J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

D’un séjour intergénérationnel avec les résidents d’un service unité Alzheimer à la réorganisation du service

D'un séjour intergénérationnel avec les résidents d'un service unité (...)

Afin de changer le regard sur la vieillesse et les maladies, la ville développe depuis 2015 des activités intergénérationnelles. En avril 2017, tous les résidents de l’unité de vie spécialisée Alzheimer de l’EHPAD du CCAS et une vingtaine d’enfants sont partis en séjour au bord de la mer. Les impacts positifs ont été tels que l’organisation du service a été modifiée pour mieux répondre aux besoins des personnes et améliorer leur qualité de vie. Aujourd’hui par exemple, les courses et les repas du soir sont faits ensemble.

Contexte

Depuis 2015, les échanges, partenariats se multiplient entre le CCAS et le service jeunesse de la ville de Mons en Barœul, les écoles élémentaires, l’association Générations complices… Ces temps d’échanges entre générations sont organisés de façon à ne pas se limiter à « être ensemble » mais à « faire ensemble » . Faire ensemble des semis lors d’une activité jardinage, visiter ensemble une ferme pédagogique, faire ensemble des crêpes et les manger…chaque rencontre se révèle être riche en communication et en émotions.

Afin de prolonger ces moments, organiser un séjour de vacances a semblé pouvoir être une expérience de vie et de partage intéressante. Il a été longtemps considéré comme risqué de laisser sortir de l’unité les résidents, leurs désorientations pouvant les mettre en danger ; pour cette raison, ils bénéficiaient de beaucoup moins de sorties et d’activités extérieures que les 54 autres résidents de l’EHPAD. Le projet institutionnel des Bruyères entend améliorer leur qualité de vie en portant l’idée qu’il n’y a pas de vie sans risque et que les émotions positives doivent être recherchées à chaque instant.

Description

Publics ciblés par l’action

  • 12 personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique et vivant en unité spécialisé Alzheimer
  • 24 enfants âgés de 6 à 12 ans

Principaux objectifs

  • Ouvrir les structures,
  • Développer des activités intergénérationnelles : entraides, découverte des univers, des différences de chacun,
  • Changer le regard sur la vieillesse et sur les maladies,
  • Améliorer la qualité de vie des personnes âgées en établissement en leur proposant des vacances « comme à tout le monde » et en améliorant leur vie au quotidien.

Description de l’action par le CCAS

En amont du séjour : Le choix des résidents

 
Le postulat était que tout le monde a besoin de vacances, même nos résidents, et que la plupart d’entre eux n’étaient plus partis en vacances depuis 10 à 15 ans. Mais la question était : combien de résidents emmener ? Sachant que le niveau de capacité des résidents devait être relativement homogène pour ne mettre personne en difficulté ou en échec lors des activités et surtout pour éviter d’en exclure certains lors d’activités données.

L’équipe du CCAS s’est alors demandé :

  • Quelles sont les personnes qui ont le moins de possibilité de sortir depuis plus de 10 ans parce que leur comportement semble inadapté, parce que dans un environnement « étranger » ils seraient encore plus vulnérables donc en danger ?
  • Comment faire « fonctionner » les étages avec un seul soignant ?
  • Faut-il-faire partir 6 soignants et un animateur ?

La réponse à la première question nous a orientés vers les résidents de l’unité de vie Alzheimer.

Considérant qu’ « une vie sans risque n’est pas une vie » et convaincus que l’environnement architectural et matériel n’est pas le principal élément contenant, que les personnes deviennent conformes à l’idée que nous nous faisons d’elles, que les figures humaines sont contenantes puisque rassurantes, et que seules les empreintes émotionnelles restent, il a été décidé que résidents, soignants, chien, cadre, animateur… toute l’équipe partirait avec tous les résidents.

Déroulement du séjour

 
Les enfants et les résidents de l’UVA ont vécu durant 5 jours ensemble, partageant quotidiennement au moins une activité.

Les 3 repas étaient pris en commun, la collation de l’après-midi était réalisée le matin par les enfants et les résidents. Le groupe quittait le gîte chaque après-midi pour aller à la plage, au planétarium, visiter le port de Dunkerque, aller au zoo… Le soir, certains résidents s’associaient au karaoké des enfants, aux veillées.

Les résidents ont été totalement libres de leurs heures de lever et coucher, le personnel soignant se rendant disponible 24 heures sur 24.


 

Un bilan très positif...

