J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

Prendre soin de soi en prenant soin de l’autre

Prendre soin de soi en prenant soin de l'autre

Le parcours de formation mis en place avec une psychomotricienne vise à donner des outils aux aides à domicile afin de réduire les risques psychosociaux et les troubles musculo-squelettiques en adoptant des postures et des savoir-être adaptés aux situations rencontrées à domicile. C’est aussi un moyen de transmettre ses acquis à d’autres agents, aux personnes aidées et à leur famille dans le cadre de la prévention de la perte d’autonomie.

Retrouvez cette action dans le guide UNCCAS La politique « Ressources Humaines » au cœur des organisations

Contexte

  • L’évaluation interne menée en 2012 a mis au coeur de la démarche le personnel qui a participé au partage des attentes des usagers et de ses propres attentes. Le recueil des éléments à améliorer le concernant a été décliné en plusieurs fiches actions. Ces dernières visaient notamment la qualité de vie au travail, la reconnaissance institutionnelle, la valorisation du métier d’aide à domicile et l’intégration dans le service. Les constats et les axes de travail ont constitué une première étape préfigurant le chemin à parcourir pour construire un programme d’amélioration dans un échéancier à court et moyen terme, en tenant compte des exigences réglementaires et des contraintes économiques.

Un premier travail en agissant sur des actions rapides, concertées, en interne ou en transversalité avec les services communaux a été mené en priorité. Puis la phase de concrétisation s’est construite chaque année en structurant les réponses pour une mise en cohérence entre les problématiques relevées et les réalités du moment.

C’est ainsi que le concept de « prendre soin » a émergé dans deux directions : des agents vers les personnes aidées comme du service vers ses agents.

  • L’état des lieux et l’anticipation des besoins futurs alimentent la réflexion sur les compétences à développer. Les projections de l’INSEE pour le territoire de Lescar annoncent une progression de près de 20% de la population de + de 60 ans d’ici 2020. Actuellement 38% des usagers du service ont plus de 85 ans et les interventions réalisées pour des situations de grande dépendance sont en augmentation. A cela s’ajoutent les situations complexes, de plus en plus nombreuses, où l’agent doit trouver le bon positionnement (troubles cognitifs, maltraitance, relation aidants-aidés…).

Ainsi l’existant apporte déjà des éléments concrets sur la technicité à acquérir, mais aussi la projection sur l’avenir et sur les situations que le service à domicile devra être en capacité de prendre en charge. elles imposent de former le personnel avec des outils modernes, adaptés, en innovant vers des démarches « à la carte ».

Par ailleurs, le CCAS a fait le choix d’inscrire dans le projet du service toute action participant à la prévention de la perte d’autonomie sur le territoire et à l’adaptation des réponses aux besoins des personnes âgées.

  • Le bilan social du CCAS fait apparaître un vieillissement du personnel intervenant à domicile (en 2014, une moyenne d’âge de 49 ans et 56% des agents sociaux de 50 ans). Cet état des lieux impacte les heures dites « non productives » par une augmentation des arrêts de travail liés à des troubles musculo squelettiques et une fragilité accrue face à la maladie. En outre, l’impact psychologique sur les agents des missions particulières vers des personnes en fin de vie ou présentant des handicaps importants augmente et se traduit par un besoin de soutien accru.
  • Le projet de service a notamment été axé sur la prévention des risques psycho-sociaux avec la construction d’un parcours de formation adapté aux besoins des aides à domicile qui vient en complément d’actions déjà mises en oeuvre par le service (modification de l’organisation et aménagement des plannings en conciliation avec les agents et les usagers et leurs habitudes de vie, intervention d’une psychologue, l’accès à des formations proposées par le CNFPT…).

Description

Objectifs

  • Acquérir et améliorer les techniques pour mobiliser les personnes aidées à domicile.
  • Prévenir l’usure professionnelle.
  • Prévenir l’aggravation de la dépendance des personnes vivant à domicile.
  • Favoriser la relation de confiance et de sécurité lors de l’accompagnement à domicile.
  • Renforcer la cohésion de l’équipe.

Fonctionnement

La préparation

 
Une rencontre préalable à la formation entre la responsable du CCAS et la formatrice psychomotricienne a porté sur les attentes par rapport à cette formation, les besoins et les problématiques de santé des agents. La définition des objectifs à atteindre a permis la construction d’un programme adapté en tenant compte des contraintes organisationnelles du service, du nombre d’agents mobilisables et du budget pouvant être consacré à cette action.

La capacité d’accueil des sessions étant au maximum de 18 stagiaires et le CCAS de Lescar ne pouvant libérer autant d’agents sur une après-midi, un rapprochement a été opéré avec le CCAS de Lons, commune voisine de Lescar et dont les caractéristiques sont similaires.

Le choix des stagiaires

 
Pour cette première formation, les stagiaires ont été choisis par l’équipe d’encadrement suivant des profils définis comme prioritaires et aussi des besoins et des axes d’amélioration résultant des évaluations annuelles :

  • la charge de travail hebdomadaire (un agent à temps plein) ;
  • des troubles musculo squelettiques à répétition (2 agents) ;
  • les missions confiées qui présentent des facteurs de risque (2 agents) ;
  • se reconnaître dans l’appartenance à un groupe, une équipe (2 agents) ;
  • poursuivre sa formation et enrichir ses acquis (1 agent en contrat d’avenir).

