J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

Dispositif d’intégration sociale des gens du voyage : Graines de vanniers

Dispositif d'intégration sociale des gens du voyage : Graines de (...)

Contexte

A l’automne 2010, un diagnostic réalisé au CCAS, en lien avec l’agent de l’aire d’accueil des gens du voyage, conduit aux constats suivants :
- 9 jeunes de 12-15 ans présents sur l’aire vont au collège irrégulièrement, une jeune fille suit régulièrement les cours,
- les 13-15 ans en âge d’être au collège sont rapidement en rupture scolaire,
- 11 jeunes ont de 16-20 ans : 6 sont seuls et 5 vivent en couple,
- les jeunes (16-20 ans) gens du voyage semi sédentaires sur l’aire de stationnement sont nombreux et inoccupés.D’un autre côté :
- le nombre important de jeunes sans « activité » augmente les risques de dérive,
- les jeunes ne maîtrisent pas les savoirs de base et n’ont pas de permis de conduire,
- les jeunes ne côtoient ni la Mission locale, ni le CFA, ni l’Espace jeune... en fait aucun lieu pouvant favoriser l’intégration sociale, professionnelle ou/et les échanges interculturels,
- les parents ont une activité professionnelle qui va rencontrer des difficultés dans l’avenir (récupération de ferraille),
- les savoir-faire ancestraux (grands parents) se perdent, notamment la vannerie.

Parallèlement à ces constats, un rapprochement entre le CCAS et l’IUT Carrières sociales de Figeac envisage la mise en place de projets tutorés (juin 2010), notamment auprès des gens du voyage.

Description / Fonctionnement de l'action

Le projet "Graines de vanniers" vise à la mise en place d’un atelier hebdomadaire favorisant la transmission et l’appropriation de savoir-faire en vannerie. Il est question de proposer aux anciens et aux jeunes gens du voyage de réaliser ensemble des « vanneries-plessis ». Ces réalisations participent à l’aménagement et la décoration d’un / des espace(s) public(s). L’objectif est de communiquer sur ce travail et de permettre la reconnaissance de ce public et de leurs savoir-faire. Les jeunes et anciens s’engagent dans cette réalisation sans contrepartie financière.

Le projet se décline sur 2 axes. Le premier, porté par le CCAS, vise à :
- l’aménagement des espaces publics pour permettre l’appropriation de « l’espace communal » par les gens du voyage et la création d’un lien avec la terre, un « enracinement » qui accompagne une sédentarisation en cours, 
- favoriser la formulation orale (nécessité d’échanger), l’imagination et la créativité (de l’individu, pour une image communautaire), le rapport au temps (envisager, projeter, travailler en lien avec des services…),
- permettre l’échange et la rencontre de cette population, de découvrir sa culture, son mode de vie, et ses valeurs, à travers une « activité » partagé avec les étudiants,
- permettre la transmission inter-culturelle.

Le second concerne le projet tutoré mené en parallèle. Réalisé par quatre étudiants de l’IUT. Il porte sur la mise en place d’une aide aux devoirs pérenne (conventionnement avec le CCAS).

Le projet doit prendre en compte :
- le respect de la culture tzigane, notamment au niveau du rythme (horaires, calendrier) et des valeurs familiales (la hiérarchie à respecter), 
- le respect de l’aspect communautaire (individu/communauté) et culturel (les aspects religieux, la famille est prioritaire, les déplacements « imprévisibles » dus à la famille, etc), 
- la valeur travail : les anciens représentent des valeurs de transmission, mais aujourd’hui leurs savoir-faire se perdent, 
- le nomadisme / (non) lien à la terre, à un territoire,
- cette action ne doit pas se substituer à l’obligation scolaire, ou /et être réalisée en lien avec le collège.

Les pédagogies visées :
- développement social local, 
- expérimentation : action intégrant un projet tutoré avec l’IUT de Figeac-Carrières sociales,
- réalisation d’un voyage d’observation en amont, afin de réaliser une première mobilisation du public et fédérer le groupe, visualiser ensemble des réalisations dans des espaces publics, partager des points de vues et des moments, 
- faire ensemble et apprendre ensemble.

Bilan

Participation au voyage d’observation à Cahors, le 29 novembre 2010 : 
- 10 personnes de la communauté des gens du voyage sont venues : 2 grands parents (couple) de 62 ans, 1 parent de 39 ans, 7 jeunes de 16 à 22 ans.
- 9 participants pour le CIAS,
- 5 étudiants et stagiaires,
- 1 élue du CIAS,
- 1 bénévole (sur l’action vannerie),
- 1 responsable territorial de l’Hacienda (gestionnaire de l’aire d’accueil),
- 1 animateur social du CIAS.
Arrivés à Cahors, ils ont visités la ville, guidés par un jardinier des espaces verts de la Ville de Cahors, en passant par tous les lieux aménagés en vanneries et plessis de bois ou de métal. Cette journée a été très appréciée par tous les participants.Participation aux ateliers vannerie : 
- 19 séances d’apprentissage ou de découverte ont été réalisées, avec une moyenne de 9 participants, dont 5 issus de la communauté des gens du voyage (dont 6 jeunes de 15 à 22 ans et 9 jeunes de 7 à 13 ans). Le suivi des ateliers a été effectué par une fiche de présence signée par les participants lors des ateliers (avec copie envoyée au collège pour les jeunes en âge d’être scolarisés).

Participation à la journée « Graines de Vanniers » :
Cette journée a enregistré la participation d’une petite centaine de personnes et mobilisé une dizaine de bénévoles. La communauté, en deuil, n’a pu participer, mais 2 jeunes filles de 9 et 14 ans sont venues et ont participé à l’atelier de démonstration de vannerie.

