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Fiche d'expérience

Ateliers chansons et rencontres

Ateliers chansons et rencontres

Dans le cadre de la journée de la femme de mars 2010, le CCAS de Frontignan a proposé de mener en amont de cette manifestation, de janvier à mars 2010, des ateliers sur la chanson française avec un groupe de femmes repérées et orientées par le service social.

A l’issue des 10 ateliers, une soirée, programmée le 12 mars, devait permettre de présenter le travail du groupe et d’évaluer la pertinence de l’action face à l’objectif final visé : déclencher un déclic vers l’insertion. La deuxième partie de cette soirée laissait place au spectacle intitulé « Ouvre la fenêtre ! » mis en scène par les deux intervenantes qui ont conduit les ateliers.

Contexte

Le CCAS de Frontignan, a fait le constat que l’insertion sociale et professionnelle de certains publics en particulier celle des femmes, s’accompagne de la levée d’un certain nombre de freins. Le pôle social du CCAS, dans le cadre de sa mission de suivi et d’accompagnement a en effet observé que l’élan vers l’insertion s’appui sur un travail de fond. Ceci le conduit, depuis quatre années consécutives, à mener une action de remobilisation sociale auprès de femmes en recherche d’insertion. Les actions s’appuient sur la perspective de la journée de la femme du 8 mars pour mettre en place, en amont de cet événement national, une dynamique collective vertueuse au travers d’ateliers d’expression novateurs d’une année à l’autre.
Le pôle social a observé que la réussite de ce type d’action tenait à trois principaux points clés :
- la durée de l’action permettant une réelle dynamique de mobilisation ;
- la mixité des publics ;
- la qualité des intervenants qui animent les ateliers.Ces ateliers visent des femmes d’origine, d’âge et de milieux différents en difficulté d’insertion sociale et ont pour objectifs principaux :
- de développer la confiance en soi ;
- d’améliorer l’image de soi par une valorisation dans le « faire » ;
- de s’extraire de son quotidien souvent très difficile pour créer du lien social ;
- de rompre l’isolement et provoquer des déclics personnels.

Le point d’orgue de toutes ces actions est la soirée organisée autour de la journée de la femme (8 mars) où les participantes sont mises à l’honneur en présentant leur travail, leur pièce de théâtre, un court métrage, des nouvelles, une exposition ou encore un concert.

En 2007, la première action innovante s’est organisée autour de 10 ateliers théâtre et danse sur une période de trois mois. Face au succès de cette première action tant en terme de mobilisation que d’impacts pour les femmes y ayant participées, le CCAS à remis en place ces ateliers les années suivantes. L’évaluation de cette première édition a fait émerger le fait que l’outil était très adapté à un public fragilisé en recherche de valorisation, mais également la nécessité de les mettre en place sur des périodes plus longues.
En 2008, le support était identique à celui de 2007 : théâtre, danse et court métrage, sur une période de six mois, afin de pérenniser des pratiques artistiques et culturelles et permettre d’ancrer des mécanismes de valorisation de soi.
En 2009 ces ateliers portaient sur l’écriture, avec la création de nouvelles par un groupe de femmes et de lycéennes accompagnées par Danielle, Letellier, auteur de scénarii, de films documentaires pour la télévision. Ces nouvelles, tranche de vie de chacune des participantes, ont été mises en scène et chantées lors d’une soirée au centre culturel de la ville. L’originalité et la qualité des écrits a conduit le CCAS à valoriser cette « mémoire » par un vernissage au sein du Musée de Frontignan où textes, visages et témoignages des participantes étaient exposées. Ces ateliers devaient favoriser le plaisir d’écrire, libérer son esprit créatif mais aussi créer des échanges dans le groupe et hors du groupe.
L’édition 2010 de cette manifestation proposait des ateliers chansons.

Description / Fonctionnement de l'action

Repérage des participantes

Les équipes du pôle social ont repéré des femmes, dont il apparaissait que le mal être et la mauvaise image de soi ainsi que l’isolement freinaient l’insertion sociale. Il a été choisi de donner la priorité à la qualité de l’action et non sur la quantité de personnes à intégrer. Cette action se veut intimiste (6 personnes l’ont suivie) au départ afin de favoriser le développement de la confiance et permettre aux personnes de dépasser leurs appréhensions.

