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Fiche d'expérience

Responsabilité et Solidarité Alimentaires à Bordeaux : les Relais Popote

Responsabilité et Solidarité Alimentaires à Bordeaux : les Relais (...)

Engagé dans une démarche d’animation et de coordination des acteurs de l’aide alimentaire, le CCAS de Bordeaux a proposé à ses partenaires de participer à un projet innovant basé sur la mutualisation des moyens. Le dispositif « Relais Popote » a pour but de développer une offre adaptée aux besoins des personnes les plus vulnérables n’ayant pas d’accès direct à un espace dédié à la cuisine, en activant le réseau associatif, par la mise à disposition d’espaces cuisine. Le secteur marchand est quant à lui mobilisé pour la récupération des invendus ou surplus

Cette action avait été présélectionnée par l’UNCCAS dans le cadre des Prix de l’Innovation Sociale Locale 2016.

Contexte

La ville de Bordeaux et son CCAS ont engagé depuis plusieurs années une démarche de réflexion et de construction d’actions avec les acteurs impliqués dans l’aide et la distribution alimentaire sur le territoire communal. Plusieurs constats ont alors émergé. Les dispositifs classiques d’aide alimentaire construits sur le principe de remise de denrées jouent leur rôle de soutien aux personnes en difficultés économiques et sociales, mais montrent des limites certaines du point de vue de l’évolution des besoins et des publics qui ont recours à ce type de propositions. Ces actions envisagées sous l’angle du simple apport de nourriture sont par ailleurs peu en lien avec les questions plus larges de santé, de développement durable, qui doivent pourtant traverser le domaine de l’aide alimentaire. La remise de denrées souffre ainsi de l’absence d’une intention pédagogique et d’une prise en compte des besoins spécifiques.

En parallèle de ce constat, il existe un potentiel sous-exploité en matière d’infrastructures car utilisées de manière épisodique. De plus, de nombreux produits alimentaires bruts ou préparés par diverses structures pourraient être récupérés et redistribués, ou réutilisés, mais ne le sont pas du fait d’un manque de coordination et de disponibilité des associations.

Dans une logique de diversification de l’offre d’aide alimentaire pour mieux prendre en compte les besoins des plus vulnérables et leur permettre de retrouver une part d’autonomie, le CCAS de Bordeaux a proposé à ses partenaires de s’engager dans un projet simple et innovant basé sur la mutualisation de moyens. Il consiste à mettre à disposition de ce public des espaces-cuisines existants et non utilisés à temps plein, afin de leur offrir la possibilité de préparer des repas. Il vise par ailleurs à mobiliser le secteur marchand et celui de la production sur la lutte contre le gaspillage en activant un réseau de récupération des invendus et des surplus.

Enfin, ce projet trouve place dans la circulaire interministérielle du 20 février 2015, rédigée dans le cadre du plan national de réduction des nuitées hôtelières, qui fixe comme objectif prioritaire d’« améliorer la qualité et l’accessibilité à l’alimentation » pour les publics logés en hôtel.

Description

Finalité de l’action

Le projet ambitionne de renforcer le maillage territorial de lieux labélisés « Relais Popote » afin d’offrir des possibilités de préparer des repas à des familles ou personnes isolées n’en ayant pas les moyens matériels et financiers.

Il s’agit ainsi d’offrir un espace de répit, de restauration personnelle, propice aux relations familiales pour les personnes fréquentant les « Relais Popote » ». A terme, des animations, actions de sensibilisation doivent être construites impliquant des bénévoles, des habitants du quartier, des associations et autres acteurs de l’alimentation, la santé et du bien être.

Ces actions ont vocation à favoriser l’échange, la mixité sociale et la participation des bénéficiaires à la vie locale, mais aussi permettre un accompagnement plus global des publics sur les questions de nutrition, de santé, d’accès aux droits sous une forme moins conventionnelle que l’aide habituelle.

La dynamique « Relais Popote » vise parallèlement, à mobiliser le secteur marchand par la collecte des invendus et surplus des circuits courts non récupérées par la Banque Alimentaire. L’objectif sous-jacent à la lutte contre le gaspillage alimentaire, est de permettre aux bénéficiaires d’accéder à une alimentation variée, saine et de qualité. Le CCAS et la Ville de Bordeaux soutiennent ce volet de l’action avec le souhait de développer le bénévolat d’une part et d’envisager d’autre part la création d’emplois d’insertion.

