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Fiche d'expérience

Accompagner, soutenir et adapter l’environnement et le poste de travail des intervenant(e)s à domicile

Accompagner, soutenir et adapter l'environnement et le poste de travail (...)

Dans un contexte où la prise en charge des bénéficiaires du service nécessite de plus en plus de technicité, les agents du CCAS de Cenon se voient proposer plusieurs actions permettant de favoriser la qualité de vie au travail :

  • favoriser les échanges pour rompre l’isolement et ainsi renforcer le sentiment d’appartenance à une équipe ;
  • prévenir l’épuisement professionnel et les risques physiques et psycho-sociaux.

Retrouvez cette action dans le guide UNCCAS La politique « Ressources Humaines » au cœur des organisations

Contexte

L’activité du service SAAD en augmentation

  • Depuis sa création (en 1969) et particulièrement depuis que le service a été autorisé puis certifié AFNoR, son activité ne cesse de croître. Il a réalisé plus de 70 000 heures en 2014.
  • Les interventions au titre de l’APA ont progressé de 150 % depuis la date d’autorisation (2007).

Les évolutions de l’activité du service et leurs conséquences sur l’activité des agents

  • L’accroissement de l’activité s’est accompagné de l’augmentation de l’effectif des intervenants (68 agents en 2014).
  • Les intervenants à domicile ont dû s’adapter à une mutation profonde du service et du secteur dans lequel ils évoluent. Les problématiques sont nombreuses : sentiment d’isolement accru, évolution des missions, contraintes différentes liées à l’intervention en soirées et le week-end, charges émotionnelles plus élevées (du fait de l’intervention chez un nombre plus important de personnes en situation de dépendance et/ou en fin de vie).
  • Les intervenants à domicile sont parfois en manque de repères dans l’exercice de leur fonction : intensification et diversification des tâches demandées sur des temps raccourcis, moins de temps pour l’aspect relationnel et l’établissement du climat de confiance avec les personnes, pénibilité du travail…
  • Face à ces difficultés, les élus et responsables du CCAS ont décidé de mettre en place diverses actions de prévention des risques professionnels.

Description

Objectifs

  • Rompre l’isolement et confronter les pratiques et les situations afin d’impulser un esprit collectif.
  • Prévenir l’épuisement professionnel et les risques psycho-sociaux.
  • Professionnaliser les pratiques auprès des publics.
  • Favoriser le bien-être au travail et tendre vers une meilleure qualité de vie au travail.
  • Anticiper du mieux possible les évolutions futures des bénéficiaires.

Fonctionnement

3 actions de prevention des risques socioprofessionnels à destination des intervenant(e)s à domicile

1. Analyse de la pratique

 
Pour qui ? Tous les agents du SAAD. Ils bénéficient d’une régulation collective animée par une psychologue gérontologue, intervenante extérieure. Ces groupes mensuels réunissent 10 à 15 intervenant(e)s à domicile maximum à chaque séance (tous les agents y participent, par roulement).

Par qui ? Ces rencontres sont animées par une psychologue et en individuel pour ceux qui le souhaitent.

Origine : afin de pallier les difficultés rencontrées par les agents d’intervention à domicile, les managers et les élus du CCAS ont décidé en 2008 de mettre en place des instances collectives d’échanges de pratique ou des groupes de parole animés par des professionnels psychologues et médecins gériatres.

Objectifs : ces rencontres permettent de travailler sur l’échange des pratiques à travers l’analyse
de situations concrètes
. Les groupes d’analyse de la pratique (anciennement groupes de paroles) apportent un cadre propice pour favoriser la réflexion, la coopération et la cohésion des personnes
autour de thématiques communes. Le groupe de parole permet aux agents de verbaliser leur ressenti,
leurs idées, leurs expériences et leurs émotions ; de les partager et de se porter conseil.

Fréquence : deux instances (de deux heures mensuelles) sont proposées à l’ensemble des intervenantes à domicile.

Les séances individuelles : animées par la même psychologue, ces régulations permettent à des
agents plus réservés, ou peu à l’aise en groupe, d’évoquer individuellement des problématiques. Cette instance individuelle permet aussi d’aborder pour des agents en souffrance des difficultés personnelles ou professionnelles.

2. Formation autour des gestes essentiels : montée en compétences

 
Pour qui ? Tous les agents du SAAD.

Par qui ? Une infirmière libérale.

Objectif : cette formation permet d’améliorer et sécuriser les gestes et postures des intervenant(e)s à domicile (techniques de transfert, changements et postures selon les besoins exprimés par les agents, techniques de prévention des chutes et des transmissions ciblées). Ces gestes requièrent une technicité importante et une pratique adaptée. Cette formation très pratique n’est pas dispensée par l’organisme de formation des collectivités territoriales.

Description : des groupes de 6 à 20 aides à domicile accèdent à cet atelier pratique dans un appartement inoccupé de la résidence pour personnes âgées, aménagé pour l’occasion à l’aide du matériel suivant : potence, lit médicalisé, verticalisateur, fauteuil roulant.

Fréquence : séances d’une journée par mois. L’idée est que chaque année, chaque intervenant ait bénéficié d’une journée de formation.

Perspectives : former un aide à domicile qui pourrait prendre le relais de l’infirmier et assurer tout au long de l’année la formation relai auprès des autres intervenant(e)s.

