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Fiche d'expérience

Elles se racontent en couleurs

Elles se racontent en couleurs

« Elles se racontent en couleurs » est un parcours d’insertion par la culture en direction de femmes en situation de fragilité sociale. Accompagnées par une artiste peintre, elles se révèlent à travers un atelier d’autoportrait. Leur travail est ensuite consolidé et valorisé publiquement pour changer leur regard sur elles-mêmes, reprendre confiance en elles, leur faire prendre conscience de leurs potentiels dans une dynamique collective, et leur permettre de retrouver une place dans la société.

Contexte

L’analyse des besoins sociaux de 2015 souligne un pourcentage non négligeable de familles monoparentales vivant sous le seuil de pauvreté à la Possession. Plus d’1 ménage sur 4 bénéficie des minima sociaux sur la commune en 2014. 28% de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 8700 personnes dont 50% sont des familles monoparentales.

Les chiffres à la Réunion sont alarmants quant au sujet des violences faites aux femmes (chiffres de l’observatoire Régional de Santé – ORS) :

  • 15 % des femmes sont victimes de violences conjugales contre 9 % en Métropole
  • 9 % des femmes sont harcelées psychologiquement par leur conjoint contre 7,7 % en Métropole
  • 39 000 femmes déclarent avoir fait l’objet d’un harcèlement ou d’insultes soit 20 % des femmes réunionnaises

Par ailleurs, l’image véhiculée par la société notamment à travers les médias entretient une vision non équitable, un écart entre l’homme et la femme.

Vanessa Miranville, Présidente du CCAS de La Possession, est la seule femme Maire de la Réunion. Elle est animée par une réelle volonté politique d’œuvrer en faveur de l’égalité hommes- femmes.

Description

Principaux objectifs

  • Créer une relation de confiance entre le public et les travailleurs sociaux
  • Créer du lien social au sein du groupe et entre le groupe et son environnement
  • Permettre aux femmes de reprendre confiance en elles
  • Permettre une insertion sociale réussie
  • Donner une image positive de la femme en témoignant de leur richesse et de leur créativité
  • Contribuer à changer le regard sur la femme

Fonctionnement de l’action

1 - Les ateliers

 
L’atelier est animé par l’artiste Kler Dardel, avec la participation et l’encadrement de deux travailleurs sociaux du CCAS. Un relai associatif a ensuite a été mis en place avec l’association Ankrage. 10 séances sont nécessaires pour la réalisation d’un tel atelier. Le groupe est composé de 10 femmes.
Le support choisi pour l’autoportrait est un contre-plaqué de grand format (1,25m X 1,25m), qui a de quoi impressionner au premier abord. Une face où l’on dévoile juste la silhouette, et l’autre face où il est de mise de montrer son vrai visage.

L’équipe administrative a en charge le repérage, la mobilisation et le maintien de la motivation des femmes au sein de l’atelier. Elle travaille sur la relation de confiance avec le groupe et au sein du groupe. Elle assure également la logistique : réservation de salle, stockage des supports.

L’artiste joue, d’une part, un rôle pédagogique sur les techniques de peinture. D’autre part, avec le soutien des travailleurs sociaux, elle pose les questions pour amener les femmes à parler d’elles, de leur vécu, de leur perception d’elles-mêmes, de leurs rêves et de leurs envies. C’est cette richesse intérieure qui devra apparaître sur les tableaux.

Ainsi, l’engagement des femmes est indispensable pour aller jusqu’au bout du travail. Le défi semble de taille tant il parait difficile de parler de soi, de se représenter graphiquement et de s’exposer.

2 - La valorisation : journée du 8 mars

 

Depuis deux ans, la date du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, a été choisie pour mettre en lumière de travail des ateliers. C’est ainsi l’occasion d’offrir un nouvel espace à ces dames pour qu’elles puissent témoigner de leur expérience de créativité et servir d’exemples à d’autres. Les tableaux réalisés lors des ateliers sont placés au centre de la manifestation. Ce sont les femmes qui ouvrent la journée du 8 mars avec leurs œuvres.

Cette journée prend donc une ampleur pour sensibiliser le public sur le regard de la société sur les femmes. Il s’agit de mobiliser les différents acteurs : acteurs institutionnels : CGSS, Département, et autres associations intervenantes dans les champs de l’égalité des droits et la lutte contre les violences faites aux femmes, mais aussi des associations culturelles et sportives, l’Education Nationale, les acteurs péri-éducatifs, le conseil municipal des enfants…

Et de faire rencontrer les différents acteurs et les habitants de la commune afin d’échanger et faire réfléchir chacun sur l’humain et son évolution. L’idée est d’éveiller la conscience collective sur nos responsabilités respectives afin d’œuvrer (poser concrètement des actes) vers un mieux-vivre ensemble sur un territoire, au sein d’une société qui ne cesse d’évoluer.

Des témoignages, des documentaires, des expositions, un défilé ont contribué à enrichir les échanges et les réflexions au cours de cette journée. Pour nourrir le corps et l’esprit, ont également été proposés des ateliers de bien-être (modelage, coiffure, ateliers olfactifs), de self-défense et de création, ainsi que des stands d’information (santé, accès au droit, prévention).

Ce projet vise à être pérenne dans le temps afin de mettre en lumière, de porter à la connaissance de toutes les actions existantes et les possibles à mettre en œuvre ensemble.

3 - La consolidation

 
Cette phase consiste à profiter de la dynamique positive et collective créée au sein du groupe pour mettre en place des actions leur permettant une insertion sociale voire professionnelle durable. Il s’agit également de créer le relai durable vers d’autres acteurs.

