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Plaidoyer pour une réponse sociale de proximité

Les réponses de Nathalie Arthaud

Plaidoyer pour une réponse sociale de proximité

Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière aux élections présidentielles 2017, répond aux propositions formulées par l’UNCCAS dans son Plaidoyer pour une réponse sociale de proximité.

J’ai pris connaissance avec beaucoup d’intérêt de votre document qui reflète dans chacun des chapitres la situation révoltante dans laquelle se trouvent des millions d’habitants de ce pays, en matière de revenus, de logement, de santé, de précarité d’existence… C’est cette situation que je dénonce tout au long de ma campagne et qui motive notre combat, au-delà de ces élections, pour changer un système économique qui permet à une toute petite partie de la société d’accumuler des richesses incommensurables et refuse de satisfaire les besoins les plus élémentaires de millions de personnes.

Je ne répondrai pas point par point à toutes vos questions, car je n’ai pas ni ne veux vous donner l’illusion de fournir un catalogue de solutions qui dépendraient du résultat de cette élection. Contrairement à tous ces candidats qui n’ont sans doute pas manqué de vous assurer qu’ils feraient tout pour remédier à ces maux et, pour ceux qui ont déjà été au pouvoir, ont continué à laisser les problèmes s’accumuler, sans rien résoudre. En effet, quinquennat après quinquennat, nous voyons imperturbablement le nombre de chômeurs s’accroître, le nombre de mal-logés aussi, le recul de l’accès aux soins nécessaires, le nombre de gens vivant en-dessous du seuil de pauvreté…

Comme je l’ai dit lors de mon allocution devant l’Association des Maires de France en mars dernier, je sais que les élus locaux, particulièrement dans les communes les plus populaires ou les plus petites, sont aux premières loges pour témoigner de cette progression de la misère sociale, et tenter d’y remédier au maximum. Et que les restrictions budgétaires que vous évoquez à plusieurs reprises, le désengagement des politiques publiques d’Etat, ne font que rendre cette tâche de plus en plus difficile, sans parler des complications nouvelles induites par la tendance de plus en plus marquée vers les regroupements de communes, qui éloignent encore plus les décideurs des aides sociales des personnes concernées.

Je relève avec intérêt votre remarque sur le non-recours aux aides sociales, que vous évaluez à 4 milliards, au rebours de toutes les propagandes réactionnaires dénonçant l’abus des « assistés ». Je note aussi et partage votre souci de participer à l’accueil des migrants, réfugiés, déboutés du droit d’asile, et de leur proposer un accueil digne et humain, là aussi pour pallier le désengagement ou plutôt le déni scandaleux du gouvernement sur ce problème, même si ce n’est hélas pas la politique de toutes les municipalités. Je partage votre dénonciation des mesquineries administratives qui privent de ressources des allocataires qui retrouvent un emploi même précaire, ou se voient réclamer des trop-perçus, insignifiants à l’échelle de la société (voir les fortunes qui se comptent en milliards, qui augmentent même de plusieurs milliards en un an, comme B Arnault !), mais qui peuvent être dramatiques au niveau d’une famille, surtout quand celle-ci est, comme c’est le cas pour une écrasante majorité des plus pauvres, composée d’une mère élevant seule ses enfants…

Ce système économique, même dans un des pays les plus riches de la planète, condamne à une existence indigne des millions de personnes, aussi bien parmi les plus jeunes (des dizaines de milliers d’enfants vivent dans des familles sous le seuil de pauvreté, 25 % des sans-domicile ont entre 18 et 29 ans …) ou parmi les retraités (comme vous le soulignez, 2200€ mensuels en moyenne pour être accueilli dans une maison de retraite à but lucratif, alors que la moyenne des retraites est, elle, de… 1200 €, sans parler de tous ceux et surtout celles qui ne peuvent survivre qu’avec le minimum vieillesse). La précarité se répand, l’embauche en CDD devient la règle, près de 6 millions de personnes sont privées d’emploi, un million de plus dans ce dernier quinquennat.

Il s’agit, pour moi, d’un constat de faillite de ce système capitaliste. D’autant que les caisses ne sont pas vides, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Ces milliards de profits des grandes entreprises du CAC 40, (76 milliards en 2016, l’équivalent du coût de la construction de 230 hôpitaux ou de 700 000 logements…) dont la majorité sont reversés en dividendes aux riches actionnaires, ces milliards d’aides aussi que les gouvernements octroient sans contrepartie, comme le CICE , dont le montant équivaut à celui de la création d’un million d’emplois, oui, les richesses existent, créées par le travail, et ce que j’affirme dans cette campagne c’est la nécessité de les reprendre à ceux qui les accaparent.

Comme vous le constatez vous-mêmes, le chômage de masse, qui touche près de 6 millions de personnes, entraîne toute la société dans la spirale de la pauvreté et de la démoralisation. C’est pourquoi j’affirme dans cette campagne qu’il faudra imposer l’interdiction des licenciements, à commencer par ces grands groupes qui font des bénéfices, afin que chacun ait un emploi ; il faudra imposer que pas un revenu (salaire ou pension) ne soit inférieur à 1800 €, le minimum pour vivre correctement aujourd’hui ; qu’il faudra imposer de mettre fin au secret des affaires. Toutes ces revendications du camp des travailleurs sont légitimes, mais seules des luttes massives pourront les arracher, c’est pourquoi je ne les présente pas comme mon programme électoral, mais comme des objectifs de combat.

Il est évident que la société d’aujourd’hui serait encore plus invivable pour tous les laissés-pour-compte du capitalisme, sans les soutiens apportés par les organismes, associatifs ou institutionnels, comme ceux dispensés par les CCAS, mais nous sommes certainement une écrasante majorité à penser qu’une société tout simplement humaine, au XXIème siècle, devrait être à même d’assurer à chacun un emploi et un revenu décent et ne parlerait de pauvreté et d’aides sociales que dans les livres d’histoire.

Nathalie Arthaud

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