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Fiche d'expérience

CoRIST : Coordination d’un réseau Interventions spécifiques et transversales pour tout public en grande précarité

CoRIST : Coordination d'un réseau Interventions spécifiques et (...)

Il s’agit d’un dispositif opérationnel de prise en compte de tout signalement concernant des personnes en situation de grande précarité, constitué d’une équipe d’intervenants allant au devant de tout public sur son lieu de vie (espace public et domicile) en vue d’une proposition d’action immédiate puis de la construction de réponses partenariales adaptées coordonnées et innovantes dans une perspective psycho – médico - social.

Contexte

Le projet social de la Ville de Bordeaux et le projet d’établissement du CCAS, ont réaffirmés leur attachement aux principes et valeurs d’accueil et l’accompagnement des publics les plus fragilisés et de prise en compte concomitante des notions de bien-être des individus et du mieux vivre ensemble.
Bordeaux et la future Métropole sont des pôles urbains qui exercent une attraction majeure pour les jeunes, les personnes seules et en difficultés, les publics en situation d’immigration, les personnes en errance… L’agglomération bordelaise concentre ainsi des indicateurs de précarité élevés et le nombre des personnes sans domicile fixe y est évalué entre 2000 et 3000. Ce contexte fait apparaître des formes caractéristiques de grande exclusion et de marginalisation qui entraîne une augmentation de nombre de personnes isolées ou en groupes installés durablement sur l’espace public ou occupant illégalement des locaux publics ou privés ou encore vivant dans des conditions d’indécence dans des logements dégradés. Par ailleurs la part de la population isolée et/ou âgée tend à accentuer les phénomènes d’isolement et de difficultés à occuper un logement.
Face à des situations de personnes en grande souffrance qui ne trouvent pas de réponse ou d’interlocuteurs susceptibles de les accompagner dans la résolution de leurs difficultés par manque de réponses adaptées, il a été décidé de mettre en place un outil d’intervention souple et réactif. L’objectif premier de ce nouveau dispositif consiste à avoir une action préventive sur les processus qui aboutissent souvent à découvrir tardivement des situations très dégradées et à y intervenir sur le mode de l’urgence sanitaire ou sociale. Il s’agit ainsi de mettre en œuvre une pratique volontaire sur le principe « d’aller au devant » des personnes même dans les cas où elles expriment peu ou pas de demandes, venir vers elles avec des propositions de soutien et intervenir malgré les limites imposées par le contexte ou par la (les) personne(s).
Au-delà de ce principe opérationnel, l’intention est d’interroger la vision classique de la grande précarité et la conception de sa prise en charge trop cloisonnée selon des typologies de publics ou en fonction de problématiques prédéfinies et correspondant à des champs professionnels insuffisamment en interaction (santé – social).Dans une telle optique le principe de réseau s’impose car il est la garantie de réunir les intervenants sur des objectifs renouvelés et partagés autour de la personne, de renouer des liens entre professionnels pour réinscrire les personnes.

Description / Fonctionnement de l'action

Le dispositif CORIST a pour mission d’apporter un premier niveau de réponse à la situation d’une personne sollicitant spontanément un soutien ou à un signalement transmis par un tiers (service partenaires, bailleurs, riverains, élus …) sur une situation jugée préoccupante. 

Le mode opératoire est de proposer de manière quasi systématique une prise de contact sur site car les personnes concernées ne sont souvent pas en capacité de se déplacer (impossibilité physique ou psychique, mobilité réduite, non demande, urgence…).

Le diagnostic social posé lors des premières rencontres va permettre de repérer :- les éléments qui permettront d’apporter un éclairage supplémentaire sur les difficultés et les freins liés au contexte et au parcours de vie,- les propositions immédiates à mettre en œuvre en termes de premiers besoins (santé, alimentation, mise à l’abri…),- les actions partenariales déjà engagées et/ou à remettre en mouvement.

