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Fiche d'expérience

Illettrisme et mobilité

Illettrisme et mobilité

Contexte

La communauté des gens du voyage d’Irigny, est sédentarisée depuis plusieurs années. La majorité des jeunes qui en sont issus ont abandonné l’école très tôt (CM2). Ils rencontrent un problème d’expression et d’utilisation du vocabulaire, ne maîtrisent pas le repérage dans l’espace et dans le temps et sont de ce fait en grandes difficultés pour obtenir le code de la route.
Par ailleurs, ils sont très éloignés de l’emploi pour diverses raisons : absence de qualification, refus d’utiliser les transports en commun, méconnaissance des codes sociaux,... Ces différents freins rendaient impossible leur insertion professionnelle alors que dans le même temps, ils prenaient conscience des conditions nécessaires pour trouver un emploi.

Les éducateurs du service de prévention spécialisée de l’association « les Amis de Jeudi-Dimanche » les accompagnaient depuis plusieurs années, développant une relation de confiance avec ces jeunes et leurs familles.
Dans le cadre du diagnostic engagé à l’échelle intercommunale sur la problématique de la maîtrise de la langue française, ils ont proposé une action spécifique pour ces jeunes.
Il a donc été décidé de mettre en place un projet mêlant apprentissage (code de la route et savoirs de base), mobilité et journées de travail (essentiellement dans le cadre des ateliers d’insertion bois et réparation de vélos gérés par le service de prévention spécialisée, les jeunes devant s’y rendre en utilisant les transports en commun).

Les objectifs intermédiaires de l’action étaient :
§ l’acquisition des connaissances de base permettant de concrétiser leurs projets,
§ le développement de la confiance en eux et de l’envie d’apprendre,
§ la formation par l’intermédiaire d’apprentissages très concrets et de supports valorisants.
Il s’agissait également de rapprocher ces jeunes gens de la Mission locale avec laquelle ils n’avaient quasiment pas de contact, afin de les remobiliser sur un parcours d’insertion sociale et professionnelle. L’objectif final était d’engager une formation professionnelle ou une démarche de recherche d’emploi.

Six jeunes âgés de 17 à 21 ans ont intégré le projet : quatre garçons issus de la communauté des gens du voyage et deux filles issues d’un quartier « difficile ».

Description / Fonctionnement de l'action

Cette action s’est déroulée en deux phases successives :

§ avril à novembre 2006 :
L’apprentissage des connaissances de base et du code de la route, sous l’encadrement d’une formatrice de l’association ALPES, a eu lieu d’avril à juin, à raison de deux séances de 3h par semaine. Une initiation à l’utilisation de l’informatique a complété ce programme.
Le code de la route a permis aux jeunes d’entrer dans le monde de l’écrit dans toute sa diversité (textes écrits, dessins, panneaux, codes liés aux formes et aux couleurs...), de solliciter des connaissances mathématiques, réactivant ainsi certains acquis ou en acquérant de nouveaux.
C’était aussi pour les participants l’occasion de se confronter à la notion de cadre (de code, loi, réglementation...) et plus largement à débattre de la citoyenneté et des règles à respecter pour vivre ensemble.

De juillet à août se sont déroulés des chantiers jeunes et/ou des jobs d’été.
De septembre à novembre, l’apprentissage des connaissances de base et du code de la route ont repris, complétés par deux temps forts : passage du brevet de secourisme avec l’ADPC (association de secourisme d’Irigny) et action autour de la prévention, de la sécurité routière et de la citoyenneté avec le concours de la Police nationale.

Pendant toute cette première phase, les journées de formation ont alterné avec les journées de travail. Les jeunes sont entrés dans un processus de construction d’une demande. Ils ont évoqué leur avenir professionnel et la nécessité pour eux de trouver un emploi. Ils avaient besoin d’un accompagnement formatif pour les aider à élaborer plus finement leur demande et pour s’approprier une démarche d’insertion professionnelle.