Points positifs :
- très bonne participation, 
- engagement des anciens, 
- découverte par les jeunes d’une pratique leur procurant du plaisir.

Freins et difficultés rencontrées :
Il a fallu convaincre les partenaires qu’ils passent outre leurs représentations et leurs peurs (jusqu’à l’hostilité et la discrimination exprimées dans deux collectivités territoriales, lors de l’accueil du flyer concernant la journée de communication du 4 juin…). La recherche de l’osier a été éprouvante. L’osier a été collecté sur le territoire. Cela a demandé du temps, par tous les temps et de l’énergie, avec l’incertitude quasi permanente d’alimenter ou non un atelier.

Effets qui n’avaient pas été imaginés, ou effets induits :
La transmission de savoir-faire au sein de la communauté a très bien fonctionné.
Cela a eu un fort impact sur la qualité de la relation parentale et intergénérationnelle et une ouverture et des échanges confiants avec les personnes extérieures.
La mobilisation des jeunes, loin d’être gagnée au départ, a finalement donné satisfaction. Le décés d’un ancien, qui met, d’un coup, l’accent sur la « fragilité » de tous ces savoir-faire non transmis : « il savait faire le rebord américain, et on ne l’a pas appris ». Derrière les savoir-faire en vannerie, se cachait une véritable identité et cette résonnance imprévue a induit une qualité de relation lors des ateliers, y compris avec les personnes extérieures.

Moyens

Moyens humains :
- 1 animatrice sociale du CIAS coordonne et encadre l’action, 
- 1 bénévole assiste à chaque atelier l’animatrice,
- 1 étudiante en 2e année de DUT Carrières sociales a réalisé son stage d’application de 2 mois, sur le thème de « mise en place d’une journée de communication en direction du grand public, visant la reconnaissance des gens du voyage au travers des réalisations en vanneries-plessis », 
- des étudiants menant le projet tutoré « aide aux devoirs » ont participé, suivant leur disponibilité, à cette activité hebdomadaire.Moyens matériels : 
- mise à disposition d’un local par la Mairie de Figeac pour installer un atelier assez grand pour accueillir un groupe d’une vingtaine de personnes,
- mise à disposition d’un moyen de transport pour le voyage à Cahors par le centre social,
- acquisition de petit matériel : sécateurs, couteaux, raphia, fil de fer, marteau, clous, bâche… fourni par les services techniques de la Mairie de Figeac,
- aménagement d’un espace convivialité avec cafetière, bouilloire, café, livres, documentation… grâce au soutien financier du conseil général,
- fournitures d’osier : la technique ancestrale des gens du voyage en matière de vannerie, est basée sur la récupération dans la nature des végétaux nécessaire. Il est donc logique d’essayer de ne pas « acheter » de matériaux. L’osier (saule osier, saule marsault, saule blanc, châtaignier, noisetier…, etc) a été collecté en permanence, chez des particuliers et auprès de collectivités locales,
- don de bidons par l’association par AIL Midi Pyrénées, pour permettre de tremper l’osier, lorsque nécessaire.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

CIAS Figeac-Communauté, Ville de Figeac (services techniques, service espaces verts, service communication), l’Hacienda (gestionnaire de l’aire) mise à contribution en tant que relais de la mobilisation, au fur et à mesure du déroulement de l’action, l’IUT de Figeac, le collège Masbou, le centre social et de prévention, le conseil général de l’Aveyron.

Ils financent l'action

CIAS Figeac-Communauté, la Ville de Figeac (services techniques), le conseil général du Lot.

Les observations du CCAS/CIAS

Les rencontres ont favorisé la formulation orale pour tous. Sachant que nous avons fonctionné volontairement, sur le plan technique, en rapprochant le mot français et le terme manouche, un document a été réalisé et exposé le 4 juin, reprenant par écrit ce vocabulaire commun. Pratique également réalisée sur les termes désignant les végétaux utilisés.L’imagination et la créativité (de l’individu, pour une image communautaire) ont été sollicitées : à partir des savoir-faire « de base » qui se retrouvent dans la réalisation d’un panier, les jeunes ont ensuite pu réaliser des objets, tout à fait originaux (cages à oiseaux, panières, etc.) Ces modèles sont exposés dans les jardins publics et jouent sur l’image de la communauté toute entière.

Le rapport au temps (envisager, projeter, travailler en lien avec des services). L’atelier était le rendez vous de tous les lundis, amenant une régularité et un repère, qui a certainement été bénéfique pour une bonne participation. Mais ce qui a été le plus surprenant, c’est la ténacité de ces jeunes : ils prenaient la navette de bus de midi (sur l’aire), a midi et quart ils étaient là, et ne quittaient l’atelier, que lorsque qu’à 17h ou 17h30 ont leur rappellait qu’il fallait reprendre le bus à 18h ! 5 heures de pratique sans arrêt, « le nez » dans leur vannerie.

Par l’aménagement des espaces publics ce projet permet l’appropriation de « l’espace communal » par les gens du voyage et la création d’un lien avec la terre, un « enracinement » qui accompagne une sédentarisation en cours. L’appropriation et le lien avec l’espace public, sans nul doute. Il restera à voir, dans la durée si cela peut avoir d’autres impacts. Ce qui est sur, c’est que le panier vivant et fleuri est très souvent pris en photo par les passants et qu’il ne peut laisser indifférent ! Et que c’est la communauté qui l’a réalisé !

Quant au lien à la terre, il semble qu’il pourrait être travaillé, notamment avec le territoire qui leur est proche, celui de l’aire, peut être à travers l’osier lui-même : le végétal.

Photo : Wikimedia Commons / Lohen11

Retour en haut de page