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Grèce : à la découverte des dispositifs sociaux de l’Attique

Grèce : à la découverte des dispositifs sociaux de l'Attique

Dans le cadre du protocole de coopération signé entre l’UNCCAS et l’Union régionale des maires du Grand Attique (PEDA), une délégation de l’UNCCAS s’est rendue à Athènes du 8 au 11 septembre.

Les objectifs de cette mission étaient de :

  • conforter l’intérêt réciproque de l’UNCCAS et de PEDA,
  • travailler ensemble pour mieux connaître les problématiques rencontrées à l’échelon local et les solutions apportées au quotidien pour répondre aux besoins des citoyens en situation de vulnérabilité,
  • définir des pistes concrètes d’action pour les années à venir.

Des rencontres avec des élus de l’Union des Maires du Grand Attique, de la ville d’Athènes, et des municipalités de Néo Ionia et Anargyroi – Kamatero, ont permis aux membres de la délégation de mieux comprendre le contexte général en Grèce et les interventions des municipalités dans le domaine de l’action sociale.

Composition de la délégation :

  • Joëlle Martinaux, Présidente de le l’UNCCAS,
  • Freddy Grzeziczak, Vice-Président de l’UNCCAS,
  • Emilie Ivandekics, Présidente de l’Union départementale des CCAS du Val d’Oise (95), qui avait accueilli il y a quelques mois une délégation de PEDA.

La Grèce en chiffres clés

  • Population du pays : 10.955.000 en 2015 (recensement des nations unies)
  • Population à Athènes : 3.090.508 en 2011 (recensement des autorités de statistiques grecques)
  • 13 régions – périphéries
  • 51 nomes (équivalent des départements en France) et une région autonome
  • 325 municipalités
  • Dette publique : 176.9 % (Source Eurostat 2015)
  • Taux de chômage : 26,5 % en 2014/2015 dont 23.7% d’hommes et 30.2% de femmes
    (Source INSEE : chômage dans l’Union européenne en 2014)
  • SMIC mensuel : 684 euros en 2015
    (Source INSEE : salaire mensuel minimum et coût horaire de la main d’œuvre au sein de l’Union européenne en 2015)

Objectifs de la mission

Inscrite dans le protocole liant l’UNCCAS et PEDA pour une durée de quatre ans, la mission était destinée à renforcer le liens entre les deux organisations, mieux appréhender l’organisation des services sociaux en Grèce, appréhender les réponses fournies par les collectivités locales en matière de services sociaux dans une période difficile et envisager les pistes de coopération pour l’avenir.

Les visites et rencontres organisées par PEDA ont été riches d’enseignements. Les villes ont dès le début de la crise déployé des solutions pour répondre à l’urgence des besoins sociaux de leurs populations. La réforme de 2011 sur les fusions de communes, la disparition des préfectures ont lourdement pesé sur les budgets et compétences des collectivités locales (lire à ce sujet le numéro 8 de Social Spotlight).

Les réponses sont différentes selon la taille de la ville, son niveau d’urbanisation, sa population... mais quelques éléments clés ressortent de toutes les visites :

  • une volonté politique de venir en aide aux citoyens en situation de vulnérabilité,
  • une mobilisation citoyenne importante et encouragée par les villes, dans les services de solidarité, d’aide alimentaire, de collecte et distribution de dons,
  • des réseaux de médecins et pharmaciens bénévoles qui offrent des consultations ou médicaments gratuits,
  • une forte solidarité entre les générations liées aux traditions culturelles et cultuelles,
  • un engagement important des villes dans des projets européens destinés à améliorer le développement économique, l’emploi, les services sociaux mais aussi plus largement la qualité de vie urbaine, à traversdes programmes de développement durable.

Ces rencontres permettront dans les mois à venir la mise en place d’un programme d’actions autour des services sociaux locaux pour renforcer les coopérations entre villes et CCAS/CIAS, et faciliter les échanges d’expériences pour un apprentissage mutuel au service de l’action sociale locale.

Notre partenaire, l’Union des maires du Grand Attique (PEDA)

PEDA est composée de 66 municipalités urbaines et semi-urbaines. Elle concerne une population d’environ 4.5 millions de citoyens dont la plupart vivent à Athènes, sur la côte du Pirée et sur la côte de l’Attique. Le conseil d’administration de PEDA est composé de 25 membres. L’actuel président est Monsieur Nikolaos Sarantis, Maire de Ag. Anargyron-Kamaterou. PEDA a mis en place des commissions thématiques qui réunissent les élus locaux et les techniciens de l’organisation.