La référente de l’action en lien avec les travailleurs sociaux du CCAS a mis en place un travail de repérage d’éventuelles participantes. Les premiers contacts sont téléphoniques, rappelant le contenu de l’action et la possibilité d’y accéder. Chaque année, le travail de mobilisation est considérable, beaucoup d’appels téléphoniques sont passés, des engagements sont pris en début d’action. Des abandons en cours d’action apparaissent et se justifient par le fait que le public visé est très fragilisé, avec des problématiques sociales très lourdes. Dans la plupart des cas, il a été nécessaire de les valoriser et les mettre en confiance afin de lever leurs premières réticences. Après acceptation de l’action, un courrier a été envoyé à chaque femme afin de leur donner le planning des ateliers. L’envoi d’un courrier peut être valorisant, ce n’est pas une convocation, c’est une invitation à participer à quelque chose de riche, de collectif, de qualité sans contraintes financières notamment. Au total, 25 personnes ont été sollicitées, 15 ont démarré l’action et 6 ont suivi l’action de manière assidue.

Une fois le groupe mobilisé, le projet, autour des chansons de femmes et de l’interprétation, a permis la découverte des chansons du répertoire de Michèle Bernard, auteur, compositeur, interprète et accordéoniste, en résidence au Domaine d’O à Montpellier en 2010. Une rencontre avec l’artiste ainsi que la possibilité, pour le groupe, de voir l’un de ses concert, devait alimenter les ateliers en parfaite cohérence avec le projet. Cette rencontre à Montpellier, en soirée eût lieu le 17 mars 2010.

Objectifs des ateliers

  • Oser chanter, seul ou à plusieurs ;
  • Chanter une chanson par cœur (textes, musique, interprétation) ;
  • Jouer et s’amuser avec sa voix ;
  • Trouver et chanter des chansons qui parlent de femmes ;
  • Rechercher plutôt l’humour, la légèreté, la gaîté, même pour parler de sujets difficiles.

Organisation et déroulement

Les 10 séances, prenant en compte les attentes et la demande du groupe se sont déroulées comme suit : jeux d’éveil vocal, de rythme et jeux de théâtre pour commencer. Puis, au fur et à mesure des séances, les deux intervenantes ont orienté leur travail sur l’interprétation. Les ateliers se sont articulés autour de l’alternance de travail collectif, de temps d’apprentissage de chansons, de travail individuel et enfin de temps d’écoute.

A partir de chansons traditionnelles en canon ou polyphonies, les intervenantes ont fait appel à la mémoire des stagiaires : chansons de leur enfance, chansons de leurs parents ou grand parents, chansons pour leurs enfants, chansons qui ont marqué leur vie d’adulte. La richesse des chansons est infinie chaque personne étant originaire d’un pays ou d’une région différente. Les intervenantes ont aidé les stagiaires à retrouver des chansons (ou petits bouts) issues de leur mémoire individuelle ou collective.

Avant chaque séance, le matin, toutes les personnes étaient appelées afin qu’elles n’oublient pas le rendez-vous, mais très rapidement, les appels n’étaient plus nécessaire, le rythme était intégré dans l’emploi du temps de chacune d’elles. La référente CCAS de l’action accueillait les participantes au début de chaque séance afin de conserver le lien et de recueillir d’éventuelles demandes particulières. L’évaluation a été menée tout au long des ateliers par le biais des intervenantes ainsi qu’à la fin de l’action par la référente. A moyen et long terme, la mesure de l’impact de l’action sur les femmes a été mené par les travailleurs sociaux. Une présentation du bilan de l’action au sein du groupe cohésion sociale de la ville a montré la satisfaction des élus au niveau de la qualité du spectacle et de l’intérêt du public au vu du nombre de spectateurs lors du concert.