Principaux objectifs

Accès aux droits et à l’alimentation, développer de nouvelles formes de lutte contre l’insécurité alimentaire :

Meilleure prise en compte des besoins et attentes des personnes fragilisées économiquement

 

  • Apporter des réponses satisfaisantes et adaptées à leurs problématiques.
  • Permettre à ces publics de retrouver leur autonomie, au moins dans la gestion de leur alimentation.
  • Réduire les accidents et tensions provoqués par "la cuisine sauvage" en hôtel.
  • Renforcer le bien-être et le lien social.
  • Appréhender la santé et l’alimentation dans son ensemble.
  • Permettre un point d’entrée vers un accompagnement plus global et sous une forme moins conventionnelle et "stricte" que l’aide habituelle.

Diversification sur le territoire communal de l’offre d’aide alimentaire

 

  • Mutualiser et optimiser les infrastructures collectives de préparation alimentaire (Mise à disposition d’espaces cuisine pour les personnes mal logées : 8 à 10 Relais Popote ouverts d’ici fin 2016).
  • Accueil du public : 100 personnes bénéficiaires la 1ère année / Objectif de 300 à 500 personnes dans les 3 prochaines années.
  • Renforcer le maillage territorial de lieux identifiés « Relais Popote ».

Mise en réseau des lieux de confection de repas et des ressources constituées par la récupération des invendus et surplus des circuits-courts

 

  • Identifier et mobiliser les ressources du secteur économique (Association de commerçants, ex "la ronde des quartiers", producteurs locaux, métiers de bouche, ex Centre de formation de la Chambre Consulaire du Commerce et de l’Artisanat).
  • Mise en place d’un système de collecte des denrées.
  • Lutte contre le gaspillage dans le secteur marchand (Diminuer les stocks de produits consommables jetés).
  • Diversification des réseaux d’aide alimentaire et valorisation des savoirs faires (agriculture raisonnée, jeunes en apprentissage des métiers de bouche, etc.).
  • Participation à la formation et à la création d’emplois.

Association des publics en grande précarité à une action adaptée à leur situation

 

  • Autonomie des bénéficiaires : gestion autonome des lieux (l’intervenant est un lien entre la structure d’accueil et les bénéficiaires, mais l’organisation interne, le nettoyage et l’occupation des lieux sont gérés par les familles. La création d’un comité technique est envisagée).
  • Participation au pilotage du projet : création d’un comité de pilotage incluant des représentants des familles bénéficiaires, des structures d’accueil et du CCAS.
  • Implication des bénéficiaires dans la gouvernance des projets : les usagers sont invités à participer au conseil consultatif régional des personnes accueillies animé par la FNARS pour contribuer au niveau régional à un renforcement de la participation aux processus décisionnels des personnes concernées par les situations de précarité et/ou de pauvreté.

Favoriser la mixité sociale

 

  • Générer des échanges et rencontres entre les populations de la structure d’accueil et les familles venant cuisiner sur certaines plages horaires (échanges culturelles, sociales, intergénérationnels…).
  • Développer des activités et animations autour de l’alimentation (pratiques culinaires, repas partagés, nutrition) ou d’autres sujets avec des jeunes en service civique, des bénévoles, des habitants du quartier.
  • Mobilisation citoyenne autour du gaspillage alimentaire.