 

Nous avons, au cours de ces 5 jours, découvert des potentialités et un élan vital extraordinaire chez nos résidents. Dès le premier jour et jusqu’à la fin, nous avons mesuré les bénéfices de cette « aventure ». Des effets positifs ont été observés à de nombreux niveaux :

  • La communication verbale est devenue plus riche : moins de recherche du mot, plus de volonté manifeste de communiquer. En termes de communication non verbale, les sourires étaient quotidiens et spontanés.
  • Il n’y a pas eu d’opposition lors des soins d’hygiène et de confort alors qu’il s’agit de notre quotidien à l’EHPAD.
  • Nous avons mesuré beaucoup moins de plaintes douloureuses et consommé deux fois moins d’antalgiques. Même constat pour les angoisses et l’utilisation des anxiolytiques.
  • Les résidents qui présentaient des troubles alimentaires de type d’anorexique se sont mis à manger, chaque jour un peu plus.
  • Les enfants se sont adaptés au rythme des résidents, ils ont fait preuve de bienveillance, de respect et ont manifestement développé leur sens des responsabilités (par exemple en donnant l’alerte et en aidant lorsqu’il y avait des obstacles ou des risques de chutes). Ils n’ont jamais émis de jugement de valeurs au regard de certaines difficultés des résidents et nous questionnaient souvent sur la manière dont ils pouvaient se rendre utiles.

... et la réorganisation du service Unité de Vie Alzheimer

 
Forts de cette expérience, les soignants qui ont accompagné les résidents ont requestionné leur posture professionnelle. L’équipe a pris conscience que jusqu’à présent, nous n’adaptions pas notre organisation aux besoins des résidents mais que nous leur imposions nos contraintes organisationnelles.

L’équipe s’est réunie pour un débriefing 3 semaines après son retour du séjour et a souhaité que :

  • nous abandonnions la blouse, qui renvoie à l’univers hospitalier et à la maladie (un haut de blouse sera porté juste pour les soins salissants) ;
  • les repas soient pris plus tard afin de stimuler l’appétit ;
  • les repas du soir soient confectionnés avec les résidents, qui iront faire les courses au supermarché.

Ainsi aujourd’hui :

  • il n’y a plus de tenue professionnelle pour le personnel,
  • la toilette n’est plus systématiquement le matin : les bains et toilettes peuvent être faits dans l’après-midi ou le soir,
  • les repas du midi et du soir sont pris plus tard,
  • les courses sont réalisées 3 fois par semaine avec des résidents.
  • les repas du soir sont réalisés chaque jour par les résidents, les soignants et les familles qui souhaitent y participer.

Organisation de la préparation des repas

 

Deux professionnels sont en poste le matin dans l’unité de vie et trois l’après-midi. Un des soignants présent l’après-midi part faire les courses avec un ou deux résidents. Au retour les courses sont rangées et la préparation du repas commence avec des résidents qui coupent la viande, épluchent les légumes ou réalisent une préparation pour le dessert. Certaines familles participent à l’élaboration des plats. Pour l’instant c’est le soignant qui assure les cuissons et plus de la moitié des résidents contribuent aux préparations culinaires à leur portée.

Les familles s’associent de plus en plus à notre démarche, elles vivent avec leur proche un moment de plaisir partagé, leur rappelant la vie « avant l’entrée en institution ». Elles sont valorisées dans leur rôle d’aidant par ces moments ensemble. L’empreinte positive est importante pour elles aussi.

L’ancienne cuisine n’ayant pas été pensée pour une utilisation quotidienne et non adaptée aux personnes à mobilité réduite, elle sera réaménagée en avril 2018 afin de faciliter le nouveau fonctionnement duservice.

Partenaires opérationnels

Les parties prenantes au projet de séjour intergénérationnel sont le service Jeunesse de la Ville de Mons-en-Baroeul et structures accueillant des personnes âgées (résidence autonomie « Les Cèdres » et l’Ehpad « les Bruyères ».

Un comité de pilotage du projet a été créé, composé de l’encadrement du service jeunesse et des structures pour personnes âgées et progressivement les animateurs et l’équipe soignante.

Des réunions d’échange se sont organisées afin de préparer la phase de sensibilisation entre les enfants et les personnes âgées ayant pour objet la création de rencontres régulières pour que les publics se connaissent et se découvrent avant le séjour, de donner une habitude et un plaisir à vivre des moments et des activités partagés.

A leur issue, les actions réalisées ont été les suivantes :

  • le 18 janvier 2017 : un atelier crêpes et un atelier poterie au Parc du Barœul,
  • le 16 février 2017 : une animation autour d’un jeu de coopération avec l’association « Générations Complices » aux Cèdres,
  • le 8 mars 2017 : activité Jardinage plantation de semis sur table aux Cèdres,
  • le 29 mars 2017 : animation avec l’association « Générations Complices » aux Bruyères
  • le 5 avril 2017 : sortie au Musée du plein air à Villeneuve d’Ascq.

