Depuis une décennie, le concept de l'urgence sociale a changé.
Nous ne sommes plus simplement dans l'urgence vitale - celle où les conditions de survie de l'individu sont affectées - mais bien dans l'urgence sociale - celle où la personne en difficulté est en danger de s'exclure et d'être exclue de l'existence sociale et du dialogue.
Aujourd'hui, l'urgence est devenue une composante de l'action publique qui tend à combler les lacunes et à pallier les dysfonctionnements de la politique sociale et de l'action sociale "ordinaires". L'existence même des dispositifs d'urgence rappelle que certains droits demeurent encore peu effectifs et que ne sont pas assumés les devoirs d'une collectivité qui se dit libre, égale, mais aussi fraternelle.

Ces constats présents au cœur du Forum des acteurs de l'urgence sociale ont été débattu autour de trois axes :

     - les publics, diversité, besoins et demandes,
     - les interventions, contenu et modalités,
     - les territoires et les politiques publiques.


La reprise économique ne s'est pas accompagnée d'une diminution des demandes en urgence. Les besoins sont même devenus plus apparents, plus massifs. Plusieurs causes sont repérables : réinsertion difficile de personnes laminées par la crise ; augmentation du travail précaire ; ruptures familiales et de proximité, insuffisance de l'offre sociale "ordinaire" ; absence ou ambiguïté des réponses pour des jeunes sans emploi et sans revenu d'existence, des demandeurs d'asile sans droit de travailler, des étrangers en situation irrégulière mais non expulsables.

Les personnes qui sollicitent les dispositifs d'urgence sociale sont aujourd'hui encore majoritairement des hommes isolés. Mais on constate aussi l'émergence de publics différents ou qui présentent des caractéristiques nouvelles : jeunes âgés de moins de 25 ans ; femmes seules avec ou sans enfants, victimes de violences conjugales ; couples et familles, surendettés et/ou expulsés ; personnes vieillissant, enfermées dans un système dont elles ne peuvent plus sortir ; étrangers en situation irrégulière et demandeurs d'asile ; personnes souffrant de problèmes de santé mentale…

    Quel sens a le recours à l'urgence pour
    ces différentes catégories de personnes ?

    Comment y ont-elles été amenées et, pour certaines,
    y sont-elles demeurées ?

    Comment assurer une réponse adaptée dans le cadre
    de l'urgence face à des situations, des publics aussi divers
    et aussi mouvants ?

    Le champ de l'urgence doit-il prendre en charge
    tous les publics non accueillis ailleurs ?


Dominique-Cécile Varnat,
de la Fondation Abbé Pierre

« La problématique de l'urgence est constamment en évolution parce que les publics changent et qu'il faut s'adapter. La reprise économique marquée, entre autres, par un lent recul du chômage ne touche pas les populations les plus fragilisées ; par ailleurs on peut remarquer depuis 4 ou 5 ans, et même plus dans certaines villes, une augmentation importante des jeunes - 18/25 ans - en précarité, et des étrangers candidats à l'immigration».


Raymond KOHLER,
directeur adjoint de l'association ACCES à Mulhouse - Secrétaire général de la Fnars et Président de la commission Urgence / 115

« Le CCAS ou le service social municipal sont le premier échelon territorial repéré par les publics lorsqu’ils sont en crise. Ils restent les partenaires privilégiés qui peuvent coordonner la réponse à l’urgence avec les associations et les autres services sociaux. De plus, comme ces services sont sous la responsabilité du politique, celui-ci est le mieux placé, naturellement, pour mettre de l’huile dans les rouages des partenariats et faire que dans chaque ville il y ait des accueils d’urgence ouverts et efficaces».


Marc Gauci,
Vice président de l’ANCCAS et directeur du CCAS
de Toulouse

« Ce forum doit être avant tout un lieu d’échanges, d’expériences et de rencontre afin que les acteurs de terrain, professionnels confrontés au quotidien à l’accueil de publics en grande difficulté puissent collectivement comparer et renforcer leurs pratiques».


Hervé Carré,
Vice président du CCAS d’Angers

« Il faut permettre aux acteurs de l’urgence sociale – de terrain ou responsables politiques – d’échanger sur les pratiques. Cela doit aider à changer le regard sur les publics, sur les professionnels et sur les politiques. L’action auprès des précaires est très difficile, elle suscite plus d’incompréhension que de rejet de l’opinion publique, il faut gagner l’adhésion de cette opinion publique ».


L'intervention d'urgence se veut immédiate et souvent sans condition d'accueil. L'augmentation des demandes et la faiblesse des moyens financiers rendent souvent difficile la mise en œuvre de ces principes. Ne faut-il pas rappeler que les personnes en difficulté ont des droits, mais que l'inconditionnalité de l'accueil n'est pas applicable sans nuance à chaque structure isolément, qu'elle constitue un devoir commun à un ensemble de structures, sur un territoire ?

Se pose aussi la question de la définition et de la qualité des interventions d'urgence face à la multiplicité des dispositifs et des acteurs.

Bien souvent, sont opposées urgence et durée, opposition révélant l'ambiguïté même de l'urgence sociale : parce qu'elle répond à un besoin immédiat, l'urgence devrait être temporaire.

L'intervention d'urgence ne répond-t-elle pas à une demande de proximité dans le temps (immédiateté), dans l'espace (près des lieux de vie) et affective (accueil et hospitalité) ?

La prise en compte du besoin de proximité ne devrait-elle pas être mieux inscrite dans l'ensemble des politiques et des pratiques sociales ?



Les personnes en difficulté ont, comme les autres, des liens d'appartenance à un territoire qu'il soit choisi ou imposé. Comment cette dimension territoriale est-elle prise en compte dans l'intervention d'urgence ?

Face à la multiplicité des réponses proposées, les acteurs de l'urgence sociale doivent se coordonner pour un développement territorial intégrant l'ensemble de la demande sociale et son évolution.
Dans le domaine de l'urgence sociale, le nouveau plan de lutte contre l'exclusion répondra-t-il aux carences et aux disparités d'application de la loi contre les exclusions ? Quel engagement peut-on attendre des collectivités territoriales ? Faudrait-il mieux réglementer ce secteur, lui donner un cadre plus défini ? Qu'est-ce que la puissance publique délègue au secteur de l'urgence qui ne soit pas traité ailleurs ? Quels sont les motifs de cette délégation ? Quels en sont les moyens ?

Comment la veille sociale peut-elle devenir l'outil privilégié d'une politique volontariste d'éradication de la grande exclusion et d'aide à la cohérence des politiques sociales territorialisées ?
Doit-on considérer que laisser quelqu'un à la rue porte atteinte à la dignité humaine ?
Faut-il inscrire cette notion dans la constitution ?
Doit-on exiger un engagement ferme des pouvoirs publics et du législateur sur ce sujet ?