sur la consommation de fruits et légumes. Un repas convivial des familles et bénévoles a lieu une fois par mois et permet de cuisiner ensemble. Une partie du quota d’achat est exclusivement réservée aux fruits et légumes, qui, trop chers dans le commerce habituel, deviennent ainsi accessibles aux familles.

Parallèlement, la mise en place de l’atelier emploi favorise l’insertion et l’autonomie des bénéficiaires de l’aide alimentaire et leur permet notamment de reconsommer des fruits, des légumes et des laitages de façon habituelle.

171 familles ont été accueillies depuis mai 2005, actuellement 93 bénéficient de l’aide alimentaire et 32 d’entre elles sont monoparentales soit 383 personnes concernées. A ce jour, 67 personnes sont sorties vers l’emploi dont 14 en CDI et 44 en CDD.

En ce qui concerne le lien social, l’accueil hebdomadaire autour d’une boisson et de repas a permis à des personnes qui se côtoyaient ou s’ignoraient de faire connaissance et de se parler, de vivre un moment convivial où chacun participe.

Depuis 2006, un jardin solidaire avec 8 parcelles de terrain a été mis à disposition par le CCAS de Villers-Lès-Nancy qui en est propriétaire. Les personnes sont heureuses de récolter les « fruits » de leur travail et de les manger en famille, c’est un plaisir et une fierté.

D’autres communes désirent vivre la même expérience et sont venues visiter la Maison de la Solidarité : Champigneulles, Vandoeuvre, Jarville, Toul, Dieuze...

Pistes de réflexions  :

-  Le passage à la maison de la solidarité permet aux familles de rebondir sans s’installer dans ce type d’aide. Le terme de deux années qui est fixé est bien court et se pose la question de la mise en place éventuelle de groupements d’achats.

- Il y a apparemment des efforts à fournir pour optimiser l’accompagnement des personnes originaires des pays de l’Est, diplômées dans leur pays mais maîtrisant mal le français. Elles auraient besoin d’un soutien individuel pour acquérir le vocabulaire professionnel correspondant à leur qualification. Les cours actuels d’alphabétisation, s’ils permettent de se débrouiller dans la vie courante, ne sont pas suffisants pour ce type de personnes qui sont de plus en plus nombreuses en Lorraine. Des contacts ont été pris avec la maison de l’emploi mais cela nécessite un budget conséquent.

 - Les personnes qui touchaient le RMI et qui ont enfin trouvé un travail (à temps partiel ou CDD) se retrouvent avec moins d’argent à la fin du mois et plus de frais (transports, habillement…), certes les CCAS soutiennent celles qui sont dans les situations les plus difficiles grâce aux chèques d’accompagnement personnalisé mais cela ne les encourage pas à rechercher un emploi ni à sortir d’un système d’aide.

- De plus en plus de dossiers d’étudiants et de personnes âgées pauvres font appel à la Maison de la solidarité du Placieux, et ce n’est pas dans sa mission de les accueillir mais la réalité est là.

Difficultés rencontrées :
Trouver un local situé à cheval sur les deux communes, proche des habitants concernés, et peu onéreux a été difficile. La localisation de la maison de la solidarité au cœur du vieux village de Villers les Nancy n’était pas très attrayant au début mais finalement tout s’est bien passé.

Moyens

Le fonctionnement de la Maison de la Solidarité repose sur un réseau d’une quarantaine de bénévoles et sur la coordination d’une permanente embauchée dans le cadre d’un Contrat Avenir et dont l’emploi devrait être pérennisé.Le budget de la Maison de la solidarité du Placieux est principalement issu des différentes subventions perçues, soit au total : 61 000 euros

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Les fondateurs de l’association : Ville de Villiers-Lès-Nancy, CCAS de Villiers-Lès-Nancy, CCAS de Nancy, Le Secours Catholique, Le Centre social CAF Jolibois (Nancy).

Autres partenaires de l’association : Union départementale des CCAS, la banque alimentaire, l’association familiale de Villiers-Lès-Nancy, l’association socio-culturelle de Villiers-Lès-Nancy, les conseils de quartier, l’atelier de vie de quartier, ...

Ils financent l'action

Le CCAS de Nancy (subvention de 37 000 euros/an),
Le CCAS de Villier-Lès-Nancy (subvention de 22 000 euros/an),
La région lorraine et la communauté urbaine du Grand Nancy (subvention de 2 000 euros dans le cadre de la participation de la Maison de la solidarité du Placieux au plan national nutrition santé PNNS)

Les observations du CCAS/CIAS

Déjà voir des personnes retrouver confiance en elles et dignité est une récompense au-dessus de tout. Pouvoir fournir un complément d’alimentation dans un contexte où la demande est croissante et de surcroît favoriser l’emploi en est une autre. L’expérience est novatrice du fait de la mutualisation des ressources des différents partenaires en vue d’apporter une réponse adaptée aux familles.

Photo : Wikimedia Commons / Speculos

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