J'ai compris, mais plus tard...

Le programme AEF s’est inscrit depuis quelques années au CCAS de Manosque afin de répondre plus spécifiquement aux besoins des bénéficiaires. Dans le cadre de ce travail les actions sont orientées et employées sur l’individu en prenant en compte la situation de la personne dans sa globalité, en incluant son environnement familial au travers d’une relation nouée avec lui et en créant du lien social.

Principaux objectifs

Objectifs généraux :

  • Rompre l’isolement
  • Développer le lien social entre la population du programme AEF et la société d’accueil
  • Favoriser l’autonomie des familles issues de l’immigration
  • Favoriser l’intégration sociale et socio-professionnelle des familles

Objectifs intermédiaires :

  • Permettre par le biais d’activités adaptées de créer des liens sociaux entre les bénéficiaires
  • Favoriser l’estime de soi et la maîtrise de la langue française, comprendre et se faire comprendre.
  • Favoriser une meilleure connaissance des droits et une meilleure approche des services.

Public(s) Ciblé(s) par l'action

Initialement prévu pour les femmes, le programme a évolué, il est ouvert à tous qu’il s’agisse, de primo-arrivants ou d’étrangers installés depuis quelques années en France, de français issus ou non de l’immigration qui rencontrent des difficultés dans leur insertion sociale et professionnelle.

Contexte

Suite à un phénomène de communautarisme qui s’est développé, sur le territoire de Manosque, et un processus d’exclusion, le CCAS a souhaité réfléchir à la problématique des personnes issues de l’immigration. Un diagnostic a confirmé un isolement important, une approche parfois insuffisante au niveau de la santé, une régression, des difficultés familiales et scolaires, du chômage ou des situations financières précaires. Au terme de cette réflexion, les convictions du CCAS de Manosque étaient les suivantes : les quartiers doivent être réappropriés rapidement, les personnes issues de l’immigration sont volontaires et elles peuvent faire avancer la famille à condition que leur propre intégration soit réussie et accompagnée.

Description / Fonctionnement de l'action

L’AEF part des besoins des usagers pour créer des actions. C’est une démarche participative avec des ateliers mixtes.

ATELIERS SOCIAUX LINGUISTIQUES

La langue française est un enjeu majeur de cohésion sociale en tant que la langue de l’intégration sociale. C’est par la connaissance et la maîtrise de la langue que tous les citoyens parviennent à s’intégrer à la vie sociale, tout particulièrement au monde du travail. C’est aussi par la maîtrise du français que passe la connaissance de la société française et la familiarisation avec ses valeurs essentielles et sa culture.

Objectifs :

  • Apporter aux personnes issues de l’immigration, les moyens d’être citoyen
  • Lutter contre l’isolement, créer un espace d’ouverture sur le monde extérieur
  • Favoriser l’autonomie et leur intégration.
  • Pour les femmes ayant des enfants, leur permettre d’aider les enfants à lire/écrire et pouvoir suivre leur scolarité

Actions :

  • Mise en place de "cours" de français (conversation et lecture) : 4 cours de 2h par semaine sur 4 sites prioritaires
  • Intervention d’un professeur de langue FLE et de bénévoles actifs dans le cadre du soutien scolaire
  • Analyse de pratiques des agents du CCAS : intervention d’un psychologue

ANIMATIONS : INSERTION SOCIALE

Le CCAS organise des animations, des ateliers pour favoriser le lien social et renforcer les cours de français, l’expression orale et inciter à une ouverture sur l’extérieur. Les bénéficiaires sont très isolés et repliés. Certains ne sortent même pas pour accompagner leurs enfants à l’école ni pour les surveiller à l’extérieur. Ils aspirent à des contacts, à se retrouver pour échanger, à plus d’autonomie, à être en capacité d’accompagner les enfants dans leur scolarité, à connaître leurs droits et les services administratifs.

Objectifs :

  • Favoriser les animations et les rencontres dans les quartiers en vue de tisser du lien entre les bénéficiaires et la société française
  • Favoriser une vie sociale et citoyenne par une meilleure connaissance de la ville, ses services, ses richesses
  • Donner les moyens de sortir de cet isolement et de ce repli communautaire tout en ayant accès à des informations et aux loisirs

Actions :

  • Organisation de sorties donnant accès à la culture et aux loisirs (en partenariat avec service jeunesse de la ville, service prévention, bailleur social). Kermesses, cinéma débat autour de thèmes choisis, théâtre, festival de la ville, visite des équipements culturels (médiathèque, Centre Giono, MJC, Centre Carzou) ou encore des sorties pédagogiques aux marchés
  • Atelier santé avec le Comité départemental d’éducation pour la santé. Y sont abordés des sujets de prévention santé : la vaccination, le sommeil, l’hygiène alimentaire, la contraception...
  • Orientation des femmes vers d’autres partenaires ou services 

PARTICIPATION DES PARTENAIRES ASSOCIATIFS

Mobiliser les partenaires pour des interventions ciblées et complémentaires auprès de ce public.

