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Fiche d'expérience

Création d’un observatoire social local

Création d'un observatoire social local

Contexte

Depuis plusieurs années, le CCAS réfléchit à la formalisation d’un observatoire social lui permettant de mieux travailler sur les problématiques locales. En étroite collaboration avec le secteur des études locales, dont la mission principale réside dans l’accompagnement de la collectivité dans une meilleure connaissance de la société locale, le projet d’observatoire social s’est conçu comme un lieu devant favoriser à la fois la compréhension des processus de précarisation sous toutes leurs formes mais également comme un outil permettant de mieux partager ces préoccupations au sein de la collectivité.De plus en plus, les observatoires locaux qui se développent favorisent la production de données chiffrées et standardisées. Ces données favorisent une approche descriptive et comparative des territoires, mais permettent insuffisamment de penser la singularité de leur construction ni de comprendre à la fois les dynamiques sociales à l’œuvre et l’action publique qui y participent.
Le second risque d’un observatoire essentiellement centré sur le suivi de la donnée statistique est de créer une sphère « autonome », un espace de graphiques, de tableaux, de chiffres, d’indicateurs, qui, petit à petit, n’interroge plus guère le réel, l’objectif devenant de regarder l’évolution des éléments de cette sphère, en se coupant de ce qui est réellement produit ; les statistiques scolaires en sont un exemple significatif : la diminution des taux de redoublement enregistrés ne disant rien du travail effectué ou non sur la réussite des élèves, ou sur le changement de population à l’intérieur de l’établissement...

Les données statistiques, comme tout autre élément de connaissance, sont des élaborations qui doivent être mobilisées pour répondre à des questionnements, à des problématiques définies en amont ou venant alimenter leur définition. Par ailleurs, d’autres registres de la connaissance (des processus, des relations, des institutions..) sont nécessaires pour nourrir l’orientation politique et l’action publique.

C’est pourquoi il est apparu nécessaire d’insister sur l’idée d’un observatoire social pensé comme un processus accompagnant la réflexion politique et l’action publique, un espace de construction de connaissance et de réflexion.

Un observatoire, dans une approche dynamique, modeste sur l’aspect chiffré mais ambitieuse sur l’analyse, se définit d’abord comme une réflexion collective. Ce travail d’analyse des besoins sociaux est positionné au sein du CCAS, référent d’une politique publique développée. Le secteur municipal des études locales (animé par une sociologue) et la direction municipale des solidarités se positionnent à la fois comme secteurs ressources et comme éléments indispensables de mise à distance nécessaire dans les questionnements à construire.

Description / Fonctionnement de l'action

Le fonctionnement de cet observatoire s’organise autour d’une équipe technique, d’un groupe politique et d’un partenariat institutionnel.

L’équipe technique est composée de la direction du CCAS, des services de la direction des solidarités et du développement social (pôle social, maison de la solidarité, circonscription sociale municipale, service du logement, mission droits des femmes, mission parentalité) et du secteur des études locales. Cette équipe est appelée à s’étoffer en fonction des thématiques travaillées. Par exemple dans le champ sanitaire des partenaires sont pressentis sur les questions d’accès aux soins, direction de la santé, atelier santé-ville, CPAM, hôpital, etc. Ce groupe technique met en musique les travaux de l’observatoire, formalise les questions et thèmes prioritaires, recherche les outils disponibles, élabore éventuellement les cahiers des charges des études ou enquêtes à réaliser, rencontre les professionnels ressources et organise la communication plus générale des travaux

Le groupe politique est composé des membres du conseil d’administration du CCAS et les élus municipaux du groupe « solidarité ». Il est sollicité pour le suivi du travail de l’observatoire. Il permet le partage et l’appropriation de l’analyse des besoins sociaux mais il est également source de propositions et commanditaire de nouvelles études. Ce groupe organise régulièrement des moments de partage et d’échange « les rencontres de l’observatoire social ».

