J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

Création d’un atelier mémoire

Création d'un atelier mémoire

Contexte

Une constation a été faite lors de visites à domicile chez les aînés Touquettois ainsi que lors du déroulement d’autres projets que certaines personnes présentaient des diffcultés de mémorisation dans la vie quotidienne.

Description / Fonctionnement de l'action

1) Un atelier mémoire pour qui ? Pourquoi ?
Pour la personne âgée volontaire qui désire entretenir sa mémoire ou présentant des difficultés de mémorisation.

Les pertes de mémoire, les oublis répétés et fréquents notamment, handicapent la vie quotidienne de la moitié des français de plus de cinquante ans. Un handicap préoccupant mais mal pris en charge, conduit petit à petit à la désocialisation. En effet, les personnes victimes de leur mémoire s’enferment progressivement dans un véritable retrait social, de peur de dévoiler leurs faiblesses. Un retrait social qui mène inéluctablement à l’isolement, à la perte d’autonomie, et reste à charge des familles. Les pertes de mémoire ne sont pas inéluctables. Comme tout muscle, la mémoire s’entretient.

Ces troubles de mémoire sont généralement liés à ce manque d’entretien. En effet, durant l’enfance, la mémoire est stimulée de manière intensive alors que pendant sa vie professionnelle, l’individu ne stimule que les éléments professionnels et quotidiens. C’est ce défaut d’entretien pendant la vie professionnelle qui occasionne des problèmes de mémoire à la retraite mais également le vieillissement normal et le manque de stimulations extérieures.

La mémoire est d’abord une fonction de la personne, de son histoire, de son environnement, de l’affectif qui la baigne. La tester ? Pourquoi pas. Mais cette coupe abstraite et froide cache autant qu’elle révèle. Pour que vive la mémoire, le premier secret est que la personne elle-même soit vivante !
Chaque rencontre comporte une part d’informations, une part d’échanges d’expériences, une part d’exercices.

L’atelier mémoire est un moyen de réveiller et/ou d’entretenir de façon ludique une capacité qui s’éteint peu à peu. C’est également un lieu d’échanges et de communication qui utilise et stimule la mémoire des personnes âgées pour renforcer leur identité, leur apporter des repères dans le temps et l’espace et, de ce fait, augmenter leur capacité d’autonomie. Il s’agit d’apprendre à regarder autrement sa mémoire, à reprendre l’habitude de l’utiliser dans tous les moments de la vie quotidienne, à retrouver vraiment confiance en soi. Ce n’est jamais de la performance. C’est toujours un pas en avant pour mieux utiliser nos propres capacités.

2) La problématique
Cette action découle de deux autres actions mises en place depuis deux ans.
La première action du CCAS dénommée « L’arbra-mémoire » déclinait sous forme de fresques représentant des arbres les souvenirs de nos aînés avec différents niveaux, les nœuds du bois de l’arbre représentant les difficultés rencontrées au cours de la vie. Ces arbres ont été « racontés » aux enfants des écoles captivés par le récit des existences souvent mouvementées de leurs aïeux.

Devant le succès rencontré par ces rencontres intergénérationnelles, le CCAS a souhaité renouveler l’expérience et a décidé de lancer une autre action intitulée « Au cœur des contes » (voir la fiche attenante sur la banque des expériences de l’UNCCAS). Avec le concours d’une conteuse professionnelle, un groupe d’aînés s’est formé afin de pouvoir narrer des contes en y mettant la vie et la passion nécessaire à captiver un auditoire de jeunes enfants. De nombreuses rencontres en ont découlé et le partenariat avec les écoles primaires du Touquet se poursuit à travers diverses séances de narration pour la plus frande joie des deux générations réunies.
Les objectifs initiaux de ces deux actions ont été pleinement atteints. L’action « Au coeur des contes » a reçu et fait l’objet d’une approbation de l’Inspection Académique. Le nombre d’enfants et d’adultes participant au projet « L’Arbramémoire » a atteint cinquante personnes.
Ces expériences ont été concluantes mais ont également mis en lumière certains problèmes de mémorisation chez nos aînés. De même, lors des visites à domicile pour des soutiens moraux ou pour faire connaître les services proposés aux aînés Touquettois par la municipalité, les intervenants ont pu constater des pertes de mémoire chez certaines personnes.
L’isolement contribue à ce que les souvenirs s’estompent. Pouvoir les partager est un moyen de les faire rejaillir, de pouvoir conserver vivants l’expérience et le vécu qui font de chacun un individu à part entière et de contribuer au lien social.