§ de janvier à juin 2007 :
La deuxième phase a été construite autour des objectifs suivants :
- construction d’un parcours professionnel individualisé,
- construction du lien entre les jeunes et la Mission locale,
- poursuite et approfondissement des apprentissages de base pour pouvoir concrétiser ces projets,
- développement du suivi individualisé afin de travailler sur les freins et les blocages permettant un approfondissement du projet.

Deux ateliers collectifs hebdomadaires de 3h chacun ont permis à ces jeunes de découvrir le monde du travail et des métiers (visites, rencontres) et la Mission locale, d’apprendre à mieux se connaître et à identifier leurs intérêts et compétences. Les jeunes ont pu réaliser des expériences en entreprise sous forme de journée découverte, mini-stage, évaluation en milieu de travail,...

Bilan

Le bilan de cette action est particulièrement positif : tous les jeunes ont été assidus et sont allés au terme de l’action. Ils ont réussi à entrer progressivement dans les apprentissages en découvrant qu’on pouvait apprendre sans reproduire les difficultés associées pour eux aux situations scolaires. Ils ont découvert l’envie de se former et d’apprendre. Sur le plan de l’apprentissage des savoirs de base, les progrès ont été sensibles.
Ils ont pris conscience qu’ils avaient des connaissances et des compétences et qu’ils pouvaient être « bons » dans certains domaines. Ils ont gagné en confiance en eux, ont développé leur autonomie, en particulier dans le domaine de la mobilité. Ils ont ainsi moins peur de prendre le bus et peuvent envisager de se déplacer seuls en bus.
Cette action leur a permis de mieux connaître le monde du travail (cadre de travail, législation, découverte de métiers,...).

Les difficultés principales sont liées à l’existence de freins culturels et psychologiques au sein de la communauté : image négative d’eux-mêmes de ces jeunes, défiance vis-à-vis du monde extérieur, importance du matriarcat, difficultés de projection dans l’avenir (l’important est de vivre l’instant présent). Grâce à la relation de confiance établie entre les jeunes et les éducateurs et formateurs, les adultes se sont rapprochés des services sociaux et sollicitent à leur tour des formations, souhaitent inscrire les enfants aux activités périscolaires de la Ville,...

Au final un jeune a obtenu le permis de conduire et deux le code de la route ; un jeune a été recruté en CDI, un autre va engager une pré-qualification d’auxiliaire de vie, un troisième une formation dans le secteur de la propreté, un quatrième souhaite effectuer un CDD dans le secteur des espaces verts et un cinquième recherche un emploi.

Moyens

Le budget global de l’action s’élève à 34 299 euros, soit 13 991 euros pour la première phase et 20 308 euros pour la seconde phase.
L’action a été conduite par :
- la formatrice de l’association ALPES : 357 heures au total,
- les éducateurs de prévention spécialisée : 300 heures au total.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

ADPC (association de secourisme d’Irigny), la Mission locale, le centre PERCIGONES (centre de prévention et de sécurité routière de la Police Nationale), l’association « la Maison de la Tour » (mise à disposition de locaux et de matériel), l’équipe du contrat de ville d’Oullins et l’association Espace Formateurs (coordination technique et administrative), l’association SOLEN (fédération d’associations d’entreprises : aide pour la recherche de terrains de stages).

Ils financent l'action

Etat (crédits FIV et CUCS) : 13 400 euros,
Ville d’Irigny : 7 225 euros,
Ville de Brignais : 2 200 euros,
Association AJD (mise à disposition des éducateurs) : 8 400 euros,
Association « la Maison de la Tour » (mise à disposition de matérie

Les observations du CCAS/CIAS

Cette action est partie d’un souhait de plus grande mobilité des jeunes issus de la communauté des gens du voyage. Conscients de leur éloignement, physique mais aussi culturel, de la ville et du monde du travail, ils ont voulu apprendre le code de la route. De ce support très concret, les formateurs ont su leur donner envie d’apprendre, de se remettre à niveau, de réfléchir à leurs envies et besoins et de les formaliser. Le fait que les adultes approchent désormais les éducateurs pour demander à bénéficier eux aussi de certaines formations ou des services périscolaires atteste de la réussite de cette action.

Photo : Wikimedia Commons / Frachet

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