L’objectif est de réaliser une synthèse entre : les éléments objectifs de la situation, la volonté ou les capacités de la personne à s’emparer des propositions, les ressources existantes en matière d’intervention, le temps pouvant être pris pour l’action… Il s’agit par ailleurs d’évaluer les éléments de la situation qui nécessitent obligatoirement un changement et ceux qui devront faire l’objet d’une médiation avec l’extérieur ou l’entourage pour faire accepter des modes de vie ou de comportement qui peuvent paraître inadaptés à priori.Le temps de l’évaluation sociale et de la première réponse liée à l’urgence permet ainsi de répondre aux besoins non signifiés mais visibles de la personne et de tenter de la mobiliser dans son désir de créer un changement dans sa situation. 
L’action qui suit ce premier niveau d’intervention consiste à coordonner le lien vers et avec les partenaires les plus adaptés aux différentes problématiques spécifiques de la personne concernée dans la dynamique de réseau qui caractérise le dispositif et ses modalités de prises en charge.
Outre la recherche de partenariat sur les situations ou sa réactivation en cas de ruptures, le maintien du lien noué ou renoué avec l’intervenant du dispositif est primordial. Il s’inscrit notamment dans une notion de prise en compte de la temporalité de la personne indispensable dans ce type de situation de fragilités diverses et extrêmes. Cette notion de temps s’adapte au rythme de la personne, à ses possibilités à se remobiliser et à la nécessité de la relancer par des contacts renouvelés en cas de non réponse.

Pour les personnes en capacité de se déplacer, un bureau d’accueil est proposé au CCAS de Bordeaux. Cet espace peut-être investi de façon spontanée en dehors de tout cadre formel de rendez-vous ou de manière de se présenter et permet au public le plus fragile et en marge des institutions de réinvestir d’une façon progressive le lien avec structure de droit commun.
Pour aller vers une intervention coordonnée le dispositif CoRIST élabore et structure les liens entre les intervenants, les services, les structures susceptibles de participer directement ou indirectement à la résolution de certaines problématiques dommageables pour le public le plus vulnérable.

En retour il est interpellé régulièrement par différentes structures et institutions (Ville, Police Municipale et Nationale, Pompiers, familles, riverains, associations…) confrontées à des situations relevant de problématiques complexes et sévères touchant à la fois aux domaines de l’action sociale, de la santé, de la sécurité et de l’ordre public. 
Dans cette dynamique de réinscription des situation de grande exclusion dans un action globale et dans l’esprit de réseau, le dispositif s’avère être un outil pertinent pour proposer et construire avec différents acteurs des propositions décloisonnées entre les domaines de la santé, du social, du logement… et propres à résoudre des situations graves et mettant en jeu la responsabilité de la collectivité.
Dès sa mise en place, le dispositif CoRIST a participé à la création d’un groupe de travail original en lien avec les directions Ville qui réunit les services de la proximité, de la police municipale, du conseil local sécurité prévention de la délinquance, de l’hygiène et de la santé et ceux du CCAS. L’ensemble des situations de squats, regroupement de personnes marginalisées et d’occupations illégales de l’espace public sur la Ville est ainsi abordé tous les mois en vue d’élaborer des diagnostics partagés des situations, de leurs enjeux sur l’ensemble des plans réglementaires, de la sécurité et du point de vue social en vue de concevoir des traitements concertés et coordonnés. 
Parallèlement un groupe de travail a été engagé avec l’équipe du service hygiène et santé de Ville de Bordeaux afin de créer des outils communs de transmission de situations préoccupantes relatives à l’habitat insalubre et indigne sur le territoire. Le but de ces rencontres est d’apporter des réponses adaptées et complémentaires face aux problématiques spécifiques du mal logement.
Cette structuration est complétée par des instances de rencontres régulières animées par le CCAS avec l’ensemble des acteurs associatifs de la Ville œuvrant dans les domaines de l’aide à la vie quotidienne, les services du 115, du SAMU Social et du secteur psychiatrique. 
Par ailleurs l’équipe du dispositif CoRIST est accompagnée par une psychologue clinicienne dont les vacations sont prise en charge par le CCAS en vue d’apporter un éclairage sur les situations, proposer d’éventuelles rencontres communes de personnes. Cette professionnelle est également un soutien dans le rôle de veille du dispositif. 

