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Fiche d'expérience

Favoriser une insertion socio-professionnelle par la pratique d’activités sportives

Favoriser une insertion socio-professionnelle par la pratique (...)

Le pôle insertion du CIAS du Cap-Sizun gère deux chantiers d’insertion. Depuis 2014, il propose aux salariés un outil qui recèle de fortes potentialités, à savoir le sport. En intégrant une pratique sportive à la semaine de travail, l’équipe encadrante cherche à apporter une plus-value à un projet global centré sur l’individu et à favoriser l’insertion sociale et professionnelle des salariés.

Contexte

Tout d’abord, ce projet s’est appuyé sur l’Analyse des Besoins Sociaux réalisée par le CIAS en 2013. En effet, la situation de l’emploi sur le territoire du Cap-Sizun est difficile. L’activité agroalimentaire qui employait les personnes de faible qualification n’embauche plus. Le secteur de l’aide à la personne, comme celui de l’environnement, est en développement mais demande des qualifications et ne tolère pas de freins à l’emploi. Par différents outils (développement d’un plan de formation, démarches auprès d’employeurs potentiels, recherche de partenariats nouveaux, le sport...), l’action d’insertion du CIAS du Cap-Sizun s’efforce de lever les possibles freins à l’emploi des salariés. 
De plus, ce projet répondait à un constat posé par les encadrants des chantiers quant à l’évolution du public accueilli en chantier d’insertion. Ainsi, lors du dernier comité de pilotage du chantier d’insertion, la déléguée thématique insertion du CDAS estimait à 40%, la population considérée comme « très éloignée de l’emploi ». Celle-ci est accompagnée par les services sociaux départementaux pour des problématiques autour de la santé, du budget, du logement, de ruptures familiales... Cette population est souvent orientée vers le chantier d’insertion, faute d’autres dispositifs plus adaptés. Il n’existe en effet aucune autre structure d’insertion sur le territoire. 
A leur arrivée au chantier d’insertion, les démarches d’autonomie et d’insertion sont vécues difficilement par ce public. Les encadrants des chantiers d’insertion ont repéré : - une addiction à l’alcool pour 27% d’entre eux ;- un manque d’hygiène corporelle, 33% sont concernés ;- des absences récurrentes non justifiées par un certificat médical, pour 53% d’entre eux. Ils évoquent souvent leur difficulté à gérer leur vie quotidienne avec la reprise d’emploi. Quand les absences sont justifiées par un arrêt de travail, il s’agit souvent de douleurs physiques liées à la reprise d’emploi, ou à des antécédents médicaux ;- des problèmes de concentration sur le poste de travail pour 37% de cette population, ceci est souvent dû à un traitement médicamenteux lourd ;- peu ou pas d’initiatives personnelles même après plusieurs mois passés sur le même poste de travail, 67% sont concernés. 
L’action SPORT, en tant que vecteur de cohésion sociale, de santé et d’insertion, trouve ici tout son sens. 
Enfin, la mise en place de l’action a été motivée par une demande récurrente des salariés du chantier « environnement » à pratiquer du sport. Ils évoquent la nécessaire forme physique qui accompagne leur reprise d’emploi. Ils ont sollicité l’encadrant technique pour pratiquer une activité physique avec leurs collègues de travail. Ils évoquent leurs réticences à aller vers une association ou un club (regard des autres) et des difficultés organisationnelles (garde d’enfant, problème de mobilité) et financières dans leur accès au sport. 

Description

Le sport est vecteur de cohésion sociale, de santé et d’insertion. La pratique sportive au sein des chantiers d’insertion apporte une plus-value à un projet global centré sur l’individu et contribue à l’insertion sociale et professionnelle des salariés. 
La pratique sportive intégrée au contrat de travail des salariés répond aux objectifs suivants :- un objectif éducatif : partage d’une pratique et de valeurs telles que l’esprit d’équipe, la solidarité, la coopération, le respect d’autrui, l’autonomie, l’engagement... - un objectif social : le sport est vecteur de lien social et facteur d’intégration (égalité des chances, mixité... ). C’est un moyen non contraignant d’apprentissage pour soi-même (hygiène de vie, dépassement de soi, confiance en soi…). Ces règles sont applicables en collectif (esprit d’équipe, respect des règles, soutien des autres dans la difficulté…) et transposables dans la vie professionnelle. - un objectif sanitaire : contribution à une meilleure santé physique et mentale.Les encadrants organisent et proposent chaque semaine à l’ensemble des salariés la découverte d’une activité sportive. Un planning mensuel leur est adressé, ils ont le choix de s’inscrire ou pas à la séance. S’ils n’y participent pas, ils restent sur leur lieu de travail. 
La séance dure 1h30, elle a lieu chaque vendredi après-midi et est comptabilisée comme du temps de travail. Le Cap-Sizun peut s’appuyer sur un tissu associatif dynamique, particulièrement dans le sport. Ainsi 90% des activités sportives proposées aux salariés se déroulent sur le territoire (salle de sport, terrain de tennis...). Nous élargissons au Pays Bigouden, à Douarnenez et à Quimper, quand l’activité ne peut se pratiquer sur le territoire (ex : tir à l’arc, char à voile).
Près d’une vingtaine d’activités sportives et artistiques ont été proposées en 2014 : Aïkido ; Badminton, Boxe, Circuit training, Drakkar, Equitation, Foot en salle, Handball, Karting, Kayak, Musculation/remise en forme, Ping Pong, Qi Gong, Randonnée, Tennis, Tir à l’arc, Voile, Volley, Percussions africaines, Théâtre d’improvisation.Chaque activité, proposée en 2014, a pu accueillir en moyenne 10 participants. Les encadrants sportifs sont des professionnels, intervenant contre une rémunération, ou sont bénévoles. Dans tous les cas, ils disposent de l’expérience et de la technicité pour l’encadrement d’un groupe (sécurité, pédagogie...). Les encadrants des chantiers d’insertion participent également aux activités, ils assurent ainsi la cohésion du groupe et le respect des règles. 
Deux types de rencontres formelles existent avec les partenaires : - le comité technique, en présence de techniciens du Pôle Emploi, du Conseil général et du CIAS du Cap-Sizun, se tient toutes les 8 semaines. Le parcours d’insertion de chacun des salariés y est évoqué, celui-ci intégrant les possibles bénéfices de la pratique sportive. - le comité de pilotage annuel est organisé en présence des différents partenaires du service insertion, qu’ils s’agisse de financeurs ou de ceux œuvrant dans l’insertion socio-professionnelle (Pôle Emploi, CDAS, Mission Locale...). Le bilan annuel de l’action y est présenté. 
De plus, des rencontres régulières sont organisées avec l’ensemble des salariés. Ces échanges sont l’occasion pour les encadrants d’entendre leurs remarques sur l’action proposée et envisager des possibles adaptations, solliciter leur avis sur les futurs sports à découvrir...