Bilan

Le public concerné est difficilement mobilisable (problématiques évoquées plus haut). Le CCAS a contacté un grand nombre de femmes, qu’il fallait convaincre d’accepter des actions où elles puissent être exposées, en groupe. Souvent, elles ne se sentaient pas capables de franchir ce pas, elles pensaient qu’il fallait avoir un pré-requis pour y accéder. Sur 25 personnes appelées, 15 ont commencé, 6 ont suivi l’action.
Une fois le groupe mobilisé, l’action, victime de son succès est apparue comme étant trop courte dans le temps. Les participantes auraient souhaité continuer sur une période de six mois ou une année.
Toutes les femmes sollicitées n’ont pas participé à l’action, cependant, le fait de les avoir contactées pour une participation éventuelle, les a valorisées, leur montrant l’intérêt et la confiance que nous pouvions avoir à leur égard.
Aucun pré-requis n’était nécessaire pour suivre cette action. Cela a permis d’éviter de remettre certaines femmes en position d’échec ou en difficulté par rapport à la langue, à l’écriture ou la lecture. Toutes les qualités des unes et des autres étaient valorisées. La remise d’un CD audio en fin d’action leur a permis d’avoir un enregistrement de leur prestation vocale, et de un souvenir concret de l’action.
A l’unanimité, toutes les femmes parlent d’une reprise de confiance en soi ; elles ont brisé la solitude quotidienne qui les entouraient, pris plaisir à faire quelque chose, à s’exprimer dans le collectif. Tout cela a généré de la solidarité par de l’entraide, du lien social qui perdure encore après l’action par le biais de sorties communes et d’accès à la culture.
Les participantes souhaitent continuer cette action, pour la plupart autour du chant mais aussi du théâtre. D’autres nous parlent d’envie de créer de leurs mains, mais aussi de reprendre une activité professionnelle. L’une des participantes, en démarche de création autonome d’activité, a pu prendre du recul grâce à cette action et concrétiser son objectif en recadrant son projet professionnel. Une autre a aussitôt retrouvé un emploi dans son domaine d’activité. Dans un contexte de conflit conjugal, une personne lourdement handicapée, a réussi à entamer une procédure de divorce et à accéder à un logement autonome. Par ailleurs, la référente du CCAS s’applique à leur apporter des informations sur la vie associative locale, sur les possibilités d’actions culturelles. D’autre part, grâce à un site partenaire, le CCAS peut proposer tout au long de l’année des sorties culturelles gratuites.

Moyens

Les moyens humains : 
- 1 agent du CCAS de Frontignan, chargé du repérage, du lien et de la coordination ;
- 2 intervenantes de l’association Mangeclous chargées de animation des ateliers, de la préparation de la soirée de clôture et du spectacle.

Moyens matériels :
- mise à disposition par la commune d’une salle pour le déroulement des ateliers ;
- ouverture et mise à disposition du centre culturel François Villon de la ville pour la soirée de clôture ;
- photo du spectacle remise à chaque participante avec un mot de la vice-présidente du CCAS.

Autres moyens :
- apéritif de convivialité offert par la commune de Frontignan ;
- mise à disposition de salles communale.

Budget : 2 900 euros.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Ce projet pour lequel il était souhaité la plus grande transversalité a été porté par le groupe « cohésion sociale de la ville » et fût fortement soutenu par les élus. Ceci a permis la mobilisation d’un certain nombre d’acteurs :
- le service culturel par le prêt de salles et la mise à disposition d’une logistique de qualité pour le concert du 12 mars ;
- le service jeunesse qui a mené un travail autour de la journée de la femme.
Il s’agissait d’un projet avec des adolescentes issues de ZUS autour de photos prises sur le marché avec des paroles de femmes de tous âges. Ces photos ont été exposées dans le hall de l’espace culturel avec un vernissage le 12 mars 2010.
- le service communication de la Ville : réalisation des affiches de la journée, information au sein de l’agenda ;
- l’association « Cultures du cœur Languedoc Roussillon » avec lequel nous avons signé une charte afin de proposer des sorties gratuites aux personnes ayant des minima sociaux ;
- Femmes en Languedoc Roussillon – association locale qui a pour but de soutenir des personnes en difficulté en favorisant l’insertion sociale et professionnelle – anime un atelier « image de soi » dans lequel il s’est formée une chorale amateur. Cette association s’est associée à la soirée de clôture du CCAS du 12 mars 2010 en interprétant trois chansons sur le thème de la femme.

Ils financent l'action

Aucun.

Les observations du CCAS/CIAS

Cette expérience permet un changement, un passage de « je suis une personne en demande d’aide » à « je peux être actrice et apporter mon savoir être et savoir faire ». La référente de l’action constate que les personnes sont en confiance et reviennent vers elle pour accéder à des sorties culturelles diverses. Elle est donc repérée comme une personne ressources avec laquelle il est possible d’échanger différemment par rapport au travailleur social. Le CCAS devient ainsi pour les personnes un lieu qui ne se limite pas à répondre aux difficultés rencontrées. C’est également un espace qui permet l’accès à la culture : la musique, le chant, le théâtre, etc. Cela valorise l’estime de soi et relance une dynamique positive globale.

Photo : Wikimedia Commons / Fagairolles 34

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