Fonctionnement de l’action

  • Analyse et diagnostic à travers l’action de coordination de l’aide alimentaire menée par le CCAS avec les acteurs associatifs impliqués dans l’aide et la distribution alimentaire sur le territoire communal.
  • Définition des objectifs avec les différents partenaires institutionnels, associatifs, publics.
  • Inscription du projet dans le Contrat Local de Santé de la Ville de Bordeaux.
  • 6 « Relais Popote » fonctionnent aujourd’hui permettant d’accueillir deux à trois familles sur chaque structure du lundi au jeudi de 10h à 16h. Les différentes structures répondent aux besoins des familles, leurs permettant de venir cuisiner avec ou sans leurs enfants, rester manger ou emporter…
  • Rédaction d’un mode d’usage des Relais Popote traduit en Albanais, Russe, Arabe, Anglais à destination des familles. De nouvelles traductions sont à l’ordre du jour afin de s’adapter aux origines des familles accueillies.
  • Un chargé de développement social a été recruté par le CCAS afin de développer et coordonner le projet à plus grande échelle et permettre une gestion optimale du dispositif.
  • Labellisation du dispositif "Relais Popote", mise en place d’une charte d’adhésion à l’intention des différents acteurs.
  • Le projet est piloté par le CCAS de Bordeaux en lien avec le SIAO Urgence de Gironde et les structures accueillants les « Relais Popote ». Un comité de pilotage est constitué autour d’élus locaux, un représentant de la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt, un représentant de la Chambre de Commerce et d’Industrie, un représentant du secteur de la santé. Les partenaires associatifs qui orientent et accueillent les publics et les autres partenaires institutionnels et économiques impliqués dans l’action y seront aussi associés.
  • Un comité de suivi sera constitué avec des représentants des bénéficiaires, les partenaires associatifs, les structures d’accueil et le CCAS.
  • Mise en réseau des lieux de confection de repas et des ressources constituées par la récupération des invendus et surplus sur des circuits courts.
  • Identification des réseaux de distributions alimentaires de proximité.
  • Rencontres et mise en place de partenariats avec les acteurs économiques (Association de commerçants, ex "la ronde des quartiers", producteurs locaux, métiers de bouche, ex Centre de formation de la Chambre Consulaire du Commerce et de l’Artisanat)
  • Animation du réseau : développer des évènements, rencontres, actions de sensibilisation avec les habitants du quartier et structures locales.
  • Diversification des structures d’accueil et des circuits de récupération.
  • Mobilisation citoyenne sur la question de l’insécurité alimentaire, développement d’ateliers et d’actions de sensibilisation autour de l’alimentation.

Les outils pour évaluer l’action

Action 1 : Diversification l’offre d’aide alimentaire à destination des plus vulnérables sur le territoire communal

  • Nombre de structures labellisées « Relais Popote »
  • Nombre de familles/personnes accueillies
  • Volume horaire par « Relais Popote » et par semaine
  • Nombre de rencontres des comités de suivi
  • Mesure de la satisfaction des bénéficiaires (entretiens et grille d’analyse)
  • Nombre de structures d’accueil mobilisées
  • Nombre de partenaires « collecte » mobilisés

Action 2 : Mise en réseau des « Relais Popote » et des ressources constituées par la collecte des invendus et surplus alimentaires

  • Quantité de produits collectés issus des circuits courts et de l’agriculture raisonnée
  • Quantité de produits collectés issus des petites et moyennes surfaces
  • Nombre de points de collectes (boulangerie, primeurs, épiceries, etc.)
  • Nombre de partenaires associés (agriculteurs, coopératives, moyennes et petites surfaces, etc.)

Action 3 : Animation et mobilisation des publics

  • Compte-rendu des comités de suivi
  • Compte-rendu des temps de concertation traduisant la parole des bénéficiaires
  • Nombre d’ateliers réalisés
  • Nombre de bénévoles impliqués
  • Nombre d’initiatives portées par les bénéficiaires ou citoyens mises en place
  • Nombre d’actions associées aux « Relais Popote » (santé, accès aux droits, accompagnement social, lien social, etc.)

Moyens

Moyens humains

Au sein du CCAS de Bordeaux

 

  • Direction de l’Insertion du CCAS : appui technique et stratégique (0.25ETP)
  • Chargé de développement social : appui technique et coordination : (1ETP)
  • Trois médiateurs : animation des Relais Popote, accompagnement des publics accueillis et lien avec les structures d’accueil.

Au sein des structures partenaires

 
Un référent "Relais Popote" au SIAO / 115 pour l’information et l’orientation des familles (écoutant au 115, il oriente les familles qui pourraient en avoir besoin vers un « Relais Popote » à proximité du lieu d’hébergement).

Volonté d’implication de bénévoles au sein des structures et de France Bénévolat

 

Moyens matériels

  • Locaux mis à disposition par les structures partenaires
  • Equipement et mobilier de cuisine mis à disposition
  • Conception et réalisation d’un vélo triporteur à assistance électrique en partenariat avec Le Garage Moderne (garage associatif bordelais) pour la collecte des invendus auprès des commerces de proximité
  • Denrées périssables récoltées grâce à la mise en place de partenariat avec des commerces de proximité
  • Achat de consommables (sel, poivre, huile, épices, etc.) sur chaque Relais Popote
  • Achat de petit matériel et fournitures (Boites de conservation, ustensiles de cuisines, armoire de stockage au besoin…
  • Mobilisation de matériel divers pour les animations, mis à disposition par les structures d’accueil et/ou le CCAS de Bordeaux.

