J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

Hébergement et suivi social de demandeurs d’asile issus de la communauté Rom du Kosovo

Hébergement et suivi social de demandeurs d'asile issus de la communauté (...)

Contexte

Un bidonville situé en périphérie de la ville regroupait 70 personnes de la communauté Rom (dont 32 enfants, 14 jeunes majeurs, 1 femme enceinte et 1 grand-mère). Les conditions sanitaires, de sécurité et d’hygiène régnant sur le site ont conduit les autorités compétentes à le fermer rapidement et à héberger temporairement l’ensemble de ces personnes sur un site mieux adapté, avec des bungalows munis d’un chauffage et de l’électricité, des sanitaires, l’eau courante et des containers de poubelle. 

Ces personnes sont demandeurs d’asile issus de la communauté Rom originaire du Kosovo et sont donc protégées par le haut comité aux réfugiés de l’Union Européenne, ce qui leur permet de ne pas pouvoir être expulsés. Toutefois, leur statut ne leur permet ni d’avoir accès à un minimum de droits sociaux ni de pouvoir travailler. La majorité des adultes sont ainsi détenteurs d’une invitation à quitter le territoire, d’autres ont reçu une notification de refus de séjour ou un arrêté de reconduite à la frontière et sont toujours en procédure de réexamen prioritaire de leur situation. Malgré des rencontres avec les services de la Préfecture, la situation de ces familles n’a connu aucune évolution de leur statut très défavorable de « ni régularisable, ni expulsable ».

Dans ce contexte, le CCAS de Tours a assuré le suivi social de ces personnes et leur hébergement dans des bungalows, avec l’objectif de leur trouver un hébergement durable et adapté de façon à fermer dès que possible le site, lequel ne peut avoir une durée de vie que limitée au regard des infrastructures mises en place et de la population présente.

Description / Fonctionnement de l'action

L’objectif du suivi mené par le CCAS est de reloger au fur et à mesure chacune de ces personnes, en fonction de l’évolution de leur situation sociale et de leur capacité d’intégration dans un habitat collectif, dans les résidences ADOMA de l’agglomération, après avoir conclu une convention de réservation. Ce suivi autrefois réalisé par une association de la ville qui s’est peu à peu désintéressé du projet a été repris par le CCAS. Elaboré par une assistante sociale avec le concours d’une infirmière bénévole de la Croix Rouge et des Restos du Coeur, ce suivi comporte différents volets :

L’accompagnement social

Face au désengagement de l’association qui assurait initialement l’accompagnement social, le CCAS a rapidement réagi en recrutant au mois de juillet 2007 une assistante sociale ayant pour mission de reprendre l’accompagnement social de ces personnes à plein temps. Celle-ci s’est rendu régulièrement sur le site pour rencontrer les familles, aborder avec elles les différentes démarches à entreprendre (domiciliation au CCAS, demande de titre de séjour, recours à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), Aide Médicale d’Etat…), établir les besoins de la famille (alimentation, vêtements, soins médicaux…) et veiller à leur intégration sociale (scolarisation, apprentissage du français, notions d’hygiène…). La présence constante du CCAS sur les lieux a permis de bien connaître les familles suivies et d’être reconnu par celles-ci pour le travail réalisé auprès d’elles.

L’aide sociale facultative

Ces familles sont dépourvues de toutes ressources financières officielles, aussi, le CCAS attribue chaque mois des Chèques d’Accompagnement Personnalisé selon la composition de la famille bénéficiaire et ses besoins. Par ailleurs, le Département, au début réfractaire à l’octroi d’aides mensuelles change aujourd’hui sa position, permettant ainsi de soutenir ces familles de manière plus conséquente.

La distribution alimentaire

Dès l’ouverture du site de la Gloriette, un partenariat entre le CCAS et les Restos du Coeur a été lancé, afin d’assurer une distribution alimentaire hebdomadaire. Les produits distribués sont récupérés des supermarchés et assurent une alimentation variée de qualité. Le CCAS se charge de l’organisation de la distribution pour qu’elle se déroule dans les meilleures conditions.