3) La formation
Forts de ce constat, le CCAS a demandé à un agent (personnel municipal) de suivre une formation pour lui permettre de comprendre la problématique et les actions qui étaient à envisager pour accompagner ces aînés à entretenir leur mémoire.
Ainsi, il a pu participer dès mai 2004, à une formation intitulée « Comment mettre en place un atelier mémoire ».
Cette formation, dispensée par le CNFPT, a permis de connaître les mécanismes de la mémoire, et notamment les trois phases essentielles que sont : l’enregistrement des informations, la fixation des données, le rappel des éléments.
Il est également essentiel de connaître les pathologies de la mémoire et d’avoir un apport théorique rudimentaire sur la neurobiologie et les mécanismes de la mémoire.

4) La proposition
La mise en place d’un atelier mémoire contribue à permettre à chacun de se réinvestir dans le présent et de renforcer l’identité de chacun. La prise en charge d’un groupe (en nombre limité) favorise l’échange et l’interaction.
Mais il a été également nécessaire de prendre en charge chaque personne individuellement afin de stimuler la mémoire par des exercices utilisant les repères spatiaux et temporels qui permettent de situer la personne âgée dans un environnement au temps présent et de renforcer son identité.

5) Le public concerné
Cet atelier s’adresse à tous les aînés volontaires. L’animateur a du prouver ses qualités relationnelles (écoute, confiance, jugement, etc.). En effet, le vécu et l’expérience des personnes qui participent à cet atelier sont évoquées et il est important qu’elles le soient librement.
En outre, connaître le caractère et la façon d’appréhender les interrogations des participants permet une mise en confiance du groupe et la création d’une véritable cohésion.
C’est dans ce rapport de confiance mutuelle que des progrès peuvent intervenir. De plus, il convient de ne pas brusquer les participants et les personnes fragilisées par une perte d’autonomie. Il s’avère nécessaire d’admettre que l’évolution ne peut être que progressive et que la moindre avancée est une victoire. L’effort que la participation nécessite de la part des personnes concernées n’est pas à négliger.

6) Mise en place de l’atelier
La mise en place de l’atelier a nécessité du temps pour le service des aînés.
La première phase constituait un simple échantillon de personnes susceptibles de participer à cet atelier, des jeux de mémoire, simples et ludiques ont été mis en place. Dans un deuxième, un investissement dans du matériel simple comme des gommettes de couleur, des formes, un tableau, etc, a suivi.

Ces jeux sollicitent la mémoire visuelle sous forme d’images à mémoriser et à associer. Il est indispensable de faire travailler sa mémoire le plus tôt possible car plus elle est sollicitée plus les connexions et les transmissions entre les différents neurones sont renforcées.

Les objectifs de l’atelier sont donc de :
* proposer des exercices appropriés, précis et accessibles à tous,
* faire fonctionner toutes les zones du cerveau,
* de stimuler à titre préventif certaines fonctions mentales « engourdies » (mémoire olfactive, mémoire auditive, mémoire des noms propres, etc.),
* diversifier les stratégies d’apprentissage,
* développer sa motivation,
* faire en sorte que chaque individu en tire un bénéfice personnel,
* renforcer l’autonomie et sortir de l’isolement les participants.

7) Communication du projet
Les habitants ont été informés de cette démarche via les parutions régulières dans la pressse (avec un encart mentionnant les financeurs), par des affichettes distribuées dans les foyers lors des visites à domicile et par un affichage sur les lieux publics.

Bilan

Il a été convenu de confier cet atelier à une personne possédant un contact facile avec les personnes âgées et qui connaisse les participants. Il y a lieu de mener cet atelier avec précaution et douceur car les personne âgées ont tendance à s’angoisser lorsqu’elles sont confrontées à de nouvelles formules.
A ce jour, nous utilisons différents outils qu’il convient de faire évoluer et d’adapter en fonction de l’accueil qui est donnée à chacun (loto, jeux de cartes, images, livres, etc.).

Moyens

Moyens humains :
Cette action se traduit par la mise à disposition d’un agent (une journée par semaine) et par l’acquisition de petit matériel (livres, formes, images, puzzles, etc.). A cela s’ajoute les services d’une quinzaine de bénévoles.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Aucun.

Ils financent l'action

Aucun.

Les observations du CCAS/CIAS

Il s’agit d’une activité qui permet d’entretenir et de stimuler la mémoire. Ces groupes donnent lieu à des échanges entre les aînés et permettent à bon nombre d’entre eux de sortir de l’isolement. Ce partage de leurs expériences et de leur vécu est le moyen de les valoriser et de leur faire prendre conscience que les problèmes qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne sont inhérents à leur âge et qu’il est possible d’en surmonter certains.

Enfin et surtout, ce travail sur la mémoire permet aux personnes âgées de se repérer dans le temps pour qu’elles puissent réinvestir leur quotidien et gagner en autonomie.

Photo : Wikimedia Commons / AntonyB

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