Ainsi ont été mis en place :

  • Un atelier vélo qui, en 2016 s’est clôturé par un défilé lors de la journée internationale des femmes victimes de violence (par l’association OMCTL),
  • Un atelier sport adapté organisé par l’association ADN 974 (prévention santé par le sport),
  • Une marche pour échanger avec les femmes de Mafate (cœur habité du Parc National porteurs de valeurs et de traditions),
  • Des orientations vers le Pôle insertion de la ville pour lever les freins à l’emploi.

4 - Le passage de relai

 
Dernière étape du parcours, les femmes du précédent atelier viennent à la rencontre des femmes repérées pour la prochaine séquence. Elles témoignent de leur vécu, des apports personnels et collectifs que les ateliers leur ont apportés ainsi que les étapes de valorisation et de consolidation.

Ceci permet de travailler la motivation dans la durée du groupe de femmes. L’information apportée par leurs pairs vient conforter le discours des travailleurs sociaux.

Les outils pour évaluer l’action

Le suivi a été confié à un comité de suivi composé par les travailleurs sociaux, l’artiste et le chef de projet, Mme Wlody.

L’évaluation de l’action a été conduite à travers un comité de pilotage qui a permis de croiser les regards entre professionnels.

Un film a été réalisé pour permettre aux femmes de témoigner des impacts produits par l’action sur elles-mêmes et leur vie.

Un questionnaire a permis aux partenaires de faire part de leur bilan et de leurs remarques pour faire évoluer l’action.

Moyens

Moyens humains

  • 2 travailleurs sociaux, animation des ateliers (2 X 0.1 ETP)
  • Cadre de l’action sociale, coordination du projet (0.1 ETP)
  • L’artiste peintre (40h)
  • 2 Educateurs sportifs (2X 0.1 ETP)

Moyens matériels

  • Contreplaqué : 5
  • Pinceaux, peinture
  • Vélos
  • Salle pour la peinture
  • Lieu d’exposition
  • Terrain de sport, gymnase

Budget / coût de l’opération

DépensesRecettes
Intervention artistique
(Artiste peintre)
3 200 SHLMR 5 000
Matériels (panneaux, pinceaux, peinture) 800 CCAS 9 000
Communication 1 000 Ville de La Possession 10 500
Logistique 8 mars (podium, sono, sécurité, chapiteaux…) 6 500 Fondation et mécénat 2 000
Moyens humains 12 000
Exposition artistique 3 000
TOTAL 26 500 TOTAL 26 500

Bilan

Sur la première session, le bilan est très positif.

Pour les bénéficiaires

Les liens au sein du groupe qui ne se connaissait pas à la base, se sont développés et ont même perduré jusqu’à aujourd’hui.

Le lien avec les travailleurs sociaux a pu être créé et maintenu : les femmes informent régulièrement les travailleurs de leurs avancées et de l’évolution de la situation.

Des évolutions très positives sur leur posture, leur regard sur le monde et sur elle-même. Elles ont réellement pu prendre confiance en elles-mêmes et révéler leur potentiel. Elles ont accepté par exemple de s’afficher sur des panneaux 4 X 3 sur les murs de la ville à l’occasion d’un travail artistique mettant en lumière la femme en reconstruction.

Ceci a permis à certaines de reprendre leur place de mère qui avait été mise à mal pour diverses raisons.

Le regard de la famille et de l’entourage sur certaines personnes a évolué ce qui a accentué la prise de confiance.

3 sur 8 ont retrouvé une insertion socio professionnelle (emploi et formation).

Le regard sur leur mobilité a évolué : un exemple l’une d’elles demandait à ce qu’on vienne la chercher en voiture pour participer à l’atelier. Elle est aujourd’hui complètement mobile et se déplace en transport en commun pour aller travailler.

Pour l’équipe du CCAS

Cette action a permis de changer la relation à l’usager : d’une situation bénéficiaire demandeur face à un professionnel qui conseille, on est passé à une relation où l’on fait ensemble (professionnel/ Bénéficiaire).

Une incidence positive est constatée sur la motivation de l’équipe :

  • sur le fait de conduire une action innovante et avec plus de proximité avec les bénéficiaires, l’équipe a pris plaisir à travailler en proximité ;
  • sur les résultats en profondeur chez les personnes. On n’a pas seulement aidé ponctuellement une personne mais contribué à un épanouissement personnel durable.

Le CCAS a aussi rempli sa mission d’animation de la question sociale en fédérant une multitude d’initiatives autour d’une question de société.

Pour les partenaires

Cette action a permis de mobiliser un panel d’acteurs plus large que les partenaires sociaux classiques. Faire évoluer la société et certains schémas, demande l’intervention d’autres acteurs et au travail social d’élargir son champ d’intervention pour un impact plus large en termes de prévention chez certain public mais aussi d’impact durable. Les acteurs culturels, sportifs et les associations paraissent être des incontournables pour revoir certains modes opérationnels et sortir de l’image encore trop présente du CCAS, bureau de bienfaisance qui éteint l’incendie lié à certaines situations sociales.

Estimation CCAS

Cette action peut être essaimée sur tous les types de territoire. Néanmoins, une structure urbaine ou péri urbaine parait plus adaptée.

L’action nécessite la présence d’un tissu associatif riche et engagé.

Les principales difficultés sont les suivantes :

  • garder le fil conducteur et les objectifs fixés au départ,
  • mobiliser les acteurs autour d’un thème commun parfois éloigné de leurs préoccupations,
  • trouver des financements dans un contexte de raréfaction des ressources,
  • démontrer l’intérêt et la plus-value de l’action,
  • mobiliser des moyens sur un impact qualitatif fort mais quantitatif réduit (mis à part la valorisation et la prise de conscience).

Photo : Wikimedia Commons / Tonton Bernardo

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