La scolarisation

La scolarisation des enfants est primordiale pour leur intégration et faciliter les démarches administratives des familles à la préfecture. Après plusieurs tentatives échouées, l’assistante sociale a axé son travail sur la sensibilisation des parents et des enfants à l’intérêt d’aller à l’école. Le principal frein à la scolarisation étant la mobilité, une « allocation école » a été allouée aux familles afin de les inciter à envoyer le plus souvent possible leurs enfants à l’école.

Le suivi médical

Une infirmière bénévole de la Croix Rouge suit chaque semaine les habitants du site de la Gloriette. Lorsqu’un besoin médical particulier se fait sentir, elle assure l’orientation du patient vers un spécialiste et un stagiaire de la Croix Rouge se charge de l’y accompagner.

L’entretien du site

Face au manque d’entretien du site et du non respect des règles d’hygiène basique, le CCAS a sollicité le service propreté de la ville afin de programmer des journées de nettoyage auxquelles les résidents du site doivent participer. Des produits de nettoyage ont été distribués et un planning de nettoyage des bungalows et des sanitaires a été instauré afin de conserver le site.

Bilan

Le désengagement de l’association chargée à l’origine du suivi social, les barrières de la langue et de la culture, les tensions palpables entre les familles et leur manque d’esprit communautaire, les comportements violents et l’état d’ébriété de certains individus, l’état sanitaire et le manque d’hygiène sur le site, le manque de clarté de la situation administrative de ces demandeurs d’asile, l’arrivée continue de nouveaux arrivants sur le site… Toutes ces difficultés rencontrées et face auxquelles nous n’avions jamais été confrontées, étant donné la nature de l’urgence sociale (« aide humanitaire » à des demandeurs d’asile), nous ont souvent questionnés sur notre action et notre façon de faire.

Néanmoins, notre présence continue sur le site, le travail mené en coordination avec les partenaires opérationnels et l’action de l’assistante sociale auprès des familles ont permis d’être reconnus et appréciés par ces dernières, ce qui a permis de travailler et d’avancer sur la situation de chacune.

Nous avons ainsi enregistré avec la plus grande satisfaction la bonne scolarisation des enfants en 2007/2008 suite au travail effectué auprès des parents, ainsi que la fermeture du site de la Gloriette le 31 juillet 2008 après le relogement de l’ensemble de la population dans les résidences ADOMA.

Moyens

Moyens humains du CCAS :
- le directeur de l’Action sociale pour la coordination du site,
- une assistante sociale dédiée à temps plein pour l’accompagnement social des demandeurs d’asile,
- les services techniques pour des interventions sur le site.Coût estimatif de l’opération : environ 18 000 euros par mois.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Association Entr’Aide Ouvrière, Croix Rouge, Réseau Ponts aux Oies, RESF, Association Chrétiens Migrants, Police municipale, Service de propreté de la Ville

Ils financent l'action

Communauté d’Agglomération Tour(s)Plus, Ville de Tours, DDASS de l’Indre et Loire lors de chaque période hivernale.

Les observations du CCAS/CIAS

La prise en charge de demandeurs d’asile, qui plus est lorsqu’ils ont un statut spécifique ne fait a priori pas partie des attributions traditionnelles d’un CCAS.L’inexpérience de l’équipe en la matière, la méconnaissance culturelle de la communauté des Roms du Kosovo, les nombreuses difficultés rencontrées dans la gestion d’un camp de gens du voyage et l’importance du coût financier d’une telle opération auraient pu nous conduire à nous désengager et à laisser les autorités compétentes s’occuper de cette population.

Toutefois, la persévérance de cette action sur le terrain, avec les partenaires, a permis de développer de vrais liens avec cette population. Aujourd’hui, les familles vivent dans des habitats collectifs sans que l’on ait noté d’incidents ou de plaintes, tous les enfants sont scolarisés et l’ensemble de la population désire mieux s’intégrer dans l’agglomération tourangelle en étant plus autonome.

Pour preuve, une première famille a obtenu une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, suite à l’obtention par le père de famille d’un emploi en CDI, ce qui constitue la prochaine étape pour une intégration entière dans cette société.

Photo : Wikimedia Commons / Tango7174

Retour en haut de page