Moyens

Moyens humains : 
- 1 encadrant technique du chantier d’insertion « environnement » - 0,20 ETP- 1 chargée d’insertion professionnelle – 0,20 ETP- 1 chargé des affaires administratives et comptables – 0,10 ETP
Moyens matériels : Équipements sportifs : salle de sport (location ou mise à disposition).Matériels sportifs : fournis par les professionnels, achat de vélos par le CIAS du Cap-Sizun.
Coût : 10 400 euros

Bilan

Dans le cadre d’une intervention sociale, la pratique sportive présente trois intérêts principaux : la construction identitaire (notamment la revalorisation de l’image de soi), l’acquisition de nouvelles capacités de relations sociales (contrôle de soi, gestion de l’échec, capacité à coopérer, prise d’initiatives, autonomie, qualités organisationnelles...) ainsi que la création de lien social. 
Ainsi, les encadrants ont pu observer différents impacts de la pratique sportive : - sur la santé : amélioration de la condition physique, valorisation de soi,- sur la cohésion au sein du groupe : intégration des nouveaux salariés facilitée, amélioration du climat de travail (dynamique d’équipe), lien social et mixité renforcés, moyen de médiation (en cas de tensions au travail...) et de remédiation (situation d’illettrisme),- sur le lien de confiance entre salariés et encadrants du chantier d’insertion : par leur participation aux séances, les encadrants repèrent chez les salariés des qualités non identifiées dans le cadre professionnel. Inversement, les salariés apprécient échanger dans un autre cadre avec les encadrants : « ça permet de voir les choses différemment... d’autres expressions sur les visages que pendant les rendez-vous. Sur le terrain, on est tous au même niveau ».- sur l’insertion professionnelle : engagement des salariés, prise de conscience de leurs capacités. Cet outil crée une véritable dynamique qui, ajoutée au soutien et à l’accompagnement de l’équipe encadrante, permet de favoriser la mobilisation de chacun dans sa recherche d’emploi. 
Ainsi, en 2014, 73% des salariés accueillis en chantier d’insertion sont sortis du dispositif sur un emploi ou une formation. Voici quelques exemples de ces sorties positives : reprise d’activité (maçonnerie), CAE 12 mois en tant qu’éco-garde, CDD remplacement en tant qu’agent social en EHPAD, CDD 5 mois – emploi saisonnier, entrée en formation qualifiante ouvrier forestier, formation qualifiante d’auxiliaire de gérontologie, emploi d’avenir en tant qu’agent de service en EHPAD, CDD – 6 mois : nettoyage de locaux, CDD - 6 mois : emploi saisonnier de serveuse, deux sorties avec impact positif (compétences clés / obtention de l’AAH / travail sur la santé / logement stable).- sur l’économie locale : facturation des associations locales pour leurs prestations.
Les évolutions prévues : Depuis le mois de mars 2015, les encadrants du chantier d’insertion proposent aux salariés de découvrir un nouveau sport chaque premier vendredi du mois. Les trois vendredis suivants sont consacrés à un même sport. L’objectif est de favoriser une progression de chacun dans sa pratique et ainsi développer la valorisation de soi. 

Estimation CCAS

D’autres structures d’insertion sur des territoires voisins ont sollicité le CIAS pour engager la même démarche ou intégrer leurs salariés à l’action proposée sur le Cap-Sizun. Des discussions sont en cours avec les partenaires financeurs. 
Après plus d’une année de recul sur cette action, le principal point de vigilance mis en exergue par l’équipe encadrante est l’organisation de ces activités hebdomadaires, celle-ci dépassant le temps estimé. Ce temps comprend : la recherche de partenaires sportifs, l’écriture des conventions de partenariat, la recherche de salles de sport disponibles, la gestion de convention de location pour ces mêmes salles, la réalisation des planning des activités sportives, la facturation (prestations, visites médicales). L’équipe recherche actuellement une organisation interne pour faire face à cette charge de travail. 

Photo : Wikimedia Commons / Fafner

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