Planification retenue

 

  • Etape 1 : soirée de présentation à destination de l’ensemble des personnels des 2 CCAS concernés (encadrement et agents) participant ou non à la formation. Des élus du Conseil d’administration étaient également présents. L’objectif était de présenter la formatrice, d’expliquer le contenu de la formation, ses objectifs et d’illustrer par la mise en pratique quelques exercices simples.
  • Etape 2 : déroulement de 4 sessions auprès des participants sur les gestes favorisant lle respect des règles d’ergonomie.
  • Etape 3 : appropriation des techniques de mobilisation et transmission en réseau (2 sessions).
  • Etape 4 : validation des acquis à + 3 mois (quels changements ont eu lieu dans les gestes quotidiens, analyse des freins et des aides au changement, reprise de la gestuelle acquise).
  • Etape 5 : soirée de restitution pour clôturer la formation au cours de laquelle formateur et participants ont présenté le bilan de leur session aux encadrants, agents, élus et toute personne intéressée. Les agents formés ont été acteurs de cette réunion en s’exprimant sur le contenu, sur les apports et en présentant des exercices sur les postures ainsi que les bonnes pratiques envers les personnes aidées. Certains ont pu verbaliser le chemin parcouru et faire état de leurs difficultés.

Réalisation d’un livret

 
La transmission des savoirs a été imaginée par la réalisation d’un livret visant les professionnels, les personnes accompagnées et les aidants. Ce livret a été conçu sur la base de photos prises lors de la formation puis ordonnées par thématiques. Les photos ont été triées par les professionnels et leurs responsables lors de 2 réunions post-formation.

L’évaluation de l’action

 
Un questionnaire de satisfaction élaboré par les formatrices a été rempli par les participantes à l’issue de la formation. Le questionnaire se présente en 2 parties : une grille d’évaluation avec différents items et une cotation de 1 à 6 (satisfaction croissante) puis des questions et commentaires personnels.

Moyens

Quels bénéficiaires de la formation ?

  • 8 agents et une animatrice - du CCAS de Lescar, assurant le service de transport accompagné pour les animations, soit 176 h réparties sur les mois de septembre, octobre, décembre 2014 et mars 2015.
  • 2 agents sociaux pour le CCAS de Lons, soit 40 h pour la durée de la formation.

Quel coût ?

4 300 € pour 11 agents en formation (soit 391 €/agent) incluant :

  • 1 soirée de présentation à l’ensemble de l’équipe ;
  • 7 demi-journées de formation de 3 h mobilisant 2 formatrices ;
  • 1 soirée de restitution ;
  • la conception d’un livret ;
  • la mise à disposition de la salle et du matériel ;
  • les rencontres avec les responsables des CCAS pour la préparation.

3 002 € de coût salarial relatif aux heures mobilisées pour le CCAS de Lescar.

Bilan

Un bilan réalisé qui dépasse les attentes par :

  • l’implication des agents formés qui ont totalement adhéré à la démarche de leurs formatrices ;
  • une mise en pratique immédiate des compétences acquises : les agents ont gagné en assurance dans les transferts et gestes techniques ;
  • leur souhait de valoriser leurs acquis et d’en faire profiter des tiers ;
  • la reconnaissance institutionnelle que ces agents ont obtenu en démontrant leur professionnalisme ;
  • les usagers font la différence entre les pratiques des agents formés et ceux qui ne le sont pas encore. "Plusieurs personnes ont pu exprimer et relever des changements et des différences entre les gestes et pratiques des agents".

Paroles d’acteurs

« Un membre du Conseil d’administration a fait part de son admiration et du regard différent qu’elle porte maintenant sur ce métier ».

« On est presque arrivé à un stade où les personnes aidées deviennent des promoteurs de la formation auprès des agents encore non formés ».

Perspectives

  • Poursuivre et étendre la mutualisation des formations inter-CCAS : un 3ème CCAS a été intégré pour la session de 2016 amenant des échanges plus riches.
  • Intégrer les aidants : la soirée de restitution s’est déroulée en présence notamment de personnes aidées et de leur famille. Leur témoignage a apporté une reconnaissance supplémentaire aux agents.
  • Modifier le format des prochaines sessions : les agents formés pourraient devenir à leur tour les acteurs principaux de la future formation. La transmission de leurs savoirs conjuguée à l’expérience du terrain apporteraientt une reconnaissance supplémentaire de leur professionnalisme.
  • Renforcer la communication autour de l’action auprès de la population.
  • Adapter le contenu de la formation à d’autres professionnels.
  • Mettre en place 2 fois par semaine un cours de gymnastique d’entretien, fréquenté notamment par des aides à domicile sensibilisées à la nécessité de prendre soin de soi.

Estimation CCAS

  • Conjuguer bien-être au travail n des aides à domicile l’acquisition de techniques et de savoir-être facilitant l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie.
  • Impliquer les agents dans l’identification des besoins et la construction de l’action.
  • Elaborer un cahier des charges suffisamment exhaustif, définissant les attentes et les prérequis, pour arriver à trouver un prestataire en capacité d’y répondre.
  • Communiquer sur la démarche auprès du Conseil d’administration, voire l’impliquer.
  • Construire l’action en mutualisant avec d’autres services ou CCAS, source d’économies et d’enrichissement du groupe par des expériences différentes, des parcours variés.
  • Composer le groupe avec des agents expérimentés, comme débutants ; des aides à domicile détenant un diplôme et celles sans formation n’effectuant que de l’entretien : cette mixité favorise le partage, la reconnaissance professionnelle et renforce l’équipe.

Paroles d’acteurs

« Je pensais que je n’étais pas capable, j’ai découvert que je pouvais faire autre chose que du ménage ».

« J’ai compris l’intérêt de la communication et d’expliquer ce que l’on fait aux personnes aidées ».

« J’ai découvert mes collègues et les compétences que certaines ont ».

« Je réfléchis à ce que je peux mettre en place pour sécuriser mes interventions ».

Photo : Wikimedia Commons / Flo641

Retour en haut de page
}