Son but est de faciliter le développement local et régional. Elle est membre de l’association des municipalités grecques, dont de nombreux membres ont participé à des projets européens dans les domaines suivants : social, économique, culture, environnement, recherche etc.

De gauche à droite : Nikolaos Sarantis et son interprète, Freddy Grzeziczak et Joëlle Martinaux

Athènes

Rencontre avec Maria Stratigaki, Ajointe à la solidarité sociale, au bien être et à l’égalité
et Amalia Zepou, Adjointe à la société civile et à la décentralisation locale

La municipalité d’Athènes met en place de nombreux services pour sa population.

Dans le domaine de la santé et de la prévention

Les soins de santé font partie intégrante de l’histoire et des traditions de la politique sociale locale. La création d’un réseau de santé et de services sociaux est en cours, devant permettre l’accès pour tous à ces services et la mise en place de services à destination de différents publics spécifiques : jeunes, femmes, personnes âgées, personnes sans-abri, personnes handicapées... Un système de guichet unique sera à ce titre proposé.

Cet ensemble de mesures est financé par l’Union européenne et l’Etat. Un numéro unique a été mis en place qui permet d’obtenir des informations ou de prendre rendez-vous...

Dans le domaine de la petite enfance et de la jeunesse

La ville d’Athènes prend en considération les jeunes avec un soin particulier car ils sont les citoyens de demain. Des actions sont menées pour les impliquer, exprimer leurs besoins et développer un sentiment d’appartenance de responsabilité vis-à-vis de leur ville. Des actions culturelles et sociales sont mises en œuvre afin de leur offrir une meilleure qualité de vie : activités physiques, intellectuelles, esthétique et participation à la vie sociale.

La ville pilote ainsi des écoles, des centres de petite enfance, des activités récréatives, des activités culturelles et sportives. Elle dispose de programmes pour les enfants avec des handicaps et les enfants victimes de violence.

Elle soutient par exemple la fondation Ark of World qui fournit des repas quotidiens aux enfants issus de familles monoparentales souffrant de difficultés sociales et financières graves ainsi que les enfants sans famille, qu’ils soient grecs ou migrants. La ville d’Athènes fait également des dons de nourriture et de vêtements, grâce aux fonds qu’elle récolte via un marathon.

Pour les femmes

Un bureau pour l’égalité des chances

Les femmes qui ont besoin de soutien peuvent s’adresser à un bureau pour l’égalité piloté par la ville d’Athènes. Ouvert aux femmes de toutes les nationalités, et en particulier celles qui font face à des problèmes de chômage, de revenus faibles, de violences conjugales... Le bureau réalise des recherches sur les problèmes rencontrés, encourage les initiatives des femmes et veille au respect des directives et règlements énoncés par l’Union européenne.

Exemples d’activités :

  • Séminaires d’éducation à l’égalité des genres, à la santé, à la prévention des abus, cours de grecs pour les migrantes...
  • Participation à des programmes européens dans les domaines de l’orientation et de la formation professionnelle. L’objectif étant de soutenir les femmes dans l’apprentissage de compétences tant sociales que professionnelles.

Des services pour les mères actives

La ville d’’Athènes soutient les mères actives en créant un nombre toujours croissant de centres de garde d’enfants qui combinent des services de haute qualité et à faible coût.

Un refuge pour femmes victimes de violences

Il s’agit d’un logement situé dans un bâtiment dont les coordonnées sont tenues confidentielles. Créé en 1993, il vient en aide à toutes les victimes de violences, grecques ou étrangères, quel que soit leur statut. Elles peuvent y résider, avec leurs enfants, de 20 jours à un mois. Le centre propose des entretiens personnels et examens médicaux...

Pour les seniors

La ville créée organise les activités spécifiques de soutien, des services de soin, et met en place des mesures pour renforcer leur confiance en eux-mêmes, leur autonomie, et leur participation à la société. Ainsi, Athènes ’implique dans le fonctionnement de clubs d’amitié pour agir contre la solitude. Un programme d’aide à domicile a pour but de soutenir les personnes âgées en perte d’autonomie.

Pour les migrants

Athènes aborde la question des migrants comme une réalité avec laquelle il faut composer, pouvant à terme avoir des conséquences positives pour la ville : en 2001, on recensait déjà 21% d’étrangers dans la population athénienne.