Les partenaires institutionnels extérieurs sont pour l’instant le Département et la CAF. Avec cette dernière, la réflexion s’oriente vers un meilleur partage des données, des études et plus généralement des réflexions émanant de l’une ou l’autre institution. L’orientation prise au sein de la structure est d’élaborer des documents statistiques standardisés pour l’ensemble des villes qui composent son territoire de compétence, ce qui constitue une source d’informations non négligeable. Le conseil général est, quant à lui, animateur d’une démarche de création d’un observatoire départemental, dans lequel l’observatoire de Saint-Denis est partie prenante en lien avec l’Union Départementale des CCAS.
Les thématiques retenues pour 2010 :
- réflexion collective sur l’évolution de la ville et de sa population, à croiser avec l’observation partagée des professionnels médico sociaux,
- l’évolution de la demande sociale et de l’action publique, 
- les métiers du travail social à Saint-Denis (organisation des métiers de travail social dans la ville, les enjeux qui animent chaque acteur, influence des pratiques des professionnels sur l’évolution des politiques sociales...),
- la prise en charge des publics en errance (définition des publics en errance, évolution des configurations locales, évolution des conditions
d’accueil permettant l’accès de ces publics à un suivi social),
- la demande de logement social (observation du fichier du nombre de demandeurs de logement social afin de mieux comprendre la diversité des situations auxquelles ce public correspond, écart entre les besoins et la demande de logement et l’évolution de l’offre), 
- les trajectoires sociales des ménages relogés dans le cadre de l’ANRU,  
- 
l’observation et l’analyse des professionnels de la ville (l’observatoire anime des temps de mutualisation avec les professionnels du secteur social et médico-social afin de construire une réflexion plus complète autour de certaines thématiques).

Le 23 juin 2010, l’observatoire a organisé une après-midi thématique sur l’errance, avec projection d’un film sur l’intervention du CCAS en direction des grands exclus, présentation de l’étude sur l’errance en partenariat avec l’université Descartes, et contributions diverses pour débattre de l’évolution des situations d’errance : augmentation du phénomène mais surtout diversification de ses formes et des populations potentiellement concernées qui questionne le champ du social, entraînant la nécessité de faire évoluer les représentations et l’action publique en la matière.

Bilan

Le démarrage de l’observatoire est récent mais déjà des échanges fructueux permettant de définir des problématiques prioritaires et de lancer des études, ont pu se dérouler. La participation des professionnels du champ sanitaire et social et l’implication du groupe politique permettent une reconnaissance de l’observatoire. Les travaux réalisés montre la nécessité de faire avancer la réflexion commune et la mobilisation des acteurs mais aussi la nécessité et l’intérêt pour les collectivités locales et les CCAS de sortir de leur organisation « par public » pour se positionner véritablement sur une transversalité des problématiques. L’observatoire permet désormais de travailler sur du qualitatif et de ne pas se contenter des données chiffrées.
Concernant le temps consacré par les référents de cet observatoire, un bilan de l’organisation sera effectué après un an de fonctionnement.

Moyens

Moyens humains :
- les membres permanents du groupe technique qui animent cet observatoire,
- le secteur des études locales : 2 sociologues permettant de réaliser des études en interne - d’encadrer des stagiaire, au sein duquel existe de longue date une revue communale diffusant les études et recherches, pouvant accueillir les travaux de l’observatoire.

Budget : 17 000 euros pour financer les études nécessaires et les interventions d’experts.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Ville de Saint-Denis dont le secteur des études locales et la direction des solidarités et du développement social, conseil général, CAF, universités / IUT / cabinets d’études, communauté d’agglomération, CCAS du département et UDCCAS.

Ils financent l'action

Ville de Saint-Denis.

Les observations du CCAS/CIAS

Le fonctionnement de l’observatoire repose sur une organisation de travail atypique, qui s’appuie sur un petit groupe opérationnel de professionnels qui soumettent l’avancée des travaux aux élus et aux membres du conseil d’administration du CCAS ainsi qu’aux autres professionnels intervenants sur la ville. Cela permet de partager les éléments, avec les élus et les acteurs locaux de terrain, au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Ce partage des résultats permet une meilleure compréhension des besoins et des perspectives d’évolution de l’action publique et des missions du CCAS.

Photo : Wikimedia Commons / Claude Shoshany

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