Moyens

Concernant le séjour

Moyens humains : 8 accompagnateurs pour le public âgé et un directeur et 2 animateurs pour le public des enfants,
Coût / budget : Ce projet a été financé dans le cadre du Contrat de Ville. Il a bénéficié d’un soutien de 12 311 € correspondant globalement aux frais d’hébergement, d’activités sur place et lors des rencontres préparatoires, ainsi qu’aux frais de transport en bus pour les publics enfants et personnes âgées. Un coût supplémentaire d’un montant de 3 885 € était à la charge de la résidence autonomie « les Cèdres » et de l’EHPAD « les Bruyères », correspondant aux charges de personnel et de transport par la mise à disposition du véhicule de l’accueil de jour. La participation pour ces 5 jours de vacances s’élève à 259 € par résident.

Réaménagement de la cuisine

DépensesMontant TTCRecettesMontant TTC
Temps de coordination Cadre EHPAD 770,00 Financement EHPAD "Les Bruyères" 3598,54
Main d’oeuvre Technicien EHPAD 660,00 Financement CCAS Mons-en-Baroeul 2000,00
Coût de la cuisine aménagée 12768,54 Financement Fondation Bruneau 8600,00
TOTAL 14198,54 TOTAL 14198,54

Ils financent l’action

Participation des enfants5,09%
Participation des résidents de l’EHPAD "Les Bruyères" et de la Résidence Autonomie "Les Cèdres" 18,35%
CAF 3,38%
Politique de la Ville (Part de l’Etat) 72,70%
Politique de la Ville (Part de la Ville de Mons-en-Baroeul) 0,48%
TOTAL 100%

Le Pôle Aînés du CCAS a mobilisé les caisses de retraites des résidents afin d’obtenir des aides sur les fonds sociaux conditionnées aux ressources.

Bilan

À notre connaissance, aucune unité de vie Alzheimer n’avait été fermée de la sorte durant quelques jours dans l’objectif de permettre aux résidents de partir en vacances. D’autre part, les effets d’interventions intergénérationnelles sur le fonctionnement psychologique et la qualité de vie des personnes âgées ayant reçu un diagnostic de « démences » ont été peu étudiés.

Les quelques études qui ont exploré cette question ont mis en évidence des effets bénéfiques chez la personne atteinte de troubles cognitifs : réduction du stress, amélioration de la qualité de vie, augmentation de l’engagement constructif. Chez les enfants, les contacts ont des effets bénéfiques sur le fonctionnement pro-social et identitaire.

Nous validons ce constat et adaptons notre organisation de soin et notre posture soignante : « Choisir de voir les forces, ne pas voir seulement les pertes des capacités, mettre les personnes dans un environnement qui « sort » la maladie pour qu’elles ne se rendent pas conformes à l’idée qu’on se fait de la maladie, de la démence ». (Nicole Poirier. Carpe Diem- un regard, une approche, un combat).

Bilan du séjour pour les résidents

  • Pour 10 des 12 résidents : disparition des « troubles du comportement productifs », pas d’opposition lors des soins du corps (dont la moitié se faisaient le soir et en tenue de ville), des assiettes vides à chaque repas, pas de plainte douloureuse (montée, descente de bus, lits non médicalisés…) et kiné quotidienne sans kiné, pas d’heure de coucher imposée (ils demandaient spontanément en exprimant verbalement leur fatigue), limitation de l’aphasie (moins de recherche du mot).
  • Une résidente présentait les mêmes comportements anxieux mais ils n’ont pas été majorés par le changement d’environnement,
  • Une résidente au profil différent nous a fait nous réinterroger sur le bien-fondé et les bénéfices de sa présence dans cette unité de vie.

Bilan de la réorganisation du service

  • Amélioration de la communication soignants, résidents, familles,
  • Moins d’opposition lors des soins d’hygiène,
  • Moins de troubles du comportement,
  • Absence de dénutrition,
  • Diminution des troubles du sommeil.

Au niveau de l’organisation, il n’y a eu aucune résistance ni du personnel ni des familles. Le personnel est à l’origine de toutes les demandes et des changements d’organisation du travail. Ce sont eux qui ont souhaité ne plus porter de tenue professionnelle, faire les courses au supermarché avec les résidents et préparer l’intégralité des repas avec eux. Pour l’instant seuls la collation et le repas du soir sont préparés dans l’unité de vie mais les soignants souhaiteraient préparer tous les repas. Les projets avancent naturellement par les constats qu’ils font au quotidien par exemple, il n’est pas rare que du gâteau préparé la veille vienne améliorer et changer le petit déjeuner.

Estimation CCAS

Les freins et leviers que nous avons rencontrés dans le montage du séjour :

  • Travailler sur les représentations : différences de rythmes importantes, structure d’accueil nécessairement adaptées aux deux publics.
  • Le financement du séjour : charge salariales, frais de restauration, d’hébergement, de transport, de sorties nécessite une recherche de l’efficience : le mieux au moins cher

Photo : Wikimedia Commons / Tadeo59370

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