Un programme vise donc à renforcer l’intégration des migrants et leur coexistence harmonieuse avec les Grecs :

  • encouragement des migrants à s’impliquer dans la vie sociale (associations, etc.)
  • politique sociale, centre des services aux migrants, centres pluriculturels de garde d’enfants,
  • programmes éducatifs...

Publics fragiles

La ville propose également :

  • un bureau de soutien aux personnes handicapées (environ 1 millions en Grèce dont 35 % vivent dans la région Attique),
  • un refuge pour les sans-abri,
  • 4 centres de prévention contre les dépendances,
  • un programme de réinsertion sociale et de thérapie est en cours les utilisateurs dépendants.

Bénévolat

La ville soutient et encourage le bénévolat, comme choix de vie. A ce titre, sa collaboration avec les bénévoles se fonde sur la compréhension mutuelle et la confiance, dans un esprit d’équipe et de complémentarité : le bénévolat ne doit pas remplacer ou concurrencer les responsabilités de la municipalité, ou vice-versa.

Ont été mis en place :

  • une maison du bénévolat,
  • un programme « des volontaires pour Athènes »,
  • un programme de formation des bénévoles,
  • une banque du temps, récompensant les bénévoles sur base de leurs heures d’engagement,
  • un registre des volontaires et des associations,
  • un programme d’assurance pour les bénévoles
  • un encouragement des seniors à s’impliquer dans la vie locale,
  • un protocole de coopération avec les églises qui sont fortement impliquées dans la distribution d’aide aux populations vulnérables...

De gauche à droite, en face : Amalia Zepou, Maria Stratigaki, Joëlle Martinaux et son interprète, Freddy Grzeziczak

Nea Ionia

Néa Ionía (en grec : Νέα Ιωνία), ou Nouvelle-Ionie, est une ville de l’agglomération d’Athènes, à environ 7km de la capitale. Après le recensement de 2001, la population de la ville atteint 66 017 habitants pour une superficie de 4 421 km 2.

L’histoire de la ville de Nea Ionia est liée de longue date aux réfugiés qu’elle a pu accueillir, notamment dans les années 1920. Sa richesse était alors la fabrication de tapisseries et l’industrie textile. Malheureusement, après la guerre, la demande de tapisseries artisanales diminue fortement. Ne pouvant suivre l’évolution technologique, les usines ont fermé. Les fortunes commerciales, le chemin de fer (achevé en 1956), continuent de faire de la ville l’un des plus grands marchés de l’Attique. Aujourd’hui, elle souffre d’une congestion au niveau du trafic, d’une haute densité en bâtiments et d’un manque d’espaces verts et ouverts.

A Nea Ionia, l’UNCCAS a rencontré le maire, Iraklis Gotsis, également secrétaire de l’association des maires du Grand Attique. Un point a été fait sur les services sociaux proposés :

  • Un service d’aide à domicile,
  • Un KAPI, service spécifique s’adressant aux seniors, comprenant une pharmacie solidaire,
  • Une banque alimentaire gérée par des bénévoles qui fournissent des denrées aux plus vulnérables sous la forme de paquet alimentaires variant en fonction des arrivages et contenant les denrées de base de l’alimentation,
  • Un service de soutien financier pour les familles en difficultés : 30 euros par personne du foyer sont crédités sur un support carte bleue qui permet aux familles de faire leurs courses où elles les souhaitent sans être identifiées comme personnes précaires.

De gauche à droite : Joëlle Martinaux, Freddy Grzeziczak, Iraklis Gotsis, Emilie Ivandekics

Les KAPI

Les KAPI existent en Grèce depuis 1979. Ils ont pour objectif de faciliter le maintien à domicile des personnes âgées à l’aide d’actions de prévention des troubles physiques et psychologiques, comme des problèmes sociaux. Le but est de les aider à rester des individus indépendants et actifs dans la société. Ils sensibilisent le public et les acteurs sociaux aux besoins des seniors en les impliquant dans les démarches.

Les KAPI sont ouverts aux plus de 60 ans, gratuitement, sans aucun critère d’entrée socio-économique. Bien ancrés dans les territoires, ils facilitent - au-delà des activités qu’ils proposent aux seniors (activités manuelles, sports, théâtre...) - le maintien d’un lien avec les autres habitants du quartier quel que soit leur âge.

Ils fournissent différents types de services : médecine préventive classique, soins de base, services de prise en charge (soins primaires, consultation pour l’accès aux soins médicaux et hospitaliers, physiothérapie, ergothérapie), aide à domicile pour ceux qui sont en perte d’autonomie..

