J'ai compris, mais plus tard...
Fiche d'expérience

L’aide alimentaire comme levier global en faveur d’une insertion sociale et professionnelle, active et participative

L'aide alimentaire comme levier global en faveur d'une insertion (...)

Depuis 2013, le CCAS de Loon Plage anime une action globale, et partenariale, dont l’objectif est d’aider autrement des familles bénéficiaires de l’aide alimentaire tout en travaillant avec elles sur les axes santé / nutrition, équilibre budgétaire, remobilisation sociale, ouverture au monde et insertion professionnelle.

Cette action avait été présélectionnée par l’UNCCAS dans le cadre des Prix de l’Innovation Sociale Locale 2016.

Contexte

Le projet trouve son origine dans la politique municipale « circuits courts » initiée en 2010.

En 2013, le CCAS y a inclus un volet solidaire avec la création d’un « jardin de Cocagne » qui permet l’approvisionnement en légumes bio de la cuisine centrale, tout en favorisant l’insertion professionnelle et la mobilité intercommunale (des habitants de Loon Plage ont été recrutés en contrat aidé, par l’AFEJI pour travailler en dehors de territoire de la commune. A l’inverse, des habitants des communes périphériques viennent travailler sur le site de Loon Plage).

Description

Finalité de l’action

Développer de nouvelles pratiques d’aide alimentaire participatives et durables (santé, équilibre alimentaire, respect de l’environnement, transmission de savoir-faire, économie solidaire) et en faire un levier global d’insertion sociale et professionnelle.

Principaux objectifs

  • Rendre les publics bénéficiaires de l’aide alimentaire acteurs de l’aide dont ils bénéficient (et pas seulement consommateurs),
  • Faire de l’aide alimentaire un levier en faveur d’une insertion globale, active et participative,
  • Favoriser le développement des circuits courts sous l’angle de l’économie ET de la solidarité,
  • Promouvoir le « bien manger » pour favoriser le « bien-être ».

Fonctionnement de l’action

Le CCAS de Loon Plage mène depuis 2013 un projet commun avec Les Jardins de Cocagne de l’association « AFEJI » et le Centre Socio-Culturel de la commune. Son objectif est d’aider autrement des familles bénéficiaires de l’aide alimentaire délivrée par le CCAS, tout en travaillant avec elles sur les axes santé / nutrition / équilibre budgétaire.

Par cette action, 10 familles bénéficient toutes les semaines, contre un euro, d’un « panier solidaire » de légumes « bio », produits par des salariés en insertion de l’AFEJI, dans le cadre des « Jardins de Cocagne » (3 sites sur l’agglomération dunkerquoise, dont un à Loon Plage). Le reste à charge des paniers est financé par le CCAS et par le Réseau Cocagne.

En contrepartie, les bénéficiaires s’engagent à participer à un atelier cuisine hebdomadaire, animé par le Centre socio-culturel (CSC) (financé à cet égard par le CCAS). En amont de l’atelier, les usagers font les courses avec l’animatrice du CSC pour acheter les denrées complémentaires utiles à la confection d’un repas complet (plat et dessert ou goûter) avec lequel ils repartiront à l’issue de l’atelier. Ceci donne lieu à un vrai travail d’éducation budgétaire.

Depuis la mise en œuvre de cette action, les personnes accompagnées ne demandent plus d’aide alimentaire et se sentent valorisées auprès de leurs proches.

Au-delà des « paniers solidaires », la ville de Loon Plage a lancé il y plusieurs années une ambitieuse politique locale de développement des circuits courts. Un réseau de producteurs locaux (boucher, boulangers, agriculteurs, etc) a été tissé afin de fournir la cuisine centrale qui produit près de 500 repas par jour.

Le CCAS a proposé que soit créé sur la commune un site « jardins de Cocagne ». Ainsi, des légumes produits à Loon Plage (par des personnes en contrats aidés de la commune et des environs et salariés de l’association AFEJI) sont rachetés par la ville et transformés par la cuisine centrale. Ils entrent dans la confection des repas servis au restaurant scolaire, au foyer restaurant des personnes âgées ou livrés à domicile à ces dernières dans le cadre des services gérés par le CCAS.

Cette action se veut donc aussi un projet intercommunal influant sur la mobilité des demandeurs d’emploi et favorisant le développement des circuits courts.