Bilan

L’activité directe du dispositif depuis sa mise en place peut se mesurer sur les éléments suivants :- diversité des publics pris en charge ; plus de la moitié concerne des personnes installées durablement sur l’espace public ou en squat. Les personnes logées présentent fréquemment des situations d’incurie qui mettent en jeu des questions de santé, d’hygiène, de relations avec les bailleurs et le voisinage…- un nombre en perpétuelle croissance des visites sur sites ou entretiens réalisés par le travailleur social du CoRIST, doublés par un nombre identique d’interventions souvent en urgence faites par les médiateurs- participation quasi quotidienne aux rencontres partenariales avec un rôle d’animation pour certaines. 35 structures ont été ainsi mobilisées sur ces instances. A cette activité propre du CoRIST vient s’ajouter le traitement des situations dans le cadre du groupe de travail Ville/CCAS sur le suivi des squats et de l’occupation de l’espace public.Outre son expertise pré-citée, le dispositif CoRIST a participé directement au règlement de plus d’un tiers des dossiers en matière d’évaluation ou de prise en charge. Son action a été déterminante sur des situations complexes et parfois anciennes concernant des individus ou des groupes dont la présence et le comportement étaient source de désordres et/ou de danger pour les personnes et/ou la collectivité.
Au terme de quatre années de fonctionnement, le dispositif CoRIST a construit une proposition d’intervention nouvelle sur la Ville qui est reconnue par l’ensemble des partenaires œuvrant dans le champ de la grande précarité. Il occupe une place qui était vacante jusqu’à sa création et qui valide le principe d’une action de réduction des risques sur des phénomènes jusqu’alors envisagés sous l’angle du curatif ou de l’urgence.Par son fonctionnement ancré dans une perspective d’intervention systématique, décloisonnée et dans la dynamique de l’expérimentation autour des personnes, le dispositif CoRIST est aujourd’hui un appui recherché par les partenaires des différents domaines sociaux et sanitaires pour faire des tentatives de résolution de situations parfois connues mais considérées comme inextricables.La capacité du dispositif à s’adapter conjointement aux réalités territoriales et à celles des situations créée le réel effet de réseau autour de situations qui ne correspondent pas aux conceptions classiques de l’analyse et du traitement de ces phénomènes évitant ainsi les phénomènes de segmentation des prise en charge et de ruptures entre elles.
Il ne s’agit plus ainsi de se situer dans une logique de succession d’interventions mais d’être dans une réflexion commune et globale pour envisager des règlements parfois concomitants, parfois décalés, dépassant le cadre strict du champ professionnel, ou encore imaginant des manières d’agir innovantes. Cette action apparaît ainsi comme une manière d’augmenter la cohérence de la prise en compte et de la résolution des questions que la grande précarité pose en termes de gestion de l’espace public et de la santé publique.

Moyens

Moyens humains : 
- 1 chef de service,- 1 travailleur social – coordinateur du dispositif,- 1 médiateur social espace public,- 1 médiateur,- vacation d’une psychologue clinicienne.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Centre d’accueil d’information et d’orientation pour les personnes sans résidence stable (CAIO), Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO), PASS des différents hôpitaux ( PASS Précarité, PASS Hôpital Spécialisé, 2 PASS hôpital public), SAMU social, Equipe Mobile Psychiatrie Précarité, Centre local d’information et de coordination (CLIC), divers organismes de tutelle, bailleurs publics, médecins de ville, centres médico-psychologique adultes (5 sur la commune de Bordeaux), Maisons départementales de la solidarité et de l’insertion, centre d’étude et d’Informations sur les drogues (CEID), centre d’hébergement et de réinsertion sociales et les structures d’accueil d’urgence, centres d’accueil des demandeurs d’asile, réseau structures associatives et caritatives, service communal d’hygiène et de santé de la Ville, police municipale, service département d’incendie et de secours, divers intervenants du secteur para-médical et de soins à la personne...

Ils financent l'action

Ville de Bordeaux, SNCF – volet sociétal.

Les observations du CCAS/CIAS

De par la permanence de son objectif de construction de réponses alternatives sur la question globale de l’occupation de l’espace public et des difficultés d’occupation du logement, le dispositif CoRIST est une base qui suscite l’expérimentation et l’innovation à partir d’une action et d’une observation de terrain que donne la légitimité et l’ambition de ces expériences.

C’est un dispositif en constante progression qui interroge la place faite au public le plus en marge d’un système de réponse sociale qu’il pousse à s’interroger sur ses propositions pour les faire évoluer en fonction d’une analyse partagée de situations singulières et d’une nouvelle vision des questions sur la grande précarité. 

Ce dispositif prend son sens par le réseau qu’il a fait naître au fil du traitement effectif de situations particulièrement complexes où les différents acteurs reconnaissent et peuvent valoriser les résultats de leur travail commun. Le CoRIST apparaît ainsi comme un élément indispensable d’un réel maillage médico-psycho- social sur la Ville.

Dans cette logique le dispositif CoRIST porte un projet de « Coordination santé-Précarité » qui viendra affirmer le lien étroit entre les différentes logiques d’intervention avec le souhait de formaliser et de modéliser des pratiques qui ont prouvé leur intérêt du point de vue des personnes visées par ces interventions.

Photo : Wikimedia Commons / Patrick Despoix

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