Outre ces services, de nombreuses activités de divertissement et de formation continue sont proposés. Le personnel se compose de travailleurs sociaux, d’infirmiers, d’ergothérapeutes, de physiothérapeutes, de visiteurs de santé et d’assistants familiaux.

A Nea Ionia, le KAPI dispose d’une pharmacie solidaire et d’un espace de convivialité.

Agioi Anargyroi-Kamatero

Anargyre se situe au centre-nord de l’agglomération d’Athènes. Elle tient sont nom des saints thaumaturges orthodoxes, qui ne demandaient aucune rétribution pour les soins qu’ils prodiguaient. Depuis la réforme de 2011, la ville fait partie d’Agioi Anargyroi-Kamatero, dont elle est le siège et l’unité municipale. La ville comprend 62 529 habitants suite à la fusion de 2011 avec la ville de Kamatero.

L’UNCCAS y a rencontré Nikolaos Sarantis, maire de la ville, Président de l’Association des Maires du Grand Attique et membre du Bureau ELISAN.

La municipalité souhaite mettre son action au service d’une ville humaine, respectueuse de l’environnement, propre et belle, avec un accès équitable à des services de qualité. Elle promeut la cohésion sociale, une vie harmonieuse et participative pour ses habitants.

La ville dispose du plus grand parc écologique de la région et participe activement à la convention des maires au sein de l’Union européenne, invitant les villes membres à réduire les gaz à effets de serre et les consommations énergétiques. Elle a à ce titre proposé un plan d’action d’ici à 2020 et participe à de nombreux projets européens comme le réseau urbain City mobil net.

De nouveaux services sociaux se sont mis en place dès le début de la crise. La ville dispose ainsi de 5 KAPI et 7 crèches. Le programme d’action sociale de la ville s’organise autour de plus de 37 actions, axées autour de trois grands piliers : Chômage, Santé, Besoins essentiels.

Beaucoup d’ouvriers se retrouvant au chômage ne disposent plus d’une couverture sociale. Un réseau de médecins bénévoles s’est donc mis en place, intervenant au domicile des patients depuis 2012 : cela permet de mieux connaître les problématiques de santé rencontrées par la population. Le programme met également en place des sessions de sensibilisation aux maladies.

Pour faire face aux problèmes de sous-alimentation et d’obésité, la ville a créée une banque alimentaire, s’adressant à 1500 bénéficiaires. Une forte mobilisation bénévole a eu lieu pour collecter des denrées, s’appuyant sur des concerts de solidarité et sur un courrier du maire adressé à l’ensemble des citoyens. La commune collecte et donne les produits, tandis que les églises, avec les bénévoles, préparent les repas. Il existe également des collectes de dons alimentaires, de vêtements et de fournitures scolaires s’adressant spécifiquement aux réfugiés.

La ville propose également :

  • une boutique solidaire,
  • un bureau pour l’emploi, guichet unique d’accueil de demandeurs d’emploi disposant d’un service internet. un bureau des langues proposant des cours pour tous et assurant un soutien scolaire, normalement dispensé par des établissements privés,
  • un service d’aide à domicile
  • un service d’aide psychologique
  • 5 KAPI mis à la disposition des seniors, qui y exercent des activités culturelles, de loisirs, de sports, de théâtre ou de formation et bénéficient de consultations médicales et de prestations sociales.
  • un programme parents-enfants
  • un service d’accueil et orientation des usagers vers les bureaux sociaux spécialisés, qui ont vu en 5 ans une augmentation importante des demandes,
  • un programme de lutte contre la pauvreté et les exclusions.

36 personnes travaillent dans les services sociaux de la ville dont 6 employés administratifs.

La municipalité participe à de nombreux programmes européens dans les domaines de l’environnement, de l’emploi ou du développement économique.

Elle promeut un modèle de citoyenneté active, encourageant les actions de volontariat et remettant un prix du citoyen bénévole.

Les élus de la Mairie autour de Nikolaos Sarantis

Visite du jardin partagé et d’insertion

Pour aller plus loin

L’enrichissement mutuel dont ont pu bénéficier l’UNCCAS comme PEDA lors de ce séjour est difficile à décrire dans son intégralité mais s’est avéré très fructueux, nous incitant à un renforcement des échanges dans les mois à venir.

La prochaine étape est d’ores et déjà fixée puisque l’Union des maires du Grand Attique est invitée à intervenir au Congrès National de l’UNCCAS, les 29 et 30 septembre prochains.

Voir le site du congrès

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