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Fiche d'expérience

Création d’un site Internet collaboratif : migrations.besancon.fr

Création d'un site Internet collaboratif : migrations.besancon.fr
Cette action n’est plus portée par le CCAS/CIAS.

N’hésitez pas cependant à vous inspirer de cette fiche pour imaginer un projet similaire.

Contexte

Ce site est un outil de développement social local, qui met en correspondance deux enjeux de société : I. Les enjeux concernant l’histoire de l’immigration - La crise du vivre ensemble est aiguë : le mythe du « Français de souche » s’affronte au « trou de mémoire » des jeunes français issus des migrations. Reconnaître une France plurielle est devenu vital : urgence d’un travail en profondeur, cadré par une démarche historique, qui apprenne aux habitants de la France à se voir autrement.

- L’histoire de l’immigration est une discipline émergente, en train de s’écrire. C’est une chance, car nous pourrons l’écrire ensemble : cette histoire est complexe, composée d’histoires spécifiques, elle doit être construite de manière plurielle, inclure les points de vue les plus divers, être pluridisciplinaire. Elle doit être appropriée collectivement par tous les Français : il s’agit d’une histoire et d’une mémoire partagées.

- Les immigrés âgés sont dépositaires d’un savoir irremplaçable. La transmission de leur expérience est nécessaire à la construction identitaire des jeunes générations, qui n’ont pu avoir accès à cette histoire et à cette mémoire ni par leur famille ni par l’école. La valorisation des parcours migratoires et de l’apport des immigrés à la construction de la ville peut permettre de créer des sentiments d’estime et de fierté

- L’échelon de la collectivité territoriale permet d’ancrer ce travail d’histoire et de mémoire dans la ville, au plus près de ses habitants.

 

II. Les enjeux concernant les usages d’Internet, la « fracture numérique », et la naissance de réseaux d’intelligence collective
 - Ceux qui ne savent pas utiliser les « nouvelles technologies » seront de plus en plus mis à l’écart de la société.

- Internet est devenu un outil d’expression. Tous les médias peuvent être utilisées : ainsi tous les publics, même ceux qui ne parlent pas notre langue ou qui ne maîtrisent pas l’écrit, peuvent théoriquement y accéder.

- Les possibilités offertes par ce nouveau média permettent d’imaginer et de mettre en œuvre des réseaux de co-écriture, d’intelligence collective : comment, au-delà de nos écrans, en faire un outil de lien social et de de participation citoyenne ?

Ces deux directions de travail, ’appropriation collective de l’histoire des migrations’ et ’Internet collaboratif’ se servent mutuellement pour créer un « Internet de proximité » dont le slogan est : « mieux nous connaître pour mieux vivre ensemble »

Description / Fonctionnement de l'action

1. Le site repose sur un réseau de relais et de contributeursLes contributions peuvent être faites directement sur le portail ou par le biais de « mini sites » qui permettent à plusieurs contributeurs de travailler ensemble. Les contributeurs sont accompagnés sur les contenus par les réseaux de compétences individuels, associatifs et institutionnels. L’aide d’un technicien permet à chacun, individu, association, quel que soit son niveau en informatique de venir apporter son témoignage individuel, ses archives ou de contribuer à un récit plus collectif.

Dans le cadre de l’alimentation du site, l’objectif est également d’attirer des publics très éloignés des nouvelles technologies par les contenus plus que par la technique : c’est l’envie de voir un témoignage ou de participer qui permet, par une première approche de l’ordinateur, de déjouer les peurs et de donner envie d’aller plus loin.

En ce qui concerne les contenus : la création de groupes de travail thématiques permet une réflexion plus collective (actuellement sur « le travail », « les femmes », « les migrations étudiantes » », « les langues », « les cultures », « le recueil de témoignage »). Un comité éditorial et un comité scientifique veillent sur les contenus et indiquent les orientations rédactionnelles.

En 2008, le site était composé de 250 contributions.

2. le site est le centre d’une action plus large Pour mettre en confiance les témoins, co-écrire avec eux les histoires de leurs migrations, ce projet repose sur le réseau de proximité que chaque acteur du territoire a su créer. Tous les relais de la ville sont sollicités et nombreux sont ceux qui ont d’ores et déjà répondu présent. Le site devient un moment d’un projet plus global : de travail collectif en amont pour contribuer et de rencontres en aval (entre témoins, ou à l’occasion de manifestations crées autour du site). En cela, ce site est un outil de communication, qui repose sur le lien social.

