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Fiche d'expérience

Ateliers pour reprendre confiance en soi et retrouver un sentiment d’utilité sociale

Ateliers pour reprendre confiance en soi et retrouver un sentiment (...)

Le quartier de la Fontaine d’Ouche est classé en zone prioritaire du fait une importante concentration de personne en situation précaire. Le centre social du quartier, géré par le CCAS de Dijon, a développé en direction de ce public un dispositif de veille, d’accompagnement et d’animation. L’atelier « Miroir de soi » propose des rencontres collectives hebdomadaires dont l’objectif est de sortir de l’isolement, nouer des liens avec d’autres participants et participer à des projets communs. C’est de l’émergence d’envies des participants qu’est né « Fées déclic » un atelier de confection à partir de matériaux recyclés dont les recettes issues de la vente des productions permet de financer des loisirs et des actions solidaires sur le quartier.

Cette action n’est plus portée par le CCAS/CIAS.

N’hésitez pas cependant à vous inspirer de cette fiche pour imaginer un projet similaire.

Contexte

Le centre social de fontaine d’Ouche est l’un des trois centres sociaux gérés par le CCAS de Dijon. Agréé par la CAF, il est situé au cœur du quartier de Fontaine d’Ouche, classé zone prioritaire pour la politique de la ville. Ce quartier concentre une population en situation de précarité (plus de 35 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté) et se caractérise par un important parc social (2 521 logements sociaux). En 2009, la Ville de Dijon a engagé un important programme de renouvellement urbain que le centre social du CCAS accompagne en développant des actions et animations sociales de proximité.

L’atelier Miroir de soi a vu le jour en 2008, suite au diagnostic de territoire qui mettait en lumière un nombre important de personnes isolées et en situation de grande fragilité, voire de rupture sociale. Ces personnes vivent seules repliées sur elles-mêmes. Il s’agit en majorité de retraités mais également d’adultes en situation de chômage et rupture sociale.

Description / Fonctionnement de l'action

Le repérage et la mobilisation des personnes  :
Dans un premier temps, il s’agit de repérer et rentrer en contact avec ces personnes isolées. Pour cela l’animatrice sociale du centre social va à leur rencontre au cœur du quartier, notamment à la sortie de l’Intermarché. L’animatrice participe également aux permanences hebdomadaires des assistantes sociales du CCAS et de la CAF : Elle s’installe dans la salle d’attente, parmi les personnes, pour informer, prendre contact etc...

Le fonctionnement :
Miroir de soi est un groupe ouvert : chacun peut y venir à tout moment de l’année sans inscription préalable. Inséré au cœur de l’habitat social, les ateliers se déroulent dans un endroit neutre (un appartement mis à disposition dans le cadre des M2 sociaux situé dans une zone qui concentre beaucoup de difficultés sociales). L’appartement a été aménagé avec minutie par les personnes du groupe, signe d’une réelle appropriation des lieux. C’est un espace de rencontre, et de solidarité entre les habitants. En plus des temps de rencontre et de repas partagés, des ateliers hebdomadaires sont proposés avec :

-  une art thérapeute ( travail de la terre, conte, théâtre, ateliers d’écriture...)- une artiste danseuse (détente relaxation ; écoute de soi et de son corps )- un naturopathe (relaxation guidée)De « Miroir de soi » aux « Fées déclic » :

En janvier 2010, l’animatrice qui coordonne le groupe «  miroir de soi » a été sollicitée par le musée de la Vie Bourguignonne qui préparait une exposition « 

tout jeter ?, tout garder ?,réinventer ?

 ». L’ objectif était de travailler avec un groupe d’habitants autour du développement durable.