L’aide alimentaire est utilisée comme un levier. Par son approche globale, elle démontre comment faire preuve de solidarité (aide alimentaire, lien social), tout en agissant en faveur l’insertion, du développement économique et de la santé. En ce sens, elle s’inscrit pleinement dans le champ de l’Economie Sociale et Solidaire.

Les outils pour évaluer l’action

Comité de pilotage avec le CSC et l’AFEJI, rencontre des bénéficiaires, organisation de visites et de repas / échanges entre les participantes de l’atelier cuisine et les jardiniers (salariés « Cocagne »).

Repas préparés au sein de l’atelier cuisine.

Moyens

Moyens humains

  • le Directeur du CCAS, initiateur du projet,
  • la référente « aide sociale », l’accompagnatrice sociale et le référent RSA , « chevilles ouvrières ».

ETP difficile à quantifier (temps diffus consacré toute l’année)

Budget / coût de l’opération

Le CCAS verse une subvention annuelle à une association, l’AFEJI, de 1 500 € ainsi une subvention annuelle au Centre Socio-culturel de Loon Plage (8 000 €) pour l’animation des ateliers cuisine et l’achat des denrées alimentaires « périphériques ».

Au lancement de l’opération globale (création d’un site Cocagne à Loon Plage), le CCAS a investi 40 000 € en infrastructures (création de la base de vie de l’AFEJI) et 20 000 € en fonctionnement (subvention à l’AFEJI pour l’achat de matériel et l’encadrement)

Bilan

  • Au-delà de nos espérances de départ, dès la mise en œuvre de l’action, les bénéficiaires n’ont plus sollicité d’aide alimentaire sous la forme de Tickets Services.
  • L’impact est très fort sur les cellules familiales (valorisation du rôle du parent par exemple).
  • Implication des personnes participantes à l’atelier cuisine dans la vie locale (par exemple, préparation de collations servies à l’occasion de vernissages d’expositions sur les circuits courts lors du mois de l’ESS ou le Royaume Uni, et présentées à la médiathèque de Loon Plage). Certaines s’inscrivent désormais dans une dynamique d’insertion professionnelle. L’effet « levier » de l’action « paniers solidaires » a joué à plein !
  • Vulgarisation et compréhension des enjeux environnementaux, économiques et sanitaires à travers l’exemple du développement de la filière « circuits courts ».
  • Remobilisation des publics masculins et féminins par le biais de diverses activités support (jardinage, inclusion de certaines personnes dans d’autres actions mixant insertion sociale, ouverture à l’autre et au territoire, culture, etc.). Concernant le jardinage, l’employeur est l’AFEJI et non la mairie. L’effet psychologique est très important.
  • Démarche intercommunale en faveur de l’insertion professionnelle (dynamique de mobilité géographique ET culturelle). Le fait que des personnes d’une commune soient employées en contrat aidé par une association (et non par les services municipaux) pour aller travailler sur le territoire d’une autre commune est une « mini » révolution. Cela envoie un signal fort à des publics bien souvent « captifs » de leur périmètre communal.

En ce qui concerne les participants à l’atelier cuisine, certains ont intégré le Projet intercommunal « voyage en terre inconnue » qui a permis à une vingtaine de familles de l’agglomération dunkerquoise de découvrir Londres après avoir travaillé un an sur différentes thématiques liées au Royaume Uni (Loon Plage est une « porte de l’Angleterre » du fait de la présence d’un terminal ferry qui est le point « d’accroche » des réfugiés / migrants du camp de Grande Synthe).

Ainsi, l’action du CCAS s’inscrit pleinement dans les enjeux locaux et internationaux, au-delà de la stricte action sociale (compréhension du monde, ouverture aux autres, etc). Le message envoyé à la population locale, dans un contexte électoralement « crispé » lors des élections régionales, se veut fort.

Estimation CCAS

A terme, l’enjeu et de favoriser l’essaimage de ces actions (« Paniers Solidaires » et « circuits courts pour la restauration collective ») sur le territoire de l’agglomération dunkerquoise (en lien avec les « états généraux de l’emploi local » qui ont mis en avant les circuits courts comme un axe de développement économique pour le territoire). Le potentiel est là. Il faut maintenant la volonté d’innover pour passer à une autre échelle, soutenir les acteurs concernés (AFEJI, centres sociaux, producteurs locaux) et structurer une filière économique.

Un conseil pour essaimer ? De la volonté et de la force de conviction !

Photo : Wikipedia

Retour en haut de page