3. Milieux sociaux, cultures, générations se décloisonnent dans un réseau d’intelligence collective où chacun apporte sa pierre à l’édifice commun.Grâce aux liens du portail, les mémoires individuelles peuvent être ancrées dans l’histoire collective. Il est également possible de croiser les mémoires, les points de vues, les approches, mettre toute la puissance de liens virtuels d’Internet au service de rencontres bien réelles : l’approche thématique permet de faire travailler ensemble des personnes ou des communautés qui ne se seraient jamais croisées autrement…

Ce projet repose sur l’intelligence collective et la participation citoyenne, pour construire ensemble une nouvelle identité, plurielle.

L’évaluation du site est assurée par le laboratoire MTI de l’Université et la mission évaluation de la Mairie

Bilan

Le projet repose sur un gros travail d’animation, de communication, de motivation des réseaux et des relais. Si dans un premier temps, peu de personnes contribuaient à l’alimentation du site, par l’ajout de texte, aujourd’hui, le site comporte plus de 500 contributions (dont 20 vidéos) réparties dans 50 rubriques. Le travail collaboratif pluridisciplinaire et décloisonné place le site au coeur d’un réseau multipartenarial qui lui permet de créer des liens inhabituels et fertiles entre les groupes ou personnes qui ne se rencontreraient pas autrement. Il est placé ainsi dans un angle de vue différent qui permet de repérer autrement les problématiques sociales et d’y répondre de manière transversale.Le réseau autour du site s’est considérablement étoffé en un an. Le site est de plus en plus associé aux manifestations ou initiatives des partenaires bisontins dans la ville. Statistiquement, il reçoit entre 120 et 160 visites par jour. Plus de 800 Bisontins le visitent chaque mois.
Un parcours destiné aux jeunes, qu’ils soient ou non de familles d’immigrés, vient désormais compléter le site. Cet outil permet d’appréhender l’histoire des migrations, de s’approprier la trajectoire particulière de leurs familles et de mieux connaître les autres. Cet espace est également collaboratif, il est conçu comme un espace d’échanges d’expériences et de réflexions. Il a été réalisé en collaboration avec un écrivain pour la jeunesse, Philippe Godard. Cet espace sera prochainement proposé par l’Inspection Académique à tous les professeurs du bassin de Besançon. Par ailleurs, ce site a reçu le label 2008 de l’année européenne du dialogue interculturel.

Moyens

A la création du site en 2007 :
15 000 euros pour la création technique (charge portée par le CCAS)
25 000 euros pour la collecte de témoignages (financés par d’autres financeurs)
1 poste chef de projet Fonctionnement actuel :
1 chef de projet à plein temps : 64 765 euros
1 technicien à mi-temps : 13 340 euros Budget de fonctionnement en 2009 : 78 105 euros dont 34 000 euros financés par le CCAS et d’autres subventions.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Ville de Besançon, (service culturel, vie des quartiers, bibliothèques, vie associative, TIC….)Université de Franche Comté
Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration
Radio Sud, Radio Campus.

Ils financent l'action

ACSE Franche Comté, DRAC Franche Comté, DR Droit des Femmes et Egalité, DR Jeunesse et sports, CRAM, Fondation de France, Caisse d’Epargne

Les observations du CCAS/CIAS

Les enjeux décrits plus haut concernant l’histoire de l’immigration et l’urgence de reconnaître une France plurielle se vérifient tous les jours. Action culturelle, éducation et action sociale sont ici totalement et très concrètement imbriquées, les questions peuvent être posées dans leur complexité, sans les réduire à un seul aspect du problème.L’outil « Web2 » est parfaitement adapté à cette entreprise collective et citoyenne :- Il permet à chacun de participer individuellement ou collectivement, à son rythme

- Il permet de relier de manière virtuelle des mondes qui ne se rencontrent jamais. A l’échelon d’une collectivité territoriale, cela permet de provoquer ensuite des liens réels, bien improbables habituellement

- La restitution au grand public du travail au fur et à mesure de son avancée, via le site, permet d’élargir le cercle des seuls contributeurs, de les responsabiliser, de ponctuer les initiatives en valorisant le travail fait

- Cette manière d’utiliser internet comme « mass-média de proximité » recelle des potentialités immenses pouvant être utilisées dans bien d’autres domaines que celui de l’immigration. Cette expérience est aisément reproductible

- Le coût de fonctionnement est d’autant plus réduit que l’on travaille en réseau

- Le web2 n’est pas seulement une technique : c’est une révolution mentale. Il induit des méthodes de travail fondées sur la transversalité, la coopération, l’intelligence collective dont nos collectivités ne peuvent que tirer des bénéfices.

Photo : Wikimedia Commons / Erkethan

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