 Après concertation, le groupe « Miroir de soi » propose de travailler à partir des « calicots » publicitaires de la ville de Dijon pour fabriquer des sacs, pochettes, etc … l’envie était là, mais pas le savoir-faire puisqu’aucune femme ne savait coudre. L’animatrice est allée chercher l’aide de personnes ressources au sein de l’association des usagers du centre social (l’ASCS). Durant 4 mois, 6 personnes issues du groupe Miroir de soi se sont ainsi retrouvées pour préparer cette exposition... une belle aventure pleine de vie : des usagers venaient encourager, donner leur avis, suivre l’avancée des travaux, etc... 

 Lors de l’inauguration de l’exposition, les sacs et pochettes ont été mis en vente et ont remporté un vif succès, à tel point qu’il est décidé, en accord avec le musée, de continuer les ventes durant toute l’exposition d’avril à septembre. 

Afin d’encaisser ces recettes et de développer son autonomie, le groupe de « couturières » a décidé de se constituer en section au sein de l’association des usagers du centre social (l’ASCS) ... C’est ainsi que sont nées les « Fées déclic » . Le groupe s’organise donc avec l’aide de l’animatrice sociale : adhésion à l’association, constitution de la section. Puis s’engage une concertation entre les membres du groupes pour déterminer l’utilisation des recettes financières.

Le groupe opte pour deux  orientations :

  • financer des loisirs qu’elles ne pourraient s’offrir sans cet apport ( toutes ces personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté).
  • financer des actions solidaires sur le quartier.
    Les actions :

Après un article paru dans la presse les "fées déclic" ont été sollicitées par la SNCF, pour la fabrication de pochettes, et d’ étiquettes de valises avec les supports publicitaires du TGV Rhin Rhône. Ces articles ont été offerts par la SNCF, lors d’un salon début 2011.

C’est ensuite au tour d’Ikea de s’intéresser à ce projet innovant. Ainsi après avoir récupéré les calicots publicitaire d’Ikéa, les femmes ont travaillé autour d’objet usuels, ( tabliers, sacs à linge , trousses de toilette etc...). Une vente a eu lieu le 14 avril 2012, et il est prévu un rendez- vous mensuel à partir de septembre 2012.

 Plusieurs actions ont été financées par ces recettes, toujours décidées par le groupe :- Action solidaire le jour de noël : Les fées déclic ouvrent l’appartement en proposant aux personnes seules de venir les retrouver pour partager un repas, et des jeux de société.
- Participation financière à certaines sorties pour des familles à faibles revenus sur le quartier.

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Bilan

Les points positifs :

Une vingtaine de personnes fréquente avec assiduité les ateliers de miroir de soi. Elles ont entre 32 et 82 ans. La plupart d’entre elles sont arrivées dans le groupe dans un état de repli, de découragement voire de détresse face aux échecs personnels et/ou au cumul de difficultés importantes auxquelles elles sont confrontées. Les ateliers proposés par les professionnels vacataires étant limités en nombre de place (14 participantes maximum), il existe aujourd’hui une liste de d’attente, tant les demandes sont nombreuses.

Cet espace de rencontre discret et bienveillant leur a permis de rompre leur isolement et de retisser peu à peu des liens. Les ateliers d’art thérapie offrent un espace d’expression qui aide chaque personne à se réconcilier avec elle-même et les autres, à reprendre confiance. L’encadrement de ces ateliers par des artistes professionnels reconnus dans leur domaine, est un facteur de valorisation très important pour les personnes .

La dynamique de groupe est à l’origine d’un mieux être individuel et favorise l’émergence de projet collectif tel que « les fées déclic ». A travers ce projet de fabrication d’objets usuels, ces femmes vivent une expérience de création collective très enrichissante et qui est source de promotion sociale : ainsi, deux d’entre elles sont depuis cette année membres de la commission municipale de quartier. Le groupe a décidé de s’autonomiser en créant une section au sein de l’association des usagers du centre social « les fées déclic ».