Objectifs :

  • Animer les quartiers, gagner la confiance des habitants, être repéré pour ensuite orienter la population vers les structures de droit commun
  • Travailler en partenariat sur les thématiques précitées, mais aussi dans la complémentarité en vue d’une meilleure connaissance par le public de leurs droits, de la ville et de leurs rôles
  • Mise en place de partenariats étroits et de conventions avec : Conseil départemental, centre médico social, Creops, Cidff, Atpe, Addap, Affpp, atelier des ormeaux (atelier couture), MSA et la Mission locale

Actions :

  • Intervention des partenaires : dans les locaux sociaux des quartiers par la mise en place soit de permanences spécifiques soit d’actions adaptées à cette population et à ce contexte. Exemples : ateliers couture, pratique de l’informatique, gestion du budget, santé
  • Atelier cuisine autour de la thématique « parentalité ». Le but est de libérer la parole pour aborder la parentalité, le rôle et la place de chaque parent dans l’éducation des enfants, le rôle de la famille et d’apporter du lien. Cet atelier permet ainsi : de favoriser l’écoute et la confiance, de réfléchir sur la place de la mère ou du père et de l’enfant dans la famille, d’échanger sur leurs expériences, difficultés ou solutions et de se sentir entouré. Il s’agit également d’approfondir le vocabulaire, d’aborder tous les problèmes de la parentalité comme l’hygiène alimentaire auprès de leurs enfants et de trouver une aide.
  • Atelier scolarité collectif sur l’école française : organisation, rôle, réglementation. Il s’agit d’expliquer le rôle de l’école, son importance et aborder les thèmes tels que l’absentéisme, la violence, la toxicomanie, les relations avec les enseignants...
  • Accès aux droits : permanence juridique avec rendez-vous personnels. Ateliers collectifs sur les droits des femmes et la violence conjugale avec support pédagogique
  • Atelier couture favorisant l’insertion sociale et/ou professionnelle, en valorisant leur savoir faire. Cet atelier est un « SAS » avant le chantier d’insertion
  • Orientation du public vers des partenaires adaptés selon le besoin

ATELIER REMISE EN FORME

C’est suite à un besoin que le parcours de remise en forme a été developpé au CCAS. La liaison entre sport et santé est un lien qu’il est primordial de mettre en avant avec le public.

Objectif :

  • Adaptés à chacun, les cours, ne sont pas voués a faire d’eux des sportifs de haut niveau. l’objectif est qu’ils comprennent l’importance de rester en mouvement, de sortir et de mouvoir son corps.
  • Comprendre l’utilité de la remise en forme et de ses conséquences sur la santé
  • Avoir une approche plus approfondie de la santé et son corps
  • Apprendre à connaitre son corps et ses besoins

Actions :

  • Prendre des rendez-vous chez le médecin. Le but étant de savoir si la personne est apte à pratiquer un sport mais aussi de faire un compte rendu sur sa santé et les marches à suivre. Les bénéficiaires sont souvent confrontés à des problèmes d’obésités et/ou de manque d’activités quotidiennes, le CCAS de Manosque a donc jugé essentiel l’avis d’un médecin pour en rendre compte.
  • Cours de remise en forme dans la salle polyvalente d’une école. Les cours sont ouvert à tous.
  • Apprentissage des bons et mauvais mouvement et écoute du corps

ATELIER NUMÉRIQUE

Cet atelier est plutôt visé par les personnes avancées au niveau de la langue française mais tout le monde peut y participer. Toujours dans la dynamique de l’AEF, cet atelier est adapté selon les besoins et chacun peut y trouver ce qu’il recherche. Les ateliers sont encadrés par une personne du CCAS mais il reste très libre.

Objectifs :

  • Apprentissage de l’outil numérique par un formateur. Une démarche dans l’actualité et qui vise à donner une approche des outils qui sont de plus en plus utilisé. C’est permettre l’accès à des outils contemporains
  • Favoriser le lien entre personnels et bénéficiaires
  • Permettre à la personne de ne pas se sentir isolée de sa famille vivant à l’étranger et de garder un lien avec sa langue natale
  • Accès aux loisirs et faciliter la vie quotidienne

Actions :

  • Apprentissage de l’outil informatique (Pack Office, rédaction de mail, écriture de texte...)
  • Aide à l’utilisation de l’outil informatique : il peut arriver que le bénéficiaire ait besoin de contacter sa famille par vidéo-téléphonie ou encore de faire un achat sur internet.