Bilan

Structures d’accueil

Un retour particulièrement positif des structures d’accueil qui ne repèrent pas de difficultés apportées par l’ouverture de leur cuisine à des personnes extérieures. La démarche est ressentie comme un apport en termes d’échanges et de contacts.

De nouveaux partenaires associatifs sont intéressés par ce dispositif et pourraient mettre à disposition de nouveaux espaces de cuisine. Il est cependant nécessaire qu’un intervenant soit présent pour sécuriser l’accueil des familles, notamment lors des premières fréquentations, et veiller à apporter une réponse aux besoins qui pourraient apparaître au fur et à mesure.

Dispositif

Des difficultés avaient été soulevées concernant l’information des familles qui pourraient bénéficier de ce dispositif. L’orientation se faisait uniquement par téléphone via le 115, ce qui rendait la démarche complexe (problème de la langue pour des familles arrivant de l’étranger, craintes diverses à se présenter seul sur ces lieux...).

Un travail de coordination a été fait avec les acteurs associatifs (PADA, CAIO, SIAO) et institutionnels (MDSI, Service Social CHU Bordeaux) afin de mettre en place des procédures d’orientations simplifiées. De plus, des visites dans les hôtels ont été organisées (en partenariat avec le CAIO) afin de rencontrer et d’informer les familles.

Bénéficiaires

Les différentes familles sont satisfaites du dispositif et reviennent chaque semaine de manière spontanée. De plus en plus de familles consomment leurs repas sur place ce qui prouvent qu’elles se sentent en confiance et qu’elles adhérent au projet. Une partie des familles ne vient que pour cuisiner et emportent sur leur lieu d’hébergement pour consommer les jours suivants.

Le dispositif leur a permis de reprendre des habitudes alimentaires abandonnées du fait des conditions d’existence précaires. Aucune difficulté de comportement n’a été relevée. Des demandes de leur part ont même été formulées concernant des actions et animations autour du partage de pratiques culinaires, de l’apprentissage du français et de sorties culturelles.

Perspectives et actions « annexes » en cours

  • Des activités autour de l’apprentissage du français via la cuisine et du quotidien sont réalisées par les Volontaires en Service Civique avec l’aide d’une formatrice « Français Langue Etrangère ».
  • Un projet de recueil de recettes est en cours d’écriture pour être proposé aux familles. Il s’agira de valorisation les savoir-faire et leurs histoires autour de la cuisine (début janvier 2017).
  • Au sein de certaines structures, les habitants du quartier, habitués à fréquenter les lieux, se mélangent aux familles accueillies dans les Relais Popote permettant pour les deux parties de rompre l’isolement et recréer du lien social.
  • Des activités culturelles, linguistiques et de loisirs vont être développés avec les Centres d’Animations accueillants des Relais Popote (début janvier 2017).

Estimation CCAS

Cette action peut être essaimée sur tous les territoires regroupant des personnes hébergées via les dispositifs d’urgence, en hôtel ou sur des lieux ne leur permettant pas de cuisiner, et des structures associatives ayant des espaces cuisine existants et non utilisés à temps plein. Il est toutefois nécessaire qu’une structure soit porteuse de l’action. Ainsi, de par sa position, le CCAS a cette vocation.

Afin d’en assurer la pérennité, il est nécessaire qu’en amont du dispositif, existe un lieu de concertation commun regroupant les différents acteurs de l’aide alimentaire. Ce lieu de réflexion et de coordination doit permettre de croiser les objectifs et volontés de chacun, faire évoluer les réponses en matière d’aide alimentaire et initier de nouvelles actions sur le territoire communal.

Principaux points de vigilance :

  • Multiplicité des partenaires à mobiliser : il est indispensable de prendre en compte les différentes attentes et contraintes pour parvenir à la mise en place d’un dispositif cohérent.
  • Participation des bénéficiaires : se donner les moyens de vérifier au fur et à mesure du développement du projet l’adéquation entre l’offre et la demande (enquête de satisfaction, représentation des bénéficiaires dans le comité de pilotage).

Photo : Wikimedia Commons / Patrick Despoix

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