Globalement, les personnes du groupe ont évolué de manière significative que ce soit dans l’approche et la conduite de leur vie quotidienne, ou dans la capacité à s’organiser. Elles peuvent maintenant, faire des choix, les assumer et les argumenter. Les participantes, grâce à l’accompagnement de l’animatrice sociale, prennent part à la gouvernance du projet en s’intéressant à son fonctionnement, au budget et en prenant des initiatives. Beaucoup de participantes ont la volonté de rendre un peu de l’aide qu’elles reçoivent en s’investissant dans la dynamique de leur quartier. Elles participent à la mobilisation et au parrainage de nouvelles participantes ainsi qu’à la veille sociale en gardant un œil vigilant sur le bien-être de leurs voisins de quartier et en signalant les éventuelles situations de détresse.

En 2014, les participantes ont créé un bulletin d’information "La fontaine aux infos", pour communiquer sur leurs actions. 

Toutefois, le groupe a besoin d’être soutenu, l’autonomie des personnes étant fragile et nécessitant des étayages fréquents.

 

Points à améliorer :
Les locaux, et le matériel (machines à coudre) dont disposent les fées déclics, sont aujourd’hui inadaptés. Pour développer cette action, il serait nécessaire d’aménager un local réservé à cette activité et d’acquérir du matériel professionnel (machines à coudre mieux adaptée à la couture sur des bâches).

Moyens

Les moyens humains :
1 animatrice sociale du centre social de Fontaine-d’Ouche (0.25 ETP),
- 3 professionnels vacataires (art thérapeute + naturopathe + artiste professionnel) pour l’encadrement d’ateliers,
- 1 couturière bénévole pour l’accompagnement des confections.

Le budget annuel s’élève à 16 500 euros

Les partenaires

Partenaires opérationnels

  • SNCF
  • IKEA

Ils financent l'action

  • Ville de Dijon (CUCS) : 1 000 euros
  • Carsat : 2 000 euros

Les observations du CCAS/CIAS

C’est une action innovante à plusieurs titres :

1/ une approche sociale innovante : Tout est mis en œuvre pour faciliter les démarches de personnes totalement repliées sur elles mêmes et très isolées.

 > l’animatrice va au devant des personnes isolées dans le quartier.

 > l’accès à l’atelier est très souple.

 > Les rencontres se déroulent dans un lieu neutre, banalisé et discret (appartement au sein d’un immeuble) ce qui facilite la démarche.

 > l’animatrice soutient en permanence les démarches individuelles (relance téléphonique lorsqu’une personne ne vient plus, accompagnement vers les travailleurs sociaux si nécessaire etc...).

 

2/ une approche de développement durable :

Les banderolles publicitaires étaient jusque là détruites. Leur recyclage à travers la fabrication d’objets usuels contribue à la protection de l’environnement (on limite la production de déchets) et se traduit par la création d’objets utiles et esthétiques (qui suscitent beaucoup d’engouement).

 

3/ une action qui favorise la promotion des personnes :

Au plan individuel, les personnes arrivent dans le groupe en étant très désocialisées et avec une image très dégradée d’elles mêmes. Grâce aux ateliers d’expression , de relaxation, et grâce à la dynamique du groupe, elles reprennent confiance en elles-même. Les réalisations du groupe valorisent les personnes. L’accès à des fonctions de représentation, telles que la participation aux commissions de quartier traduit un véritable parcours de promotion sociale. L’intérêt porté à ces réalisations, par la SNCF et IKEA, est extrêmement valorisant pour le groupe et prometteur en terme de développement potentiel.

Cette action touche un nombre limité de personnes (une trentaine) mais son impact en terme de parcours individuel et de mieux être est très important à l’échelle de chaque personne concernée.

 

4/ une démarche qui permet de développer les liens sociaux et la solidarité dans le quartier :

Cette action contribue à redonner une place dans le quartier à des personnes jusque là très isolées.

En outre, ce groupe particulièrement concerné par les problèmes d’isolement et de précarité, est à l’origine de nombreuses actions créatrices de liens sociaux et de solidarité (moments conviviaux, aides aux loisirs pour les familles démunies, entraides etc...)

Photo : Wikimedia Commons / François de Dijon

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