3. Adaptation des postes de travail
 
Pour qui ? Individuellement, l’ergothérapeute intervient de manière curative, pour les agents rencontrant des difficultés physiques, orientés par un médecin ou bien selon la décision ou l’accord de la responsable de service. A la marge, l’ergothérapeute cible également son intervention sur le personnel ne présentant aucune difficulté physique, dans une dimension préventive.

Collectivement, il intervient sur des séances avec des supports pédagogiques : plaquettes, petits films, mises en situation, en prévention.

Par qui ? Un ergothérapeute.

Objectifs : diminuer et prévenir les douleurs physiques rencontrées par les intervenant(e)s lors de la réalisation de certaines tâches au domicile des usagers.

Déroulement :

  • Pour la prise en charge individuelle : le médecin du travail préconise des adaptations ou des restrictions. Suite à ces consignes, le service propose un accompagnement par l’ergothérapeute. L’ergothérapeute procède à un premier entretien avec l’agent pour cerner les difficultés et suit l’agent au domicile pour établir des préconisations concrètes : adaptation du logement, achat de matériels, conseils de posture. Le service peut être amené à proposer un accompagnement à des agents sans que ceux-ci n’aient forcément rencontré le médecin du travail. Le choix est fait par les responsables en fonction de certains indicateurs (augmentation de l’absentéisme, plaintes récurrentes de l’agent, souhait formulé par l’agent, verbalisation de difficultés par l’agent...).
  • Pour la prise en charge collective : une première phase consiste à définir avec le formateur les priorités des agents, découlant de leurs tâches quotidiennes. La seconde étape permet la mise en situation professionnelle des difficultés soulevées lors de la première étape (aspect pratique). Ainsi il sensibilise le personnel et les personnes âgées aux différentes aides techniques possibles, à l’évaluation des risques au domicile, ainsi qu’aux aménagements nécessaires (risques de chutes…). Enfin, en 2015, une action préventive a également été mise en place auprès des agents n’ayant pas de difficulté physique.

Fréquence : l’accompagnement individuel par l’ergothérapeute dure 6 heures en moyenne par agent. Une dizaine d’accompagnement est effectuée par an. Pour l’accompagnement collectif, il est prévu que chacun y participe au moins une fois, sur plusieurs années.

Les outils pour évaluer l’action

  • Questionnaire de satisfaction non systématique.
  • Suivi individuel au niveau du plan de formation et des entretiens professionnels.
  • Evaluation de l’évolution de l’absentéisme prévue dans les objectifs qualité 2016 afin de cibler des nouveaux agents à prioriser.

Moyens

Quels moyens humains ?

  • 40 agents, dont 35 intervenants à domicile et 5 personnels administratifs.
  • 35 intervenants à domicile : 850 heures de formation liées à cette action, soit 0.47 ETP sur l’année.
  • 5 personnels administratifs : 10 heures de formation liées à cette action, soit 0.05 ETP sur l’année.

Quels moyens matériels ?

  • Mise à disposition par le propriétaire d’un appartement d’un EHPA (appartement équipé : douche, ...).
  • Equipements permettant la mise en situation professionnelle : lit médicalisé, fauteuil roulant, fauteuil coquille.

Quel coût ?

L’opération ne nécessite pas de dépenses d’investissement. Les seuls coûts engendrés par cette action sont les frais pédagogiques ainsi que les dépenses de personnel (en effet, la formation des agents nécessite une flexibilité afin de pallier leur temps d’absence.

Il est également à rappeler que certaines actions sont menées à titre gratuit.

Cela se résume ainsi :

  • Frais pédagogiques : 4 760 €.
  • Frais de personnel : 13 932 €. Les frais de personnel correspondent au frais de remplacement des agents en formation ou en réunion ou groupes de travail.

Soit un total de 18 692 € pour l’année 2014. Une légère hausse budgétaire est prévue pour l’année 2015 due à augmentation du nombre de séances.

Cela représente 18% des dépenses totales de fonctionnement en 2014.

Bilan

Plus de quarante agents ont été concernés par l’intervention de l’ergothérapeute en 2014, soit 65% de l’ensemble des intervenant(e)s à domicile.

L’action a été reconduite en 2015. Les retours des agents sur l’ensemble des actions sont positifs et mettent notamment en avant l’importance de l’esprit collectif qui en découle ainsi que l’amélioration de leurs conditions de travail au quotidien. Le fait de concilier instants de parole avec mises en situations pratiques permet une prise en compte globale de la situation de chaque agent. outre l’amélioration des conditions de travail, l’avantage est également constaté du côté du bénéficiaire.

Les actions sont pérennisées : tous les agents vont pouvoir en bénéficier par roulement.

Estimation CCAS

Cette action a vocation à exister pour d’autres services. L’analyse des besoins du personnel constitue bien entendu l’étape essentielle afin de développer une action pertinente, notamment dans le choix des interventions.

Le projet a été initié en même temps que l’impulsion de la démarche qualité concernant le service d’aide et d’accompagnement à domicile qui est certifié AFNOR depuis 2010. La directrice pilote ce projet avec la participation de tous les cadres du CCAS (management transversal) et en collaboration étroite avec la Direction des Ressources Humaines. La démarche qualité donne de la force au projet puisqu’elle permet de questionner en continu les pratiques du service et, au travers des indicateurs, d’évaluer, de détecter les dysfonctionnements, les difficultés et de proposer des actions correctives et préventives.

La question du portage politique et du pilotage est essentielle.

Photo : Wikimedia Commons / Faon33150

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