Le CCAS de Manosque organise une clôture d’année en juin, avec une remise de diplôme. L’objectif est de favoriser l’estime de soi et de mettre en avant l’évolution des personnes bénéficiaires.

Bilan

Ce projet met l’accent sur l’apprentissage et la maîtrise de la langue française utilisée dans tous les ateliers.

Lors des cours, l’apprentissage de la langue française permet aux bénéficiaires d’acquérir et d’élargir des compétences de savoir faire et savoir être.

Points positifs :

  • L’apprentissage de la langue française pratiqué dans tous les ateliers et animations permet de lutter contre l’isolement, de créer un espace d’ouverture sur le monde extérieur et par conséquent une ouverture progressive vers une intégration socio professionnelle et d’ouvrir progressivement le champ de vision des bénéficiaires sur le monde du travail.
  • Cette démarche est poursuivie dans les animations.
  • les inscriptions aux ateliers augmente au fil des années.
  • Les enfants sont moins isolés et peuvent davantage s’appuyer sur leur parent.
  • organisation de réunions 2 fois par an pour que les partenaires autour de cette action se rencontrent. -* Présence sur le terrain de la chargée de mission qui est garante de l’assiduité du public et peut sur des besoins particuliers orientées judicieusement les personnes.

Difficultés :

La plupart des usagers, avec des niveaux très hétéroclites, rencontrent des difficultés à s’exprimer, comprendre ou écrire la langue française, ce qui renforce leur isolement et leurs difficultés. Ils sont parfois illettrés dans leur propre langue. Venir aux cours de français leurs permet de faire de nouvelles rencontres.

Les partenaires

Partenaires opérationnels

Conseil Général (Centre Medico-social), ADDAP (Association de Défense des Droits et Accompagnement Parental), Mission Locale, CIDFF (Centre d’Information des Droits des Femmes et de la Famille), MSA (Mutuelle Sociale Agricole), °ATPE (Aide au Travail Personnel de l’Enfant), AFPP (Association Formation Parentalité Provence) et le service jeunesse et service politique de la ville de Manosque.

Ils financent l'action

  • Ville de Manosque
  • Etat
  • Région
  • CAF
  • MSA

Les outils pour évaluer l'action

  • Contrat d’engagement signé par tous les participants
  • Orientation vers les formations de droit commun : 9 orientations
  • L’évolution des parents sur le champ de la maîtrise des compétences de base : bilan établi par les formateurs en fin d’année scolaire (cf annexes)
  • Mise en place de tests en français en début d’année scolaire
  • Fiches de présence
  • La relation parents-enfants : bilan établi par l’AFPP en fin d’année scolaire
  • Bilans d’évaluation à l’oral lors du cours de français et suite aux animations : témoignages

Les observations du CCAS/CIAS

Les actions du projet, notamment par les animations et ateliers, sont liées aux différents actes de la vie : organisation sociale, vie quotidienne… Preuve est faite que le lien social créé permet de stigmatiser les mauvais comportements et de les prévenir. Il en résulte de nouvelles consciences sociales propices aux changements de comportement et à l’amélioration des conditions de vie des populations. Ce projet a des effets positifs sur les possibilités d’intégration du public :

  • L’éducation des enfants : améliorer par une meilleure approche de la langue l’encadrement des enfants et les relations avec l’école.
  • Logement : améliorer les relations avec le bailleur social qui participe au projet : entretien de l’habitat respect du voisinage, lutte contre les incivilités (parties communes).
  • Amélioration de la vie quotidienne : prévention santé et accès aux droits.

Ce projet est médiatisé, subventionné par la ville au regard des objectifs du mieux vivre ensemble et de l’intégration. Il apporte un nouveau regard sur les différences culturelles de la ville. Il est « moteur du développement territorial », ce qui constitue un lien entre communautés et ouverture entre personnes issues de l’immigration et territoire. Il met en valeur l’ouverture du territoire à d’autres cultures et à leurs richesses, d’autres modes d’expression. Il est éducatif et aborde le vivre ensemble. Il débouche aussi sur la formation de l’accueil multiculturel et ethnologique des animateurs et travailleurs sociaux.

Cette expérience confirme la légitimité et la position centrale d’un CCAS comme animateur d’un réseau social sur un territoire donné et sur ce public.

Cette expérience confirme également une dynamique des partenaires institutionnels et associatifs coordonnée par le CCAS, appréciée par les financeurs et les politiques.

Photo : Wikimedia Commons / civodule

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